Au fond de l’océan
fétichisme — Article écrit par Kid A le 30 juillet 2010 à 1 h 38 minJe suis assis devant mon ordinateur. Seule la lueur de l’écran vient casser l’obscurité de la chambre. Je me demande quoi écrire. L’actualité ne manque pas de saloperies, mais je m’en fous. Je n’ai même plus envie de me battre, de dire ma haine. Elle est devenue constante, aiguë mais passive, une sorte d’indifférence noire.
Ce monde ne m’intéresse plus. Son sort me laisse aussi froid qu’un cadavre, certains y verront une posture mais c’est simplement vrai. Je ne pense plus qu’à moi, à ma vie, plus rien d’autre ne m’occupe l’esprit. Pas plus de quelques secondes en tout cas. Je n’ai plus besoin de communiquer, d’extérioriser pour me soulager. Petit à petit, je ne ressens plus le besoin de parler, d’écrire. Je ne sais même pas pourquoi j’écris ces lignes, certainement totalement inintéressantes, et dont la lecture doit provoquer un ennui profond.
L’ennui, voilà ce que me procure le contact avec les gens, virtuel ou réel. Un ennui mortel. Le seul moment où je me sens mieux, voire bien, c’est lorsque je dors. Le sommeil, la seule véritable paix ici-bas. Tout à l’heure j’étais au bar, je m’endormais sur une banquette en écoutant une version live de Like a hurricane, je ne sais plus laquelle, et j’étais bien. J’ai cru entendre quelques railleries venues de la table d’à côté, table infestée de pisseuses lesbiennes à la con, mais elles ont coulé sur moi comme de la pluie. Les railleries.
Je me suis remis à fumer aussi. J’en grille une là, d’ailleurs. L’odeur du tabac me dégoûte, mais la chaleur de sa fumée me fait du bien. Et le bout d’une clope allumée, c’est magnifique… avez-vous déjà fixé l’extrémité incandescente d’une cigarette ? Avec un peu d’alcool dans le sang, ça devient hypnotisant, y’a un million de soleils là-dedans. Moi, j’y vois l’univers, mais c’est sûrement parce que je suis con. Et bourré.
Je ne sais pas comment s’appelle le truc qui m’habite – j’ose à peine appeler ça un « sentiment » étant donnée la froideur glaciale de cette vague – peut-être du nihilisme, je n’en sais rien. Mais je sais que n’ai plus peur de grand-chose, que je traverse la route sans regarder, et même les yeux fermés. Je suis libéré par mon envie de rien, et donc que je peux tout faire. La bête immonde, la vraie, risque de s’exprimer. Le viol, le meurtre peut-être. Aller tout au fond du mystère. Qu’est-ce que nous avons à l’intérieur, dans le noir, là où personne n’ose aller, comme ces fonds marins qui font assez peur pour que l’on préfère partir marcher sur la Lune plutôt que de descendre les explorer vraiment.
J’ai l’impression de ne rien avoir à perdre, je me sens dangereux. Je ne ressens plus ce que les gens ressentent, j’ai la sensation d’avoir dépassé tout ça, d’avoir été dépassé par tout ça. Leurs règles ne me parlent plus. J’arrive à peine à faire semblant, je suis comme en apesanteur. Je ne sais pas ce que ça va donner. Tout ce que j’aimerais, c’est avoir encore envie d’écrire ce mal qui me ronge. Mais même ça, je m’y force. Et je ne sais pas pourquoi. Après tout, peut-être que personne n’a envie de lire ça. Je crois que les gens ne préfèrent pas savoir.
Weird Fishes/Arpeggi -Radiohead

Tweeter ça
Facebook
Delicious







