Mon point. Deux ou trois ans avant de mourir, mon ami Hervé Gauchet a commencé à m’énerver quand il partait au Maroc. Je lui disais, ça va, tu es malade et faible comme un chien, et en plus tu vas dans des endroits où c’est compliqué pour toi. S’il t’arrive quelque chose, comment on fait pour te faire revenir ?
Un jour, il était à Marrakech et il est allé dans le souk pour se promener. C’était l’après-midi, il aimait regarder. Ce jour-là, Hervé était épuisé et il marchait très lentement, comme s’il allait perdre son équilibre à chaque pas. À un moment, il s’est arrêté devant la boutique d’un artisan. L’arabe l’a regardé et il a fini par demander à Hervé s’il allait bien. Hervé a souri, comme il le faisait, et il a du dire « ça va aller, je reprends mon souffle ». L’arabe lui a demandé s’il avait mangé. Hervé a bredouillé non alors l’artisan l’a fait entrer dans sa boutique, il a demandé à son fils d’apporter un peu de tagine et du thé.
Quand Hervé mangeait, très lentement, comme il le faisait toujours, l’arabe le regardait et il lui a demandé s’il croyait en Dieu. Hervé lui a répondu « pas vraiment », ce qui a le don de désespérer les musulmans parce que pour eux, le fait de ne pas croire, c’est vraiment un truc triste. Le Marocain lui a dit « Ah c’est pas bien, il faut croire ». Sous entendu : en plus tu vas bientôt mourir, je le vois bien, tu n’as presque plus de force.
L’après-midi touchait à sa fin, une belle journée d’hiver quand le souk n’a pas beaucoup de touristes, comme si le commerce s’était arrêté avec Hervé dans l’arrière-boutique avec le Marocain, son fils et un autre vendeur, qui le regardaient finir ses légumes, avec un regard gentil et peiné. Il ne croyait pas en dieu, ce pauvre Français.Depuis, Hervé est mort. À chaque fois qu’il allait au souk, il me ramenait un petit morceau de musc. Pendant des années, le parfum de ce petit cube blanc laiteux envahissait la boîte en bois dans laquelle je mets les médicaments qui m’ont permis de survivre. À chaque fois que j’ouvre cette boîte, le parfum est là. Et maintenant, le parfum s’estompe avec le temps qui passe, chaque jour un peu plus. Quand je n’avais pas envie de prendre mes médicaments, quand je n’avais pas envie d’être compliant, ce parfum m’encourageait. « Allez, encore un jour, encore une fois, prends tes médicaments ». Et quand Hervé passait me voir à la campagne, je lui disais que ce parfum était peut-être le détail minuscule qui m’avait gardé vivant toutes ces années.
Ce petit bout de parfum est un des talismans contre les gens avec qui je m’affronte. Quand Hervé allait au Maroc alors qu’il était malade, je me mettais en colère en lui demandant pourquoi il bravait un tel danger. Et je sais que tout le monde autour de moi se demande pourquoi je persiste à passer les dernières années de ma vie à me battre contre ces homosexuels riches que je méprise. C’est pareil. Hervé disait qu’il avait le droit de contredire la maladie pour quelques jours de beauté mystique à Essaouira. Moi, dans ma campagne, j’utilise mes dernières forces pour m’opposer à ces gens qui veulent détruire la beauté de l’homosexualité. Comme disent les Na’vis : « I see you ».
Didier Lestrade, obsédé des poils, sur son blog.

Trés beau. De la littérature.
Les Na’vis disent surtout “Oel nga ti kameie” ^^.
en réponse,
… parfois
dans un grand élan d’honnêteté il criat à la cantonnade sa bassesse puérile.
Moi, terrée sous l’escalier, je comptais perles et rubis que je tenais en secret dans mes sabots, ma vieille plume dans le cul, mon fameux vieux pétard mouillé, toujours pas froid aux yeux.
Voici mon dernier métro, fait en spontanéité slightly distorted au cyber café du coin
Coût de l’opération : xx,xx €
La magique a fané – à ce tantôt
(d’après une idée de Georges Brassens, plagiée par Victor Hugo, sous-couvert de ce coquin de Cioran, paix à leurs âmes)
Bien à vous (le jeu de mot sous-jacent, cherchez vers
la poutre qui est dans ton oeil
en italien,
dont Victor avait fait danz ton oculo
merde, j’ai plus le temps, allez vous faire
Les musulmans vont donc nourrir les vieux pédés sidaïques en phase terminale ? C’est beau comme un programme du PS.
XP : Oui. La petite musique.
C’est plaisant le plan d’aller mourir au Maroc. On se sent seul et famélique, comme tout le monde, et le thé est bien sucré. Je pense à Ranî, de Jules Supervielle. C’était trop magnifique cette courte nouvelle du recueil “l’enfant de la haute mer”. Fleur bleue, coeur rouge, comme tout le monde sous la neige de février
Oui XP, de la littérature. En fait, ce petit fragment de prose me fait beaucoup penser à Hervé Guibert. Non, pas “À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie”, mais plutôt “Le Protocole compassionnel”.