Chrétien, donc libéral
Le 26/01/10 à 12:26 par XP
LA POLITIQUE DU DÉCALOGUE
François Guillaumat
La norme libérale consiste à soumettre tous les membres de la Cité aux quatre articles du Décalogue qui concernent la politique :
§ tu ne voleras pas,
§ tu ne désireras pas injustement le bien d’autrui,
- tu n’assassineras pas,
- tu ne mentiras pas,
cette dernière norme étant incluse dans la politique, parce que la plupart des mensonges violent en fait le droit ou sont nécessaires à l’injustice.
La justice libérale, par conséquent, tout le monde la connaît, et tout le monde s’y soumet dans sa vie de tous les jours, y compris les politiciens et autres hommes de l’état, quand justement ils n’agissent pas en tant qu’hommes de l’état. Celui qui ne s’y conforme pas : qui frappe son voisin, agresse les passants dans la rue pour les voler, tue sa femme, celui-là se retrouve en prison, à l’hôpital ou à la morgue. La définition libérale de la justice est donc la définition normale des gens normaux. Alors par quelle aberration devons-nous subir les pillages et autres brimades d’un état qui est socialiste comme jamais ? Et par quelle schizophrénie tant de clercs, de soi-disant “chrétiens”, et comme les autres conscients et respectueux de la justice naturelle, approuvent-ils de sa part tous ces délits et crimes ?
La raison est typique des tromperies du Malin : “tout le monde est contre le vol,” expliquent les sophistes qui le servent, “mais le vol n’existe pas en soi, c’est ‘la loi’ qui le définit”. Pour être clair, ce seraient les hommes de l’état qui décident ce que c’est qu’un voleur et qui n’en est pas un. De même que pour l’avortement, ils déterminent aujourd’hui ce qui est un assassinat et ce qui n’en est pas. à eux appartiendrait donc la définition du bien et du mal.
C’est en cela que le libéralisme s’oppose à l’étatisme : pour lui, un voleur, un assassin ne sont pas ceux qui ne passent pas par les procédures étatiques reconnues pour dépouiller leur prochain ou l’expédier ad patres : pour le libéral, à l’inverse du démocrate-social qui se fait souvent passer pour lui, le voleur est celui qui s’empare du bien d’autrui sans son consentement ; quels que soient l’agresseur, la victime, le motif du vol, la destination du butin, les ”besoins” des receleurs, ou encore le nombre de personnes qui approuvent ce vol ou nient qu’il en est un. Et selon les mêmes principes rationnels de l’objectivité et de l’universalité, est un assassin quiconque tue délibérément un innocent. Point final : définitions nécessaires et suffisantes. Quant à savoir de quel côté se trouve le Décalogue il suffit de se demander s’il ordonne : “tu feras comme disent les hommes de l’état”, ”tu adoreras la Démocratie” ou si, au contraire, il répète : “tu ne voleras pas”, “tu n’assassineras pas”, etc.
Autre aspect de l’eritis sicut dei que les clercs ne semblent plus condamner comme le libéralisme le fait : le refus d’appliquer aux hommes de l’état les prescriptions universelles de la morale et du Droit. Pour les étatistes, il existerait apparemment un chapeau de sorcier, avec marqué dessus “Homme de l’état”, qui transformerait tous les mensonges, tous les pillages, tous les meurtres, en une forme de “justice supérieure” à condition de le porter. Est-il vraisemblable, pourtant, que le Décalogue ne s’adresse pas aux hommes de l’état ? Ces interdictions de faire le Mal, faudrait-il les en dispenser parce qu’ils sont ceux qui peuvent en faire le plus, étant les seuls à pouvoir user impunément de la violence agressive ? Ne sont-ils pas des êtres humains comme les autres, et davantage encore portés à l’erreur et au crime, étant ceux qui peuvent forcer les autres à supporter ses conséquences à leur place ? Ne sont-ils pas suprêmement ceux qui peuvent mentir, voler, assassiner ?
Que nos clercs ne se récrient pas trop vite devant le ”simplisme” de cette ”caricature”. Car c’est bien aussi ce qu’implique leur propre invocation du ”bien commun” à l’encontre du libéralisme. Elle ne fait qu’ajouter une formule rituelle comme condition d’efficacité du chapeau, mais l‘inconséquence magique est la même : oui, disent-ils en substance, les hommes de l’état ont le ”droit” de disposer du bien d’autrui contre son gré, à condition de prétexter une destination particulière du butin. Mais la destination est indéfinissable et le prétexte absurde, puisque le principe libéral de non agression, comme l’ont découvert les derniers Scolastiques, est justement la solution de ce programme de recherche qu’est la question du ”bien commun”.
La non agression est la seule définition de l’acte juste qui soit constatable par tous : définissant comme propriété légitime tout ce qu’on n’a pas objectivement volé, c’est-à-dire acquis par violence et tromperie, ce principe est universel et exclusif de tout autre. En l’admettant “mais dans certaines limites”, parce qu’ils prétendent le faire dépendre d’autres normes prétendument “supérieures”, comme le ”bien commun”, le ”droit à la vie” et autres “destination universelle des biens”, les clercs ne jettent pas seulement la logique par-dessus bord : en la rejetant, c’est toute l’objectivité du Juste qu’ils abandonnent. Ils livrent à l’arbitraire l’ensemble des règles politiques et sociales et de ce fait, qu’ils en aient conscience ou non, embrassent non seulement le subjectivisme, mais l’utilitarisme qu’ils prétendent par ailleurs abhorrer. Car pour définir la justice au-delà des critères du Décalogue, il leur faudrait pouvoir sonder les reins et les cœurs. Et, bien entendu, qui veut faire l’ange fait la bête. Voilà à quoi conduit de trouver plus raisonnable, moins extrémiste, de dire suivant la formule du Cardinal de Lubac, que deux et deux feraient quatre et demi.
L’antilibéralisme de nos clercs leur offre bien d’autres occasions de renier les principes et les valeurs du christianisme : confondant la morale avec la justice, ils invoquent ses recommandations contre le Droit des autres, oubliant — ou feignant d’oublier — que ce Droit-là de choisir est une condition nécessaire de l’acte moral, et prennent pour de la charité cette prétendue “solidarité” qui n’est, pour reprendre un mot de saint Augustin, qu’un brigandage étatique. voler les autres soi-disant au profit des pauvres, est-ce vraiment ce que le Christ demandait aux puissants ? Et comment croire qu’ils l’admettent par souci concret d’aider les nécessiteux, alors que leur ”réalisme” consiste surtout à gober toutes les pieuses déclarations des hommes de l’état, comme si la redistribution politique ne consistait pas par définition en ce que les forts volent les faibles, les pauvres en étant donc toujours les principales victimes[1] ?
Traitant par le mépris l’obligation de servir autrui pour se servir soi-même qui caractérise les relations par définition volontaires de la société libérale, accablant de quolibets la ”mythique main invisible”, ils encensent les hommes de l’état qui détruisent cette nécessité réelle du service rendu à autrui au milieu de discours sur le prétendu “service public”, institution qui,, par nature et par vocation, en est effectivement dispensée par leur violence subventionneuse et monopolistique : non serviam ! Accusant d’”idolâtrer le marché” ceux qui ne font que prendre au sérieux les prescriptions politiques du Décalogue, ils rejettent sa définition de l’acte juste au profit d’utopies de ”justice sociale” impliquant que les hommes de l’état seraient Omnipotents, Omniscients et Infiniment Bons et se retrouvent à patauger dans leur matérialisme pratique, car ce sont eux qui raisonnent sérieusement à partir de prétendues “mesures” des projets humains avec des sommes d’argent, ayant perdu toute conscience de l’abîme moral qui sépare l’argent honnête de celui qu’ils ont volé. Et pour parler de ”marché” qui donc, sinon eux-mêmes n’a que ce mot-là à la bouche ? La règle de vie qu’ils voudraient disqualifier étant le simple principe de non agression, intimement connu et reconnu par tout le monde, comment en faire un monstre, s’ils ne l’affublent pas d’un nom que personne ne comprend, à commencer par eux-mêmes ?
Cependant, les valeurs chrétiennes les plus spectaculairement reniées par l’antilibéralisme clérical sont les principales : l’amour, et notamment l’amour de la vérité. Le libéralisme est d’abord l’objet de falsifications. La plus grave, hélas, fut commise au siècle dernier par notre Sainte Mère l’église qui, au lieu de reconnaître dans le libéralisme son enfant légitime, l’a pris pour le contraire de ce qu’il est : pour un ”subjectivisme” parce que, quand il disait que ceux qui se trompent ont des Droits, elle croyait entendre que l’erreur en aurait. Pourtant, après deux siècles de mises au point par tant de libéraux expressément ou implicitement partisans du droit naturel (à la suite de Locke), que penser de descriptions qui le confondent encore — ou font semblant — avec un absurde rejet de toute norme et de toute contrainte, avec les misérables rationalisations de l’anomisme libertaire, refusant toujours de faire aux libéraux la charité de les considérer comme capables de penser la norme politique ? Ou qui appellent “libéraux” des précurseurs de l’étatisme totalitaire comme Hobbes ou Rousseau, des pseudo-conservateurs ploutocratiques comme Guizot et même — cela s’est vu ! autoritaires comme Bismarck ? Ou encore qui voient du”néo-libéralisme” dans le vol de leurs terres aux paysans, la collusion des monopoles d’état en des supermonopoles supranationaux ou l’accaparement personnel par les hommes au pouvoir des richesses volées au peuple par leurs prédécesseurs socialo-communistes ?
Est-ce pour cela que les auteurs de commentaires se voulant savants ne font qu’interpréter de travers les quelques publicistes dont on leur a dit qu’ils étaient libéraux parce qu’ils sont des économistes compétents, comme Friedman ou Hayek ? Comment écarter l’hypothèse d’un refus de savoir, chez ceux qui ”jugent le libéralisme” sans avoir lu une ligne de Mises, Rand, Jasay, Rothbard et Hoppe, ses plus grands penseurs en ce siècle ? Comment prendre au sérieux ces ”penseurs sociaux”, diplômés voire professeurs de ”philosophie politique”, qui discutent gravement des politiques et des institutions sans seulement connaître leurs conséquences réelles, n’ayant jamais appris la théorie économique ? Qui passent leur temps à accuser la liberté naturelle de causer chômage, pauvreté, analphabétisme, drogue, Sida, délinquance, alors que ces pannes de la régulation sociale ne sont dues qu’à l’irresponsabilité et à l’impuissance institutionnelles que les hommes de l’état nous imposent par leurs usurpations massives et permanentes ? Comment ne pas douter de la santé mentale de ceux qui taxent d’”ultralibéralisme” notre société alors que ces hommes de l’état y bafouent toujours davantage notre Droit de décider des affaires qui sont les nôtres, volant, pour redistribuer à leurs conditions, bien plus de la moitié de ce que nous produisons ? Et surtout, comment croire que ces gens-là auraient sincèrement recherché la Vérité ?
C’est pour ces ignorants volontaires, qui manquent à leur devoir d’état, et plus encore pour leurs innombrables dupes, dont ils s’affairent depuis des décennies à brouiller le jugement, que Patrick Simon a écrit ce livre. Qu’on se rassure : c’est avec beaucoup plus de ménagements qu’il tente de rapprocher ses lecteurs de certaines des dures évidences que je viens de leur jeter à la face. C’est par des faits, des exemples, des citations patiemment développés qu’il démontre que la norme politique libérale est au moins compatible avec le christianisme. Autant dire que c’est avec une spatule, une toute petite spatule en bois, qu’il tente de décrotter nos analphabètes économiques à la française, auteurs et lecteurs de dénonciations ampoulées à l’encontre d’un libéralisme dont ils ne savent rien et auquel ils n’ont rien compris. Et s’il s’en trouve parmi eux qui n’ont pas tout à fait oublié l’époque où la Vérité les intéressait, ils sortiront de sa lecture considérablement plus intelligents
[1] Cf. François Guillaumat, “Voleurs de pauvres”, La Lettre de SOS Action Santé, n¡ 14, juillet 1998, pp. 2 ˆ 11

Ce Guillaumat ,anarcho-capitaliste tel qu il se defini lui meme ,
est confondant de betise … j en reste sans voix tellement c est enorme.Encore un untermensch bon pour le decrassage.
“Le drole vint aussitot ,non pas pour me faire des excuses ,mais pour etablir qu il ne m en devait pas.Retrancher derriere ses Lieux Communs de seminaire ,dans un mepris inexpugnable de la Saintete ,de la Perfection evangelique ,de la Parole de Dieu ,de la Priere ,de tout ce qui n est pas le glorieux Argent monnaye ,il me parut invincible et me decouragea du premier coup.
Impossible de lui faire comprendre quoi que ce fut .Je ne me souviens pas d avoir jamais vu un homme si sot” -Leon Bloy-(exegese des lieux communs)
“Voleurs de pauvres” ,c est ca le titre de son bouquin? Et c est ce bico puant qui a le culot nous parler du DECALOGUE? … pathetique
“Au centre de tout ,il y a le pauvre.Le vice absolu ,c est la richesse ,sous sa forme proprement demoniaque qui est l epargne.poursuivre le Bourgeois de sa haine implacable ,c est le devoir premier …” -BLOY-
Le Liberalisme c est l Antechrist … et c est pour ca qu ils termineront au bucher.
ben alors les meteques on a peur ? …on a peur de m affronter?
Dans le même ordre d’idées:
“Rendons nous à l’évidence: une limitation de la liberté d’expression requiert que le gouvernement désigne des personnes pour choisir quel discours est autorisé et lequel est interdit. Cela signifie que le gouvernement devient l’arbitre de la Vérité, exactement ce que le Premier Amendement est censé empêcher. Protéger la liberté de parole de “la tyrannie de la majorité” selon les paroles de Tocqueville, c’est donc en réalité la protéger du gouvernement.”
Ernst Mayr, 2002.
Je ne réponds que pour moi : ne croyant aucunement le libéralisme fondé sur le christianisme (du moins pas de telle manière qu’il en procéderait, Patrick Simon ferait bien de lire un peu – Bentham et Mill par exemple, un peu de Derrida ne nuira pas pour ne pas prêter le flanc à des démontages faciles — avant de se livrer à des naïvetés déplorables en forme de généalogies qui feraient presque passer les libéraux pour des simplets), je vais vous laisser vous expliquer avec les tenants de la thèse, hein.
Je leur souhaite bien du plaisir. Quelle peur ils vont avoir…
Pélagiens indécrottables !… ILYS s’inscrit dans la droite ligne des cathos normands: Chateaubrillant, Lamennais, Montalembert et compagnie. well well well…
ça va… en Provence on les aime les rosbeefs, on a bien notre Jean Cassien qui prêchait que la vanne de mauvaise fois n’est pas peccadille…. bien maigre liberté dans ce sépulcre vide qu’est la doxa.
Nicolas, je ne suis pas d’accord avec votre analyse pour la simple raison que personne n’a jamais dit que le libéralisme était fondé sur le christianisme. Guillaumat montre qu’il y a des convergences entre les deux. En effet, dans la version déontologique ou jusnaturaliste du libéralisme (qui s’oppose à la version conséquentialiste ou utilitariste de Bentham et de Mill) le droit naturel est reconnu comme étant la seule et unique norme de justice légitime. Le premier de tous les droits naturels est le droit de propriété qui découle du fait que chaque homme est libre par nature (non-esclave) et donc libre de faire ce qu’il veut de ce qu’il a acquis par son travail. De ce droit de propriété découlent l’interdit du vol, l’interdit de l’assassinat et de la tromperie. C’est là que le libéralisme rejoint le christianisme, dont la morale est fondée sur le décalogue, révélation biblique du droit naturel. Guillaumat parle ici de convergence entre la foi et la raison mais il ne dit pas que c’est la foi qui fonde le libéralisme.
Donc la doctrine exposée ici n’a rien de simplet, elle est l’expression la plus pure de la raison droite. Cela dit, il y plusieurs familles au sein du libéralisme et parfois inconciliable (sur le plan théorique, pas sur le plan pratique). Vous vous référez à Bentham et à Mill, soit. Mais Guillaumat se réfère plutôt à Locke, à Bastiat et à Ayn Rand.
Dites-moi XP, sauf votre respect : Quelles herbes rares à moquette votre curé a mis à fumer dans l’encensoir, dimanche dernier à la messe ?
@John John
Ce qu’il y a de bien avec vous, c’est que vous n’avez besoin de personne pour vous enfoncer dans le ridicule.
Sinon, l’épargne bourgeoise dont parle Léon Bloy, ça fait pas très “ultra-libéral” comme machin, on dirait même que c’est tout ce qu’il y a de plus chrétien d’épargner afin que sa progéniture ne soit pas dans le besoin ou que des personnes comme vous puissent user d’un clavier d’ordinateur (Modernité) plutôt que d’aller balader les chèvres récalcitrantes entre deux falaises escarpées (Tradition).
Waq Waq, fils de montagnard et pas nostalgique du passé pour un sou.
@ Nicomaque : c’est bien pour cela que je ne rentrerai pas dans la discussion : je ne crois pas au droit naturel, et encore moins à une lecture de la Bible qui voudrait y trouver exprimé ce droit naturel.
(Il faudrait discuter sur Ayn Rand : il me semble qu’elle ne se réfère jamais au droit naturel. Elle reconnait des droits qui sont inhérents à l’être humain. C’est à dire que l’être humain en tant qu’il est humain et être de raison et de culture, c’est à dire non de nature, constitue par là un droit, qui est donc tout sauf un droit naturel qui lui serait donné au sens des jusnaturalistes. Ce n’est pas à vous que je vais apprendre qu’en philosophie isoler le concept auquel on arrive en ne considérant pas comment on y parvient n’a aucun sens et est une sorte de naïveté coupable.)
En revanche, ce qui me semble dommage, c’est qu’en fondant les principes du libéralisme sur un droit naturel dont le décalogue serait l’expression ou l’illustration historique, on s’expose à plusieurs coups.
Le plus grave est bien sûr de remarquer que le libéralisme devient ainsi, si on suit Simon et Guillaumat, chrétien, ou une expression proprement chrétienne de la rationalité économique, et même de la rationalité tout court. Or, outre le simple fait qu’on peut être chrétien sans être libéral et inversement, qu’il y en a même eu des exemples, cela vise à confondre l’originaire et l’original : que le libéralisme soit occidental, donc d’origine “empirique” chrétienne c’est une chose. Qu’il soit d’essence chrétienne en est une autre. La preuve en est que le libéralisme, n’en déplaise à Simon et Guillaumat, a pu être rejeté au nom même du christianisme, notre commentateur John John, encore que de manière un peu fruste, en est l’illustration. Il y a un rapport, un rapport de filiation même si l’on veut au sens où le libéralisme n’est pas apparu ailleurs que dans les sociétés chrétiennes (en fait chrétiennes nourries d’antiquité classique et en voie de dépasser certaines expressions de leur christianisme), mais on ne peut pas pour autant y voir un rapport aussi direct que le recours au décalogue à titre d’illustration ou d’explication le laisse penser. Rapport dialectique diraient certains, qu’il faudrait expliciter sans se contenter d’un recours citationnel. Dès lors, si le texte de foi est à dépasser, c’est sur la raison qu’il faut se fonder, pas sur la foi : le libéralisme a raison non parce qu’il est chrétien mais parce qu’il est la manière accessible à tout être de raison pour parvenir, ou disons pour formuler en raison son aspiration à parvenir à vivre aussi libre que possible.
Un deuxième reproche grave est qu’on peut aisément démonter la manière dont fonctionne le système de références ainsi mis en place : il vise à allier rationalité et foi (qui plus est une référence purement scripturaire, prise dans son sens littéral). Mais on sait bien que cette alliance est un topos précisément de la pensée chrétienne, etl’un des plus rebattus, une des manières dont elle se justifie à ses propres yeux depuis toujours. Comme souvent la référence se fait révérence, et vise à appuyer la foi sur la raison (les libéraux ont bien raison d’être chrétiens) et la raison sur la foi (si vous êtes un être raisonnable vous devez être chrétien). C’est fort joli mais le caractère de pétition de principe circulaire de tout cela et sa pauvreté conceptuelle est patent, sauf précisément à se mettre d’emblée dans une perspective de foi. Et même ainsi ce serait une foi curieuse : rappelons que pour un Jean Scot, penseur de cette convergence par excellence, elle n’est qu’un horizon idéal, pas plus atteint que l’incarnation n’aurait fait de nous des dieux.
Or la foi est précisément sortie de la réflexion en raison depuis quelques temps, ou plutôt en a été sortie avec raison. Il serait bon de ne pas l’y réintroduire subrepticement : on n’y verrait au mieux qu’une sorte de naïveté charmante.
Et n’oublions pas que ce cher Adam Smith écrit la RDN parce qu’il se trouve en proie à un échec dans sa réflexion morale. On pourrait montrer que loin d’être authentiquement moral, le libéralisme est une ruse, un substitut à la morale devenue problématique ou inattingible. Vouloir en voir l’origine ou une expression si remarquable qu’elle en donnerait une quasi-explication précisément dans le texte qui énonce une morale donnée hors de toute explication rationnelle, jusqu’à tirer argument précisément d’une sorte de convergence miraculeuse (”La justice libérale, par conséquent, tout le monde la connaît, et tout le monde s’y soumet dans sa vie de tous les jours”) c’est à mon avis faire un contresens patent.
Je ne sais pas si nous lisons le même article. Moi je lis dans l’article de Guillaumat une défense des principes du libéralisme contre les clercs qui s’ingénient à le condamner du haut de leur chaire. Or mon interprétation du christianisme, comme Guillaumat, me conduit au contraire à penser qu’il n’y a pas d’incompatibilité entre les deux. Si vous voulez à tout prix les opposer, libre à vous mais je ne vous suis pas.
Là ou je suis d’accord c’est lorsque vous dites : “le libéralisme a raison non parce qu’il est chrétien mais parce qu’il est la manière accessible à tout être de raison pour parvenir, ou disons pour formuler en raison son aspiration à parvenir à vivre aussi libre que possible.” Là ok.
Concernant Ayn Rand, j’en profite pour rappeler qu’Alain Laurent tiendra une conférence sur l’actualité d’Ayn Rand le jeudi 11 février au 53 rue d’Auteuil à 19 h . Vous y êtes cordialement invité, il suffit de m’envoyer un mail pour vous annoncer : info@nicomaque.com
Enfin je signale cette référence à Philippe Nemo sur le thème du libéralisme et du christianisme : http://www.contrepointphilosophique.ch/Philosophie/Pages/PhilippeNemo/LiberalismeEtChristianisme.pdf