Alain Robbe-Grillet, le vrai hussard
Le 21/11/09 à 16:49 par XP
Parmi toutes les ruines que Maurras le sourd a laissé derrière lui avant de claquer la porte – Dieu que cet homme était bête – les plus propices à plonger le promeneur dans un bain de spleen et de regrets, ce sont les manuscrits des Hussards.
Par acquis de conscience – et aussi pour tenir une promesse faite à un ami – j’ai lu Les Poneys sauvages de Michel Déon; je viens à peine de refermer le livre et déjà, il est dans ma mémoire une ombre immobile qui se tient sagement aux côtés des enfants tristes ou du Hussard bleu de Nimier, à peine plus insignifiant que le sympathique Singe en hiver de Blondin, lequel aurait pourtant mérité d’écrire, en brodant sur le même thème, quelque chose d’aussi fort qu‘Au dessus du volcan en lieu et place de cette oeuvrette, mais encore aurait-il fallut qu’il n’appartienne pas à cette école.
Ca m’ennuie vraiment de le dire, tant ces gens sont par ailleurs attachants et talentueux, mais de l’aventure des Hussards, il ne reste rien, ou si peu. Leurs romans sont chardonneux, toutes ces pages sentent le Cognac, la terre, les odeurs de camaraderie, le vin des brasseries haussmaniennes, le parfum des muscadins et de leurs conquêtes, et mon dieu, ces effluves sont fort agréables, mais seulement voilà, c’est de la littérature microscopique, de la bourgeoise et de la moisie; c’est là un paradoxe bien cruel, que le projet de placer l’ art du Roman entre les mains de Hussards qui auraient dû faire sauter toutes les coutures du vieux roman français à coups de lames et montrer leurs culs aux carnes de l’académie, c’est aux premières phrases couchées sur le papier transformé en exercice pour moines copistes; ces jeunes voyoux des lettres n’ont pas effleuré la plus petite forme et la moindre structure narrative, ils ont pondu comme le faisaient les écrivaines de salon deux siècles avant eux, et pour finir, la postérité a puni ces faux garnements en leur donnant Denis Tilliniac et Neuhoff pour héritiers.
Si la nature avait donné à Charles Maurras un don, c’est bien celui de se faire appeler Maître tous les quarts d’heures, même quand il envoyait son petit monde dans le mur et qu’aidé en cela par ses problèmes d’audition, il s’enfermait dans ses certidudes en reclamant la mort du contradicteur dans un style que n’aurait pas renié un anarcho-syndicaliste fanatique.
Les Hussards ont donc noirci leurs feuillles sous l’égide d’un vieux Monsieur qui tenait l’écrivain en patois provençal Frédéric Mistral pour l’égal de Shakespeare, et en effet, leurs pages empestent la clarté Française, le gloussement du vieux barbon d’extrême-droite devant tout ce qui est abstrait, confus, enveloppé de brumes germaniques et peut-être même un peu juif, qui sait. Paradoxe entre tous, il s’agissait alors de faire la nique à Jean-Paul Sartre et d’opposer la légereté de l’artiste à la bêtise de l’ecrivain engagé, lourd, assez stupide pour défendre des causes et prendre ainsi sa plume pour un marteau. Pour que l’idéologue ne puisse plus venir squatté dans le no man’s land du créateur, il fallait sommes toutes que le Roman cesse d’être l’écriture d’une histoire pour devenir l’histoire d’une ecriture, et pour ça, il n’était pas suffisant de railler les hommes lourds du moment en se plaçant sous l’autorité de Maurras, celui-là fût-il conchié par les premiers.
Il fallait en réalité dire adieu à l’un comme aux autres, casser le récit, le remplacer par des micros-récits faisant qu’un esprit rationnel n’y retrouve pas ses petits et ferme le livre au bout de dix pages en gueulant, reléguer aux archives le personnage en tant que créature dotée d’un nom, d’un visage et d’une psychologie, ne plus perdre la moindre ligne à décrire des mares aux Diables comme l’autre grosse vache à écrire de George Sand, en un mot défoncer le roman Balzacien à coups de grosse bertha.
Il ne reste rien de ce qu’ont fait Déon ou Nimier, mais à la même époque, pourtant, un romancier a lui su accomplir ce devoir de légereté, casser les codes, rendre à l’art l’art du Roman, et ne laisser aucune prise à l’idéologue tenté de le prendre d’assaut.
Alain Robbe-Grillet venait lui aussi d’une famille Maurrassienne, l’homme, dit-on, était froid, impersonnel, indifférent à ses congénères, goguenard, provocateur, marqué de toute évidence par un imaginaire décadent, un romantisme lugubre, et plutôt que de traîner dans les manifestations parisiennes, il se retirait sur ses terres normandes pour y tailler ses arbres…
Dieu, mais c’est tout le portrait d’un homme revenu des chimères politiques autant que de ses contemporains, bien décidé à ne leur laisser ni l’art ni sa peau…
C’est lui, le vrai hussard, l’ennemi mortel des Sartre de toutes les époques, celui qui peut les faire crever simplement en leur échappant.

Le caporal épinglé c’est Perret, pas Nimier.
Quelques remarques pêle-mêle.
Le caporal épinglé n’est pas de Nimier mais de Jacques Perret (qu’on ne classe parmi les hussards que par raccroc, il appartient à une autre génération).
Le hussard bleu, que vous ne citez pas, est certainement l’un des grands romans du XXe siècle.
Les hussards ne doivent, littérairement parlant, rien à Maurras.
Il faut vraiment aller très loin dans l’amour du paradoxe pour prétendre qu’il n’y ait rien d’idéologique dans le “nouveau roman”.
Merci, corrigé. Je pensais au Hussard Bleu. Erreur d’autant plus redoutable que j’aime bien Perret, je trouve les nouvelles magnifiques.
“Le hussard bleu, que vous ne citez pas, est certainement l’un des grands romans du XXe siècle.”
Et bien moi je n’aime pas, que voulez-vous. Je trouve que c’est un roman du XIXème siècle.
“Les hussards ne doivent, littérairement parlant, rien à Maurras”
Mon analyse est que si. Il s’agit, bien souvent, de raconter l’histoire de militants d’extrême-droite ou pour le moins de jeunes gens rebelles aux codes ambiants aux prises avec une époque qui n’est pas la leur (je pense aux épées, aux enfants tristes, aux poneys sauvages…) et seul un rejet total du politique aurait permis qu’ils entrent vraiment en littérature. Ils n’ont pas su s’oublier.
“Il faut vraiment aller très loin dans l’amour du paradoxe pour prétendre qu’il n’y ait rien d’idéologique dans le “nouveau roman”.”
Pour ce qui est de Robbe-Grillet, c’est encore une histoire de point de vue, mais j’affirme qu’il n’y a rien d’idéologique chez lui. Que Sartre ait voulu l’enroler comme la gauche a voulu le faire au moment du Voyage, c’est une chose…Mais il s’est heurté à un refus catégorique, et c’est mis à cracher sur le “nouveau Roman”… Et Robbe méprisait au plus haut point Sartre.
Cela dit, qu’un choix esthétique puisse être interprété en fonction d’une grille de lecture politique, ma foi…Casser le Roman bourgeois, on peut considérer que c’est une démarche de gauche…Ou pas.
Casser les codes, ça peut être considéré comme une attitude de gauche…Ou de droite.
A ce propos, le vieux Déon aime beaucoup Obama, il a confiance… Et en monarchiste, il pense qu’il faut laisser le temps au temps….De gauche, le vieux?
C’est marrant ce besoin de catégoriser les gens : les Hussards, les écrivains réacs…
Enfin, puisqu’on parle de Robbe-Grillet, rappelons qu’il a aussi (et peut-être principalement) fait du cinéma :
http://avaxhome.ws/video/genre/drama/robbe_grillet_la_belle_captive_1983.html
Alain Robbe-Grillet n’a pas écrit que des conneries. Il en a aussi filmées. ^^
Il faut vraiment aimer les points de vue paradoxaux pour mettre le nouveau roman au-dessus de ce qui l’a immédiatement précédé. De Roger Nimier, on peut lire Le Grand d’Espagne, consacré à Bernanos, l’ennemi juré de Maurras. Ceci pour faire mentir la grille idéologique un peu étroite de XP.
@Broke
J’ai été dans l’obligation d’effacer vos deux derniers commentaires:la critique, autant que vous voulez. En revanche, les caprices du lecteur pas content de ne pas lire au mot prés ce qu’il s’attend à lire, ce qu’il lit partout ailleurs, ce qu’il pense depuis toujours, et furieux qu’on vienne le réveiller, ça commence à me gonfler.
Lisez les inrocks ou Rivarol, eux, ils ne réveillent personne.
Nimier a écrit un texte très beau et très intéressant sur Maurras, dans Journées de lecture, il me semble. Je crois que Baroque l’avait publié sur son blog mais je ne suis pas totalement sûr.
@Sébastien
Je n’ai jamais dit que les hussards défendaient les idées de Maurras. Jamais. Relisez-moi attentivement.
J’ai parlé d’un refus de casser les formes, de se mettre en scène en tant que Jeunes réacs dans leurs romans, autant de choses qui n’ont pas permis de faire la nique à l’existentialisme et à la mise au service de l’art.
J’exlique ça par le fait qu’ils se sont mis sous la tutelle de Maurras, sans affirmer qu’ils faisaient des romans à thèse pour défendre l’empirisme organisateur…
Ils auraient dû rompre avec la politique totalement pour casser la chappe de plomb, et pour se faire, ne pas se dire plus Maurrassien que bernanosien ou tout ce que vous voudrez.
Et Boutang, Boutang oui Boutang c’est quand que vous lui réglez son compte?
J’ai parlé d’un refus de casser les formes
Si vous voulez. D’un point de vue esthétique, les Hussards ne sont pas très novateurs. Le véritable innovateur quant au style, c’est Céline. Avec ses trois petits points, il rompt complètement la syntaxe de la langue française. A côté de lui, le nouveau roman est incroyablement classique.
Vous vous interrogez sur l’héritage des Hussards, dont il ne reste rien d’après vous, mais pas sur celui du nouveau roman. Tout ça a beaucoup vieilli. Un peu comme la littérature des précieuses au XVIIe siècle.
@ XP : soyez anti-maurrassien tant que vous voulez, mais pas avec de tels arguments rebattus, par pitié ! L’empirisme organisateur, c’est un truc donc Maurras parle UNE fois dans UN texte de jeunesse (les Trois Idées politiques) et sur une longueur de deux paragraphes et demi environ. Il n’en reparlera plus JAMAIS sauf pour citer la formule elle-même parce qu’on la lui attribue, ou pour faire quelques références à ce texte de jeunesse. Il ne théorisera jamais quoi que ce soit qui se serait appelé empirisme organisateur, il ne prétendra jamais en tirer la moindre doctrine d’action politique, ni le proposer en modèle à quiconque.
L’empirisme organisateur, c’est un truc de vieux maurrassiens à la con (même quand ils sont jeunes ils sont vieux) qui n’ont jamais lu Maurras, mais seulement des resucées faites par les gardiens du temple et qui eux-mêmes avaient trouvé ce hochet-là pratique pour résumer ce qu’ils n’avaient pas lu. Gardiens du temple d’ailleurs autoproclamés.
Il n’y a pas que Céline.
Proust est tout autant novateur. Et du reste, les deux se ressemblent beaucoup.
Il ne s’agit pas d’une question de syntaxe, très secondaire, mais de faire du Roman un art authentique, en mesure de décrire l’existence, et non pas de “raconter une histoire”.
Chez Proust comme chez Céline, il s’agit de faire défiler le monde sous l’oeil du narrateur, lequel n’en perçoit pas la réalité, mais la vérité.
Chez Proust et Céline aussi, le récit etles personnages s’effacent, pour laisser place à la perception qu’en a le narrateur.
Pour Robbe, commencez par la jalousie, vous allez voir, c’est parfaitement lisible…Et illisible si vous vous attendez à quelque chose de classique… Mais Proust, Céline, Joyce, Kafka, Faulkner… sont dans le même cas.
Faites donc lire “Lumière d’Aout” ou “D’un chateau l’autre” à un lecteur habitué aux histoires bien charpentées, vous verrez…
@Nicolas
Vi,vi, c’était une image, pour dire que je ne prenais pas les Hussards pour des romanciers ayant mis en fiction les thèses de Maurras, pas plus.
XP : “Lisez les inrocks ou Rivarol, eux, ils ne réveillent personne.”
Ha ha ! Excellent !
et aussi…
“J’ai parlé d’un refus de casser les formes, de se mettre en scène en tant que Jeunes réacs dans leurs romans, autant de choses qui n’ont pas permis de faire la nique à l’existentialisme et à la mise au service de l’art.”
Farpaitement… les derniers à avoir su casser les formes, en occident, tout en s’affiliant à une tradition sont, probablement, les auteurs de la beat generation d’une part, mais aussi Cormac McCarthy, Nick Tosches, Denis Johnson, Roth… bref, des américains…
Ledobra : « Il lui est arrivé de raisonner en philosophe grec, aveugle et sourd aux cris de l’époque, quand ses hypothèses, maniées par des fous et transformés en vérités d’État, servaient à tuer. Pendant l’occupation, il continuait à manier ses balances, sans savoir que les poids étaient truqués et que son antisémitisme littéraire, félibre, imbécile et d’ailleurs modéré, s’appelait ailleurs Auschwitz ou Dachau. Il est grave pour un politique d’ignorer son temps. Il est vrai que si l’époque avait compris sa politique, les choses auraient peut-être connu un cours différent. »
Journées de lecture, « Charles Maurras », p. 200
Voilà… ^^ Paradoxal, n’est-ce pas ? ^^
Sinon… j’aime bien XP quand il débarque avec des textes qui remuent la merde… ça bouscule et ça énerve, bref… ça rend vivant. Et puis il perturbe le Temple… il ouvre des perspective. A propos, XP, j’ai croisé des personnes qui ont détesté “Le Voyage au bout de la nuit”, c’est dire !
@Nébo
Toi, tu as fais bien pire, en éditant sur ton blog du Sollers et du Onfray^^
(du d’ormesson, même, une fois).
“Il est grave pour un politique d’ignorer son temps.”
Sa connerie résumée en une phrase, àl’annonce du verdict de son procès:”c’est la revanche de Dreyfus”
“Il est vrai que si l’époque avait compris sa politique, les choses auraient peut-être connu un cours différent”
C’est vrai aussi, ne chargeons pas la barque…Encore que comprendre celle de Bainville aurait été déjà pas mal.
“A propos, XP, j’ai croisé des personnes qui ont détesté “Le Voyage au bout de la nuit”, ”
Pas étonnant, et ça m’intéresse beaucoup. Les raisons?
Je pense que plein de gens détestent ce livre en faisant croire qu’ils adorent ou n’arrivent pas à y entrer. Céline disait que l’antisémitisme, la collaboration, les juifs… C’était des pretextes, qu’on lui faisait payer le Voyage…Et je suis entièrement d’accord avec ça.
Sollers… fin lecteur.
Onfray… paganisme attrayant et aristocratisme individualiste.
D’Ormesson… légèreté de l’être et espièglerie fort agréable.
Je ne vais pas leur faire d’affront en évoquant tout ce que je leur reproche par ailleurs et n’aime pas chez eux.
Ivane aussi, sur son blog, Au Milieu des Ruines, n’est pas insensible à Onfray. Je vis avec mon époque et puise dans tout ce qui s’offre à moi. Pas de temps à perdre avec la poussière. Il faut lire son temps. ;-)
Ah mais moi aussi, j’ai lu d’Ormesson, Onfray, Sollers…Sur le blog Incarnation, hu hu hu!
A part ça ce qui m’empêcherait d’aller plus loin avec Jean d’O, c’est que le personnage m’horripile, et je ne force pas le trait. J’aurais l’impression de l’entendre à chaque ligne.
je suis sûr que le secret de sa bonne humeur permanente et sa propention à ne jamais s’énerver,c’est qu’il n’aime personne. Ce type doit être un monstre d’égoïsme, qui en apprenant la mort d’un proche, doit se demander “comment vais-je en parler à la télévision”.
Et puis, cette façon de dire exactement ce que le public veut entendre même pas pour faire carrière, mais pour se faire dorloter à la télévision, c’est pathétique en soi, mais plus encore d’en être encore là à 84 ans.
Mon épouse qui bosse dans l’édition l’a approché une ou deux fois Jean d’O. Et il paraît qu’il est exquis et charmant. Très aimable et délicat.
Par contre, sur ce que tu dis de lui, parlant et disant ce que le public veut bien entendre, c’est le sentiment que j’ai eu en entendant le vieux Déon hier soir sur France 2 parler en bien d’Obama. Je crois moi, plutôt, que les deux vieux son malins, ils veulent traverser les dernières années qui leur restent sans avoir à batailler avec la bien-pensance environnante. Et puis, je crois, que vient un moment dans la vie où l’on est fatigué des guerres, même lorsqu’elles drainent leur lot de romantisme derrière elles. Surtout lorsqu’on a 90 balais. ^^
Oui, oui, XP, nous verrons bien aussi ce qui restera de Robbe-Grillet.
@ Nebo : Oui, bien vu sur les deux vieux. Et je confirme que JdO est, de près, absolument charmant. Ceci dit, ce que dit XP – “j’aurais l’impression de l’entendre à chaque ligne” – vaut aussi pour moi, d’ailleurs je ne lis pas les romans de JdO précisément pour cette raison.
@ XP : Ne sous-estimez pas Mistral. Et pour ce qui est des hussards, il faut les remettre dans leur contexte : face à la chape de plomb sartrienne, comment n’auraient-ils pas inspiré chez les gens de goût, des élans d’affection dus à la simple gratitude ? En revanche je suis d’accord avec leur manque d’imagination. Mais quels journalistes (au meilleur sens du terme) ils ont fait, ou pour certains, auraient pu faire !
Quant à l’argument anti-terroir (avec le coup de griffe contre Mistral, ça commence à faire beaucoup^^), il ne me convainc pas : les meilleurs écrivains américains sont hyper-enracinés. De plus, je crois profondément (et sans qu’une quelconque solidarité confessionnelle^^ intervienne ici) que Chardonne, le plus enraciné des hussards, est aussi celui qui résistera le mieux au passage du temps – il revient d’ailleurs à la mode depuis quelques années. Bon, on sait bien depuis Stendhal que Grenoble, pour l’enracinement, c’est pas top :-))
Par ailleurs, pensée transversale ou pas, il faut être juste dans ses comparaisons. Personne ne met l’un quelconque des hussards au niveau d’un Proust ou d’un Shakespeare, des personnalités rares même à l’échelle d’une civilisation.
Quant à la “clarté française”, elle est – je fais court – tout ce que nous avons. Et, d’une certaine manière, n’est-elle pas présente chez Céline, et plus encore chez Proust ? (si ça, ce n’est pas du paradoxe – apparent – je ne m’y connais plus…)
J’ai toujours eu de l’admiration (oui,oui) pour Robbe-Grillet. Parce que c’était en effet un franc-tireur, qui jouait habilement de son monde. Il l’a payé au moment de sa mort, évacuée dans un silence assourdissant (désolé pour le cliché).
denis l. : “les meilleurs écrivains américains sont hyper-enracinés.”
Je confirme…
Kerouac : “Je suis un artiste, un conteur, un écrivain dans la grande tradition française, et non le porte-parole d’un million de voyous.”
Et à propos de Burroughs : “Je pense que les revues d’avant-garde française de l’époque ont voulu enrôler Burroughs dans un combat politique passéiste et sans issue qui ne le concernait pas vraiment. Burroughs luttait contre tous les discours. Il est resté fidèle à lui-même jusqu’à la fin de sa vie. Des gens comme lui ou, dans un autre domaine comme Sun Ra, sont exceptionnels. Lisant récemment deux de ses derniers ouvrages « Mon éducation, un livre des rêves » et « Ultimes paroles », j’ai été frappé d’y retrouver deux fois cette assertion qui devrait paraître très réactionnaire aux beaux esprits de notre époque : ‘Les scientifiques ne m’inspirent qu’un profond dégoût. Je préfère de loin un prêtre averti et cultivé… à un vieil abruti pétochard, éternellement planqué dans les chiottes d’un univers condamné’. “ Lucien Suel
Tenez, bien mieux :
« Les bretons étaient contre les révolutionnaires, qui étaient des athées, qui tranchaient les têtes au nom de la fraternité, tandis que les breton avaient des raisons paternelles de rester fidèles à leur ancien mode de vie »
« je ne suis pas bouddhiste, je suis un catholique en pèlerinage sur cette terre ancestrale qui s’est battue pour le catholicisme, à un contre dix, et qui a pourtant fini par gagner, car certes, à l’aube, je vais entendre sonner le tocsin, les cloches vont sonner pour les morts ».
« Partout dans le monde les intellectuels des villes vivent coupés de la terre et de ceux qui la cultivent, et ne sont en fin de compte que des insensés dépourvus de racines (…) toute cette ordure superficielle des existentialistes, des hipsters et des bourgeois décadents ».
« Pour moi le mot “beat” ne signifit pas “débordement de frénésie hystérique sans objet”, la “beat generation” ce n’était pas les voyous, ni la canaille, les durs, les je-m’en-foutistes, ni les déracinés. Pour moi, the “beat” désigne bien une route, mais la route de celui qui recherche la “béatitude”, à l’instar de Saint François d’Assise. Je suis artiste et conteur, un écrivain dans la grande tradition narratrice française et non le porte-parole d’un million de voyous ».
Jack Kerouac : Satori à Paris/ Vanité de Duluoz/ Entretiens
“Quand je tomberai
dans l’affre inhumain
de la mort vertigineuse
je saurai (si
assez malin pour m’rappeler)
que tous les tunnels
noirs de la haine
ou de l’amour dans lesquels
je tombe, sont,
au fait,
des éternités rayonnantes
et vraies
pour moi”
Jack Kerouac
184e Chorus
Mexico City Blues
Et en guise de digression :
“Car ce n’est pas avec le langage châtié des « conservateurs » post-modernes que s’exprimaient Rabelais ou saint Irénée de Lyon, pas plus que sainte Jeanne d’Arc, Tertullien ou saint Thomas d’Aquin, et pas plus que Kerouac, Jack, qui fut en son temps traité de « réactionnaire » par la clique gauchiste, et pas plus que M. Zimmermann, dit «Bob Dylan», à qui la même mésaventure arrive depuis sa conversion au christianisme évangélique.” Maurice G. Dantec
@ Nebo : Des choses suprêmement intéressantes dans vos extraits… Merci.
Pas de quoi denis… je vous conseille la lecture de cet excellent article consacré à KEROUAC qui vous intéressera encore plus :
http://vouloir.hautetfort.com/archive/2007/06/26/kerouac.html
Bonjour, bien qu’éditeur de Maurras ce que dit XP sur Maurras me semble juste dans son ensemble. Il suffit de lire Rebatet ou Brasillach pour commencer à cerner le personnage. Alors, pourquoi publier du Maurras ? Parce qu’au-delà de son style lourd et de tous ses défauts (Mistral, ses poésies, son immobilisme politique et le reste), il demeure un penseur original et que confronter ses idées se révèle souvent productif.
Merci encore. Dire que toute cette mémoire littéraire va bientôt s’effacer en même temps que vos derniers neurones, exterminés par le THC.
Comment ne voyez-vous pas que Socrate est le Maurras Grec et vice-versa? Sérieusement plus que son oeuvre c’est sa vie qui restera digne d’être lue, son influence politique a marqué l’entre- deux-guerres et au delà par DeGaulle interposé.
A Philippe Regnez, je signale encore et encore qu’un seul livre de Maurras est édité en poche: son pittoresque reportage sur les premiers nouveaux jeux olympiques en Grec. Il y a un filon à creuser.
A propos de Robbe-Grillet, j’aime bien qu’il fabrique ses propres meubles, mais en littérature, le parallèle avec Houelbecque est édifiant: on peu être ingénieur agronôme et un romancier barbant, en moins dégeu pour Robbe à sa décharge.
@ Galafron
J’ai publié à ce jour 14 titres de Maurras. Il y a effectivement beaucoup à publier de cet auteur quasi introuvable, mais ce n’est pas un filon au sens juteux du terme, puisque très très peu de gens achètent ses ouvrages et que leur publication apporte quantité d’ennuis.
Je vous en félicite, c’est grâce à des gens comme vous que l’esprit et la lettre de Maurras, un pan entier de la culture française contemporraine, survit. Il reste que vos ouvrages sont difficiles à trouver, même chez Joseph Gibert à Paris, ce que je comprend fort bien, vu l’anathème que subit l’auteur.
Maurras semble un candidat à la redécouverte que l’on percevra très kitch, une fois dissipé les doutes sur la nature de son antisémitisme. L’Idéal serait qu’un auteur juif de droite finisse par prendre sa défense et lève le tabou.
Pour info, Michel Déon était à Strasbourg samedi dernier, j’ai présenté ses derniers livres à la LIbrairie Kléber, nous avons évoqué Brasillach, Morand etc… bon pied, bon oeil et tant de beaux livres par lui écrits…
Ah, Strasbourg… capitale culturelle, pour le pire et le meilleur.
Le pire d’abord.
“Un compositeur cosmopolite
Le compositeur d’origine italienne Gualtiero Dazzi, installé à Strasbourg depuis 2001, a reçu cette semaine à Paris le Prix Florent Schmitt de l’Académie des Beaux-Arts. Une récompense qui à la fois l’honore, et l’embarrasse.
Prix décerné par la section Composition musicale de l’Académie des Beaux-Arts, et remis sous la coupole de l’Institut de France. Le musicien, qui a quitté l’Italie en 1982 après ses études au Conservatoire de Milan, a vécu pendant près de vingt ans à Paris avant de s’installer à Strasbourg en 2001.
Créolisation et cosmopolitisme
Dans la capitale alsacienne, où il a créé sa propre compagnie Traces, il s’attache à produire des concerts ou des spectacles inscrits dans une optique transfrontalière. Son oeuvre multiple et éclectique manie tous les codes et les supports : musique instrumentale, vocale, théâtre musical, opéra, musiques électroniques, rencontre avec d’autres disciplines artistiques.
Et pour lui, « l’oeuvre parle par son potentiel de partage avant d’appartenir à une tendance » particulière. Il se définit comme « incasable » dans la musique contemporaine, ni dans « l’avant-garde pure », ni dans un registre « plus consensuel et académique ». Son objectif est de rendre accessible au plus grand nombre une musique exigeante et de qualité. « Il faut ouvrir les portes du Palais », sourit-il en évoquant le cinéaste italien Pasolini, qui pour lui, à cet égard, est un modèle.
Gualtiero Dazzi se dit « très honoré » par ce prix de l’Académie des Beaux-Arts qui « couronne le choix que j’ai fait de quitter l’Italie et de vivre en France ». Mais cette distinction qui le réjouit par sa symbolique le met mal à l’aise par son intitulé. Chaque prix a le nom d’un académicien. Florent Schmitt est un musicien dont le rôle pendant la seconde guerre mondiale est controversé, en raison de sa collaboration avec l’Allemange nazie et le régime de Vichy : « J’ai eu un moment d’hésitation quand on m’a annoncé le nom du prix, confie-t-il, L’histoire de ma famille est une histoire de résistance et d’antifascisme. Le multiculturalisme a toujours fait partie de l’éducation que j’ai reçue. J’ai finalement décidé d’accepter ce prix, mais en négatif, pour que la mémoire ne se perde pas, pour que ces événements ne se reproduisent plus. »
Le message d’un humanisme ouvert lui semble particulièrement important à réaffirmer aujourd’hui. « En pleine période de débat sur l’identité nationale, c’est un prix pour la créolisation et le cosmopolitisme que je revendique », explique le compositeur, qui plaide pour le métissage et la rencontre des cultures.”
Élodie Bécu
Édition du Sam 21 nov. 2009 des Dernières Nouvelles d’Alsace
Au passage, la gueule du pire :
http://www.facebook.com/gualtiero.dazzi
Le meilleur ensuite :
“Cacheux et ses hommes illustres
Ancien directeur des Arts Déco de Strasbourg, François Cacheux, 86 ans, a remporté un concours international de sculpture lancé par Montpellier Agglomération. Ce grand poète de la femme érotisée livrera, cet été, dix illustres hommes d’État du XX e siècle.
Il ne cache pas une petite fierté d’avoir, à l’automne de sa vie, décroché une commande publique à laquelle concouraient pas moins de soixante-cinq artistes venus de plusieurs pays. « Et à l’unanimité du jury ! », précise-t-il encore. François Cacheux a conservé, par-delà les années, un esprit pétillant qui traduit assez bien cette énergie créatrice à peine entamée par l’âge.
« Le pire, c’est l’art conceptuel »
Le pédagogue, qui dirigea l’école des Arts Décoratifs de Strasbourg durant trente ans – de 1959 à 1989 -, n’a pas besoin d’être beaucoup aidé pour lâcher dans la conversation son sentiment à l’égard d’un art contemporain “officiel” dont il stigmatise certains aspects : « On vit une petite époque. Avec de petites réalisations. Le pire, c’est l’art conceptuel, avec ces pseudo-philosophes qui confortent de pseudo-artistes aux oeuvres indigestes par des textes ineptes », soupire-t-il, avant de conclure par un définitif « Quels cons ! ».
Avec son franc-parler et son caractère abrupt, c’est peu dire que François Cacheux ne va pas dans le sens du courant qu’impulsent les institutions de l’art contemporain en France. Son travail, tant dans le dessin que dans le volume, est resté marqué par le thème de la femme qu’il traite dans la sensualité classique de ses rondeurs et du mouvement des formes. « J’aime les femmes, que voulez-vous ! Mais j’ai aussi fait de nombreux nus masculins. », précise-t-il.
D’être en marge de la ligne dominante et d’explorer avec un plaisir inassouvi l’érotisation de la femme ne l’a donc pas empêché de remporter le concours international lancé par Montpellier Agglomération, portant sur un hommage rendu à dix hommes d’État illustres du XX e siècle : Churchill, De Gaulle, Jaurès, Lénine, Roosevelt, Gandhi, Golda Meir – la seule “femme” de ces “hommes” illustres -, Nasser, Mao et Mandela. La commande s’inscrit dans l’aménagement d’une Place du XX e siècle où s’élèveront, en juillet prochain, les sculptures en bronze, d’une hauteur de trois mètres chacune.
« Lénine et Mao… J’ai du mal ! »
S’il est enthousiasmé par le challenge artistique, François Cacheux l’est moins par la liste des figures retenues par le concours. « Lénine et Mao… j’ai du mal. Ce ne sont pas des modèles de démocrates et ils ont laissé derrière eux quelques millions de morts », réagit l’artiste qui a gardé de l’expérience de la Seconde Guerre mondiale et de son engagement dans la Résistance une antipathie viscérale pour les systèmes totalitaires.
« J’ai été interné à Mauthausen, dont je me suis échappé, avant d’être repris quelques mois plus tard, pour être jugé et condamné à mort à Vienne par le “Tribunal du Peuple”. L’arrivée des Russes et la révolte de la prison qu’elle a provoquée m’ont permis d’échapper à l’exécution. » Celui qui bien plus tard réalisera la statue monumentale de Jean Moulin ( 4,40 m ), dominant la Maine depuis le plateau des Capucins à Angers – ville où l’artiste dispose d’un espace à son nom et consacré à son oeuvre -, y gagnera la Légion d’Honneur.
François Cacheux se sent en revanche plus à l’aise avec des personnages comme Roosevelt et Churchill, Gandhi et Mandela – « J’aime beaucoup le côté radieux de son sourire que ses années d’enfermement ne sont pas arrivées à briser ». Ou encore De Gaulle qu’il présente en tenue d’officier, en bottes et culottes de cheval, tenant en main l’épée de la République, dont il disait qu’il l’avait sortie de la boue pour la remettre au combat.
Donner vie à la terre et au bronze
Mais au-delà du thème, c’est le plaisir de la sculpture qui s’impose. Et Cacheux de citer le peintre James Whistler auquel on reprocha un jour de ne pas peindre de sujet, et qui répondit : « Mais mon sujet, c’est la peinture ! ».
Dans son atelier situé en bord de Loire, entre Nantes et Angers, où il s’est établi « pour être proche de l’océan », François Cacheux poursuit donc son oeuvre qui n’est peut-être rien moins que la passion de donner vie par les formes et les volumes à la terre et au bronze. Clair avec lui-même, et pas vraiment dans l’air du temps. Et assurément pas “conceptuel”…”
Serge Hartmann
Édition du Dim 22 nov. 2009 des Dernières Nouvelles d’Alsace
La question étant évidemment pourquoi ces deux articles sont livrés en pâture à la réacosphère dans un obscur commentaire d’Ilys et non disséqués dans un article de LDS, laquelle préfère ces temps-ci les mêmes vidéos avec Juppé/Chirac, Diam’s ou les émeutes footballistiques/bougnoulistiques que l’on peut trouver partout dans la réacosphère, et qui ne concernent que modérément Strasbourg. Le nombre de commentaires suivant la courbe de l’investissement local.
Mais bon, si Déon était content, la métapolitique a probablement connu une grande victoire^^