Les Nambikwara
Le 04/11/09 à 9:49 par SK
On n’oubliera pas cette scène où il (Claude Lévi-Strauss) croque, en quelques mots, un chef nambikwara qui emprunte à l’ethnologue un stylo et du papier sur lequel il gribouille, puis qui fait semblant de lire à voix haute, devant sa tribu, ce qu’il a fait semblant d’écrire, tentant de persuader les siens qu’il s’est approprié le savoir de l’homme blanc. C’est Trissotin ! Ainsi Lévi-Strauss débusque-t-il derrière le « particulier » (tel Indien du Mato Grosso) l’universalité des archétypes décrits par Molière. Combien faut-il être de mauvaise foi aussi pour faire accroire que Lévi-Strauss a voulu réduire l’Homme aux défroques folkloriques de ses différentes coutumes, de ses rites.
Les gens qui l’ont attaqué violemment naguère, et qui continuent aujourd’hui, ne sont-ils pas au fond des réincarnations de ce Trissotin nambikwara ? N’ont-ils pas, comme celui-ci, fait semblant de lire, pour dénoncer, dans des semblants de livres, une pensée à laquelle ils ne comprendront jamais rien ? Faisant semblant de lire aussi, les critiques littéraires troussent leurs éloges. Et le public gobe tout…
Tout est dit dans cet excellent article de Morgan Sportès publié dans le Fig, exeptionnel même, comparé au déluge d’insanités auquel on assiste depuis la mort de celui que les journalistes pensent devoir adorer comme une idole.
Car si on a l’a attaqué sans l’avoir lu, on l’adore surtout aujourd’hui sans l’avoir lu non plus. On reste persuadé de trouver chez lui, lui l’intellectuel adoubé par son époque, la confirmation de ses préjugés, de ce qu’on ânonne comme une pauvre bête. Il suffit de lire la presse.
Les Nabikwara écrivent dans les journaux maintenant.

Dans mon souvenir ce chef nambikwara est présenté comme une pointure dans le livre. Déjà chef et pas courtisan, le bonhomme a l’intuition du rôle sociologique de l’écriture, il utilise sa fausse lecture pour montrer à tout le monde qui est le patron, un moyen d’affirmer ses prérogatives et de ne pas perdre la face. D’ailleurs ça a failli mal tourné et de suite après Lévi-strauss enchaine avec une réflexion sur l’écriture comme plus sûr moyen d’augmenter l’oppression que les connaissances.
Plus ignorant intelligent que Trissotin ou semi-habile de Pascal, ce chef nambikwara assure grave
un type qui a traîné avec Jacques Maritain ne peut être mauvais. Levi-Strauss était singulier, l’université l’a dogmatisé et cet éternel vieillard qui aimait les médailles et les honneurs est resté jusqu’à la fin de sa vie un homme lucide dans un monde orphelin de mythes (mais pas de mites).
L’article de M. Sportès est lui même ambigu :il fait référence à l’Homme avec un grand H.
Effectivement ,C. Lévi-Strauss a appliqué la méthode structurale (c’était l’époque) à l’anthropologie ce qui nous a mené a la déconstruction et finalement au relativisme culturel qui sévit encore; il a été en effet récupéré par tout les Trissotins de France (voir le torchon de Ph. Descola sur le Monde.fr) et même d’Occident .J’ai vu la même chose en éthologie humaine…
Bref ,on est dans un merdier ontologique total du fait de cette méthode voulant faire faire accéder les Sciences molles au statut de Science dure.D’un point de vue d’un biologiste (science dure),l’Homme n’existe pas ,par contre l’espèce humaine oui et toute extrapolation sociétale n’est que subjective.
D’ailleurs C. Lévi-Strauss en était revenu dans la dernière partie de sa noble existence.
Quand à M.Sportès,il se plante donc,croyant tisser une couronne au grand anthropologue.
“toute extrapolation sociétale n’est que subjective.”
Et donc dans 99,90 % IDEOLOGIQUE ! Au service d’une vision du monde tel que l’on veut qu’il soit ou devienne.
Le biologique gagne toujours. Il y a une guerre dont personne ne parle et pourtant Dieu sait qu’elle est primordiale, c’est celle que mène les infectiologues contre les bactéries depuis un peu plus d’un demi siècle. Nous sommes à un tournant de ce conflit, en effet la sur-utilisation des pénicillines a rendu les bactéries toujours plus résistantes… La sélection naturelle faisant son travail, les bactéries mutent, elles s’échangent leur matériel génétique, elles s’entraident, se sélectionnent, communiquent et développent des systèmes de défenses toujours plus performant. Nos chercheurs ont toujours un coup de retard, ils s’adaptent maladroitement, ils courent après des êtres unicellulaires qui leur résistent…. Un jour les hommes perdront la bataille et le problème de la surpopulation planétaire dont parle souvent Levi-Strauss sera résolu.
Toutes les idéologies, tous les chinois, tous les barbus de la terre ne valent rien face au biologique. Le monde dépend d’une petite mutation hasardeuse d’un être microscopique au conséquence apocalyptique. Les bactéries sauveront le monde. Je suis objectif, ne méprisez jamais le biologique, L-F Céline le martelait ou le grommelait plutôt…
@Bébert,
Le problème pour nous,c”est que l’on n’est non seulement des êtres biologiques (Loi Naturelle),mais aussi des êtres culturels (Loi Surnaturelle) et donc la Liberté existe…Qu’en fait-on ?
Céline était médecin,mais c”est surtout un grand écrivain,et qui a mouillé sa chemise et plus que çà.
@ Aubin
“D’un point de vue d’un biologiste (science dure), l’Homme n’existe pas, par contre l’espèce humaine oui”
Comprends pas la différence. Vous pourriez expliquer?
@ Vladimir Vladimirovitch,
Je parlais de catégories de pensée:d’un côté,l’analyse Scientifique d’un objet ou phénomène;de l’autre la catégorie philosophique et/ou politique.
L’Homme est une abstraction philosophique et non un concept scientifique.
Pour résumer le débat,je pense comme D. Venner et son détournement de “Cogito ergo sum” de Descartes:c’est parce que je viens de quelque part que je pense.
Ceci dit, il y a évidement des invariants éthologiques et culturels chez l’espèce humaine mais de là à tous nous regrouper dans une mondialisation joyeuse, festive et soit-disant généreuse,Nein,No,Niet !
Par ailleurs,j’aime bien M. Sportès,même si je ne le suis plus depuis longtemps.
@ Vladimir,
“dans une mondialisation joyeuse,etc…”
Parce que ce projet tour-de-Babelesque que tente de réaliser la globalisation spectaculaire et l’idéologie qui l’accompagne nous mène tout droit vers l’Unimonde humain décrit par M.G. Dantec:rassembler autour du plus petit dénominateur commun les hommes;manger,se reproduire et consommer à tout va .
Mais surtout éradiquer la pensée critique et la culture qui la précède obligatoirement.Bref, ramener ou tirer l’homme vers le Biologique.
C’est ce que l’on voit dans le monde réel:dégradation du langage et donc de la pensée et par conséquent fin de la Culture,surconsumérisme,surpopulation (même chez nous en “France “),réensauvagement des comportements.Soit l’enfer sur Terre.
Sportès qui se flattait d’avoir reçu une très belle lettre dudit Levi-Strauss dans la légendaire émission où il avait lutté contre Nabe.
“C’est ce que l’on voit dans le monde réel:dégradation du langage et donc de la pensée et par conséquent fin de la Culture,surconsumérisme,surpopulation (même chez nous en “France “),réensauvagement des comportements.Soit l’enfer sur Terre.”
et plus c’est gros, plus ça passe !
“Sportès qui se flattait d’avoir reçu une très belle lettre dudit Levi-Strauss dans la légendaire émission où il avait lutté contre Nabe.” JC
Emission où le dit Morgan Sportes s’était montré parfaitement ignoble, crachotant sur Rebatet, traitant Nabe de Nazi comme n’importe quel Kapo de la bonne pensée (ce que Nabe a pu devenir après plus de 20 ans de placard est autre chose et au reste ce n’est pas lui que je défends. Il avaitquandmême, alors, autrement de panache qu’un gueux de la langue comme Sportes).
Qu’il était morveux des bredouillis le Sportes brandissant en glapissant sa petite lettre de Strauss, clapotant du bavoir “mais pour vous, Levi µStrauss c’est un JUIF hein, hein, ordure célinienne”…, pauvre clébard de tous les agenouillements…
A part ça, qui a lu le malheur de lire 5 pages de “La dérive des continents” l’espèce de gluance sportesque sait ce que veut dire “lombrics de phrases sur fromage trop fait”. Ca colle aux yeux ce déshonneur de la langue.