Potemkine (le village, pas le cuirassé)
Le 07/07/09 à 20:13 par Robert Marchenoir
Sur France-Culture, reportage consacré au Jeanne d’Arc, navire-école emblématique de la marine française.
Le commandant répond à une question qu’on ne lui a pas posée et qu’il formule lui-même: “Qu’est-ce que ça vous fait de diriger un mythe ?” Et il fournit obligeamment la réponse : “Du bonheur”. Je ne jurerais pas qu’il n’ait pas dit : “Que du bonheur”.
Pour parler des élèves-officiers qu’il est chargé de former, il dit : “Ces jeunes qui nous mettront dehors”.
Il ne dit pas : “C’est un honneur pour moi de diriger le Jeanne-d’Arc”. Il ne dit pas : “Je suis fier qu’on m’ait jugé digne d’assumer cette lourde responsabilité.” Il ne dit pas : “Notre rôle est de transmettre notre savoir et nos valeurs à ceux qui seront chargés, demain, de défendre la France”. Ou toute autre formule similaire qui découlerait naturellement de sa fonction.
Non. Au coeur même de l’institution qui est censée incarner au plus haut point les valeurs viriles, le dévouement, le sacrifice, l’autorité, la tradition, la permanence, la défense et la transmission du patrimoine, un officier supérieur, placé à un poste médiatique et prestigieux, se vautre dans les valeurs féminines, hédonistes, narcissiques, jeunistes, démagogiques, défaitistes, qui font l’ordinaire de la société moderne.
Il éprouve “du bonheur” à l’idée d’occuper sa fonction, comme n’importe quel “équipier” de McDonald prenant la parole devant ses collègues, lors d’un séminaire de remotivation à Chuligny-les-Cacaouhètes. Comme n’importe quel intermittent du spectacle expliquant à un blogueur “vigilant” ce qu’il ressent, à l’issue d’un “cercle de silence” en faveur des “sans-pap’ “.
Patron d’un navire capable de porter 12 hélicoptères et 6 missiles Exocet, dernier recours pour la survie du pays s’il était un jour confronté à une agression militaire, il se ridiculise face à l’ennemi et s’avilit devant ses élèves en suggérant, publiquement, qu’un jour, ils le “mettront dehors”.

Mon seul et unique contact avec l’armée fut un cours de présentation du service de santé des armées qui s’est limité aux deux aspects du métiers actuellement : soigner les familles des militaires, et “venir en aide aux populations” au Machintrukistan. Bref, de la médecine sociale et de l’humanitaire. Là, je me suis dit que je ne signerais jamais, au diable les 3 galons direct après 2 semaines de classes…
Mais vous ne croyez pas qu’il éprouve justement du bonheur à “incarner au plus haut point les valeurs viriles, le dévouement, le sacrifice, l’autorité, la tradition, la permanence, la défense et la transmission du patrimoine,” ? S’il avait dit plaisir ou jouissance, je vous aurais suivi, mais là, il parle de bonheur, d’accomplissement. Et ça passe par l’honneur, la fierté, tout ces sentiments à la fois.
C’est pas comme ça qu’il faut l’interpréter, plutôt ?
Je crois qu’il faut comprendre : “Ca m’emmerde gravement de devoir commander un rafiot, qui devrait avoir fait escale sur les côtes indiennes depuis plusieurs décades, pour être vendu au prix de l’acier. Mais comme je ne peux pas vous confier le fond de ma pensée, et que je suis peu inspiré, on va faire du Arthur, ça passe bien généralement”.
De la compassion, que diable ! Pour ce pauvre homme, qui se retrouve moins bien loti qu’un commandant d’une marine du Tiers-monde.
Saintes paroles. D’autant plus pénibles à lire que la majorité de jeunes élèves-officiers s’engage encore par vocation. Pour retrouver ces paroles qui leur manqueront dans la bouche de ce commandant. Pour fuir l’ordinaire de “la société moderne” qui… les poursuivra jusqu’au pont d’envol du navire-école.
Je pense que le commandant a certainement dit “la Jeanne d’Arc”, et non “le Jeanne d’Arc”.
Pour avoir fréquenté la prépa qui envoit la majorité des effectifs de l’Ecole Navale, je ne dirais pas qu’une majorité s’engage encore par vocation…
Polydamas : un accès de charité chrétienne qui vous honore… Je suis bien obligé de partir de ce qu’il a dit pour faire quelque interprétation que ce soit. Or il a bien dit ce que j’ai dit qu’il a dit…
Khâz : s’il convient de dire “la Jeanne d’Arc” et non “le Jeanne d’Arc”, c’est que l’erreur est mienne.
Pardon mais il est impensable de ne pas accorder l’article au genre du nom d’un navire. Des crétins affirment que l’usage brittanique de donnner à tous les bateaux un sexe féminin trouve sa contradiction en France ou tous les navires seraient désignés par un article masculin. C’est ridicule.
On dit LA Jeanne d’Arc (les fistots disent “la Jeanne”, mais ils en ont seuls le droit.) On dit la France, Le Clémenceau. Le Georges-Leygues, La Foudre, Le Tonnant, Le fils du Diable, La Sainte Bernadette! Bande de terriens!
Imaginez qu’on donne un article masculin à ce navire que j’ai beaucoup aimé et qui s’appelait “Paix du Seigneur”…
Relativisons. La Constitution américaine détermine bien “la poursuite du bonheur” comme idéal de référence, non ?
Par ailleurs, moi j’aime assez le côté : “les petits jeunes que j’ai formés ont les dents longues, ils (ne rêvent que de me remplacer) / (secoueront le cocotier dès qu’ils le pourront) / (me poignarderont façon Brutus à la première occasion), la Nature est ainsi faite et c’est très bien comme ça.”
Pour que les matelots lecteurs et les officiers mariniers commentateurs puissent se faire leur propre interprétation, un lien vers l’émission concernée, ou quelques références permettant de la retrouver, seraient les bienvenus.
Intéressant point de vue, Erig, mais, justement : “on” a peut-être tort, mais “on” dit le France… Paix du Seigneur, c’était un navire de guerre, avec un nom pareil ? Au XIXème siècle, alors ?
“Pour que les matelots lecteurs et les officiers mariniers commentateurs puissent se faire leur propre interprétation, un lien vers l’émission concernée, ou quelques références permettant de la retrouver, seraient les bienvenus.”
Désolé, Denis, mais figurez-vous que j’ai écouté cette émission sur une vraie radio, avec de vrais transistors, une vraie antenne et des vraies ondes hertziennes qui rentraient dedans ! Oui, je sais, c’est dingue, tout juste si c’était pas une radio à lampes ! On est réactionnaire ou on ne l’est pas !
Pas de lien, donc. C’était cet après-midi sur France-Cul, voilà ce que je peux vous dire.
Correction : l’émission s’est poursuivie cet après-midi (c’est un reportage diffusé en tranches). Mais le passage concerné a été diffusé, sauf erreur, hier.
@ R M : Merci.
Première partie le lundi 6 juillet à 16 heures :
16:00
> SUR LES DOCKS
Champ libre (1/5) : “L’adieu à la Jeanne – 1ère partie : on largue les amarres : de Lisbonne à
Production : Claire Pouly
Avec : Xavier Prache : commissaire en chef ;, Bruno Richard : premier maître ;, Marc Souquière : capitaine de corvette ;, Hervé Bléjean : capitaine de vaisseau, commandant de la Jeanne d’Arc ;, Julie Doumas : enseigne de vaisseau ;, Anne Favede : enseigne de vaisseau ;, Jean-Jacques Nadon : capitaine d’armes ;, François-Joseph d’Aigremont : enseigne de vaisseau ;, Julien Busset : enseigne de vaisseau ;, Geoffroy d’Andigné : capitaine de frégate, directeur de l’enseignement ;
Conçu à la fin des années cinquante, le porte-hélicoptères Jeanne D’Arc est aménagé pour servir d’école d’application aux officiers à l’issue de l’École Navale. Pour sa quarante-quatrième mission, la Jeanne a appareillé le 9 décembre 2008 direction la Méditerranée et l’Océan Indien. Elle était de retour à Brest le 5 mai 2009. Aux côtés de l’équipage, cent vingt officiers-élèves étaient embarqués, issus de l’Ecole navale, de l’Ecole des officiers du commissariat de la marine, mais aussi de l’Ecole d’Administration des Affaires Maritimes. Une vingtaine d’officiers-élèves étrangers étaient également présents, représentants des pays de l’Union Européenne et du monde entier.
Cette mission était l’avant-dernière pour ce bâtiment-école : en 2010, après plus de quarante ans de service, la Jeanne tirera sa révérence.
Exceptionnellement, la Marine Nationale nous a acceptés à bord de la Jeanne durant la dernière escale de son périple, entre Lisbonne et Brest, du 2 au 5 mai 2009.
Dans ce premier volet, nous vivons au rythme d’une journée de transit à bord du porte-hélicoptères. Après l’allumage des chaudières à 4h30, nous appareillons à 8h de Lisbonne et gagnons la pleine mer. Nous nous laissons guider des soutes à la passerelle, de jour par le capitaine d’armes Nadon, et de nuit par le quartier maître major Gadonna.
La vie à bord est rythmée par les exercices de l’Ecole d’application et les quarts assumés par les officiers-élèves en lien direct avec la vie de l’équipage qui fait marcher le bateau.
Le marin a soif d’aventure, mais est aussi un ” homme d’intérieur “. De la buanderie à la boulangerie, des carrés aux fumoirs, des postes au ” central opération “, chaque univers est compartimenté et marqué par la hiérarchie militaire. Chacun y a son rôle, sa place, et s’y tient, en dépit des amertumes parfois et des désirs refoulés.
Avec :
Commissaire en chef Xavier Prache ;
Premier maître Bruno Richard ;
Capitaine de corvette Marc Souquière ;
Capitaine de vaisseau Hervé Bléjean, commandant de la Jeanne d’Arc ;
Enseigne de vaisseau Julie Doumas ;
Enseigne de vaisseau Anne Favede ;
Major Jean-Jacques Nadon, capitaine d’armes ;
Enseigne de vaisseau François-Joseph d’Aigremont ;
Enseigne de vaisseau Julien Busset ;
Capitaine de frégate Geoffroy d’Andigné, directeur de l’enseignement ;
Quartier maître major Mathieu Gadonna ;
Enseigne de vaisseau Thibault Duquesne
Capitaine de corvette Franck Glaize, commandant adjoint aviation ;
Commissaire élève Pierre-Luc Duranson ;
Lieutenant de vaisseau Ronand Chastanet, instructeur lutte au-dessus de la surface ;
Enseigne de vaisseau Benoît Rénié ;
Maître-principal Arnaud Raoult, président du carré Officiers Mariniers Supérieurs ;
Maître Jean-Marc Touny, boulanger ;
Maître principal Jean-Yves Erceau.
Réalisation : Jean-Philippe Navarre
Seconde partie le mardi 7 juillet à 16 heures :
Dans ce second volet, les regards se tournent vers l’avenir. L’arrivée sur Brest, c’est à la fois l’heure du bilan, de la nostalgie, des retrouvailles avec les familles, de la préparation de la première affectation, du questionnement sur son métier et son évolution.
Pour les jeunes officiers, c’est un moment charnière, un rite d’initiation, avant leur entrée véritable dans la vie professionnelle. C’est la première fois qu’ils sont partis en mer pour une longue mission. Nous évoquons avec eux la vie dans un bâtiment de guerre, les mers et les régions qu’ils ont traversées, le poids des traditions et la conscience qu’ils ont des enjeux géopolitiques de défense nationale, l’appréhension de leurs futurs premiers pas dans la vie professionnelle. Marins, d’ailleurs, est-ce une vocation ? Ou l’aspect militaire prime-t-il ? Et peut-on être marin sans aimer la mer ?
La tension et l’émotion sont palpables. Chacun nous parle de ” sa ” Jeanne, de la relation quasi-charnelle avec ce bateau qui incarne son premier contact avec la vie en mer et la vie de marin militaire. Des lieux, des gens, des souvenirs et des regrets hantent les coursives de la ” vieille dame “.
Nous interrogeons l’amiral Forissier, chef d’Etat Major de la Marine, sur l’avenir de l’Ecole d’application et la réduction du nombre de passerelles : quel avenir pour ces jeunes officiers, alors que le budget de la Marine est réduit et que la professionnalisation oriente davantage le métier vers son aspect seulement technique ?
Passage du raz de Sein, entrée dans le goulet de Brest : les âmes ne sont déjà plus à bord mais volent vers ceux qui les attendent ou ne les attendent pas… en sachant qu’un autre départ est proche, mais plus sur la Jeanne d’Arc…
Seules les deux premières parties de la série “Sur les Docks” de cette semaine, traitent de la “Jeanne d’Arc”. Ce mercredi, ce sera la “Chu”, la mythique boîte de nuit estivale et camarguaise.
Lien pour écouter la première partie (bouton cliquable rouge) :
http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture/emissions/sur_docks/fiche.php?diffusion_id=74856
Lien pour la seconde partie :
http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture/emissions/sur_docks/fiche.php?diffusion_id=74857
@Robert et Erig
On accorde les noms de navires militaires, pas ceux des navires civils, d’où la Jeanne d’Arc, et le France (pour le paquebot : en 1912 fût lancé le cuirassé appelé la France).
Vous pensez bien qu’à l’époque du règne des mamans l’idéal premier, le but ultime du soldat, ce ne peut être que le bonheur. Dans l’Empire du Bien, les armées sont des ONG comme les autres, dont la vocation première est de se mettre au sevice des causes humanitaires, de même que celle de la police est de jouer au foute avec les jeunes (il semble que l’on dise de plus en plus souvent les gamins, l’autre vocable est un peu usé, tout le monde traduit automatiquement par “racailles”) et celle des profs d’être de bons animateurs socio-culturels.
“Pour avoir fréquenté la prépa qui envoit la majorité des effectifs de l’Ecole Navale, je ne dirais pas qu’une majorité s’engage encore par vocation…”
Je ne connais la Royale qu’en ma qualité de fantassin-trouffion projeté. Mais si c’est le cas, Khâz, alors le discours de ce pacha n’est plus pénible mais carrément irresponsable. Il pollue le peu d’eau potable que son rafiot embarque.
—
Pour la petite histoire de grammaire :
“En France, on distingue les navires de la marine de guerre des navires de la marine de commerce. Selon la circulaire du 13 août 1934, les bâtiments de guerre portent le genre du nom qui leur a été donné lorsqu’on n’utilise que ce nom, sans préciser le type de navire. L’article s’accorde avec le nom du navire : LE Clemenceau, mais LA Jeanne d’Arc…
Selon la circulaire du 22 mars 1955 et selon l’usage officiel, les noms des navires de la marine marchande sont presque tous masculins…”
(”Le français correct” – Grevisse, Lenoble-Pinson, Goosse.)
“Fantassin-troufion projeté”. J’espère que ça fait pas trop mal ?
@madimaxi
“Fantassin-troufion projeté”, cela ressemble un peu à commando marine!
Pour les apprentis Bordaches, leur vocation était trop souvent de voyager, voir du pays, être bien payer (ce qui me faisais bien rire).
Il en restait un paquet de bien éduqué, avec un peu de panache. Malheureusement, c’est trop souvent ceux qui n’intégrent pas (snif).