Avec Lazare, nous décidons de nous installer à la terrasse de ce bar de bobos, dans le cinquième.
Je m’assois au fond, calé contre les vérandas, et Lazare sur la terrasse, en face. La serveuse arrive, blonde, menue avec un air pincé d’importance comme une stagiaire appliquée, et prend notre commande. Elle demande à Lazare de se reculer, un peu. C’est vrai qu’il prend de la place, Lazare. Il ne se ramasse pas, Lazare, il trône, il s’étale, il fait comme chez lui. C’est son côté oriental. Alors, raisonnable, car Lazare sait être raisonnable, il se rapproche de la petite table. Nous savourons nos bières, bien tranquillement, il fait nuit, il fait bon, tout est paisible.
La serveuse revient, mécontente. Elle a maintenant ce petit air mauvais de celle qui veut en découdre. Elle demande à Lazare de se reculer encore. Veut-elle qu’il se glisse sous la table ? Elle n’en démord pas : il doit se rapprocher de la table. Je fais remarquer à la serveuse que Lazare est derrière la ligne des autres personnes installées de ce côté là, mais elle ne veut rien savoir, car là où nous sommes, “ce n’est pas pareil”. Ah. Plus étroit. Bon. Je regarde attentivement l’espace. Je ne vois rien de significatif. Lazare s’exécute docilement, sans rien dire, et se serre encore contre la table, les genoux un peu entravés dans un espace réduit à des proportions d’enfant. Car Lazare, ce soir, est bien aimable. Moi, je commence à bouillir. C’est mon côté aryen.
Nous décidons de savourer notre bière, sans accorder plus d’importance à cet acharnement étrange. Mais la serveuse rapplique furibarde et nous dit que “là, cela ne va pas être possible”. Nous restons interloqués. Je me dis que nous avons dû basculer dans une faille spatio-temporelle, la même faille qui faisait disparaître inexplicablement mes chaussettes dans le tambour muet du sèche-linge automatique de la rue Juge, je pense salopards de Vénusiens, je pense à ce vin espagnol au goût un peu étrange du petit restaurant tenu par un juif séfarade où Lazare et moi avons dîné d’une énorme entrecôte, et d’ailleurs cette viande avait un goût étrange, elle aussi, un goût de persil un peu fort, et pourquoi ? pour dissimuler l’amertume d’une drogue qui nous ferait percevoir un monde parallèle imperméable à la logique ordinaire ? Tout me paraît suspect, d’un coup.
Lazare, cette fois-ci, conteste. Et lui demande ce qu’elle a, à la fin, à s’acharner comme ça, mais toujours poliment, en détachant bien les syllabes. Mais moi, je connais les Vénusiens. Alors j’explose. Je crois bien avoir été vulgaire. Des clients se lèvent, indignés, et font mine de vouloir intervenir. Je dis à l’autre, tout à côté, de se rasseoir s’il ne veut pas que je lui arrange sa gueule de petit pédé. Ca marche, il se rassoit. Je suis soulagé, j’éviterai de tâcher ma jolie chemise oxford Kitsuné de son sang, ou du mien si cela avait dû mal tourner. Un serveur arrive à la rescousse pour nous calmer, et nous faire comprendre. Je me rassois, un peu las, un peu résolu, mais je m’aperçois alors que nos bières ont disparu. Je suis sidéré. Je ne comprends pas. Où diable sont passées nos bières ? Je suis désormais convaincu du complot et je tente de le faire comprendre à Lazare, mais il ne ne m’entend pas, il palabre avec les gens du bar, je continue à lui faire des signes en roulant des yeux, mais il s’obstine à vouloir débattre.
Finalement, ils nous demandent de partir. Que peut-on faire ? rester en terrasse sans alcool et défier cette bande de zombies ? Non, résignés et abasourdis par cette tragique incohérence, nous nous levons pour partir, et tandis que nous nous éloignons, les épaules basses, privés de nos bières, j’aperçois en me retournant le sourire vicieux et satisfait de la serveuse qui nous observe : à cet instant, elle avait les yeux rouges.

Et une mal baisée… une ! Ou alors elle avait ses rougnoutes, soyez compréhensifs. Donnez-nous le nom du troquet, le lieu, qu’à l’occasion nous allions y foutre la merde.
Si le récit est exact, cette chienne ne mérite que de dérouiller. Les bonobos ont le ratio bienveillance réelle/bienveillance affichée le plus faible, en-deça même de celui des racailles qui l’emportent grâce à leur dénominateur bien faible, sur lequel ils ne trichent pas, eux. La haine irrationnelle de ce spécimen pour vous tient je crois à leur reconnaissance mutuelle instinctive. Ils ont un radar pour ça, et sur vous qui n’êtes ni gauchiste ni basanné repose la petite étoile brune du facho ! Remarquez qu’ils ne reconnaissent pas les étrangers à leurs codes propres, mais plutôt aux codes bonobos qu’ils ne respectent pas ! C’est fondamental ! Un truc que j’ai remarqué. Les bonobos ont ainsi la caractéristique universelle d’arborer un sourire de circonstance. La raison d’être-au fond du néant- d’un tel sourire porte évidemment à conséquence sur les causes de son déclenchement. La blague bobo est essentiellement niaise, et toujours conformiste (cad gauchiste, remarque qui n’est pas redondante car la moitié des bobos sont à l’UMP n’est-ce pas). C’est logique, le rire intelligent est subversif, perturbant, innovant, tout le contraire de l’artifice bonobo qui vise à assurer sa position sociale au sein de la meute. En conséquence, ils rient peu, ou faussement. L’alternative au sourire niais (car il faut bien vivre n’est-ce pas), est l’exact contraire facial, beaucoup plus relâché celui-ci, et qui laisse s’exprimer toute la pourriture misanthrope que renferment les bonobos : c’est ce qu’ont vécu là notre bienfaiteur SK et son compagnon.
Et j’ajouterai pour à Nebo qu’elle n’est pas forcément mal-baisée, mais tout au contraire, peut-être bien défoncée et rabaissée, humiliée, par son NE**E, ce qui lui donne à détester le mâle blanc. Mais comme lui, je veux bien l’adresse.
“Ou alors elle avait ses rougnoutes” d’où les yeux rouges ? Et zut, je comprends rien à cette histoire !
Pour ce texte assez élégant, dickien et fascisant, je recommanderais dans un souci de lisibilité accrue d’une part plus de paragraphes et d’autre part moins d’adjectifs (ne pas en mettre deux quand un seul suffit, c’est ça la France, bordel.)
Bonsoir les affreux (sauf à deux ou trois débiles)
Alcoolisme, vulgarité, violence, hallucinations, paranoïa….
Vous êtes un psychopathe, SK :-D
Oui, donc, c’est bien ce que je dis, potentiellement un écrivain.
Excellent texte SK.
Y’a pas que la serveuse qui fait son importante ici… Il passe plus les portes l’ami grenadine.
La prochaine fois, balancez lui votre bière à la gueule, les vénusiennes détestent sentir la bière et être mouillées… de l’extérieur.
Pour moi, l’expression “bar de bobos” renvoie plutôt à la rive droite. Je ne sais pas pourquoi. De toute façon, il va falloir apprendre à faire l’économie de ce mot galvaudé, usé, qui est devenu une facilité de langage – indigne de vous… Je ne sais pas de quelle terrasse vous parlez, mais en général, dans le 5e, la première expression qui me vient c’est “faux intellos” ou un truc de ce genre. Pardon pour ces considérations très parisiennes… Sinon, le texte est excellent.
ps : Kitsuné, pas Kitusuné
@ U H S : ” Kitsuné, pas Kitusuné ” …
… Kitsuné, Kitusuné, on s’en tape un peu (ce n’est pas moi qui rectifierais l’orthographe de mes confrères commentateurs, hein, inspirez-vous donc de mon exemple), si vous avez bien suivi, l’important dans le récit est que ce ne soit pas devenu une Kisaigneduné.
UHS : oui, vous avez raison. Le mot bobo est dévoyé. Nous sommes tous les bobos des autres. Mais je ne trouve rien de mieux pour décrire l’endroit, près de Mouffetard. Même si c’est rive gauche. C’est exact que le mot bobo colle plus à la rive droite.
JL : Trop de notes ?
denis l : non, non, c’est important. Et elle est vraiment jolie :
http://www.tresbienshop.net/en/art/kitsune-oxford-stripe-shirt.php
Bon adresse, d’ailleurs, très bonne sélection. C’est suédois.
Hank : merci, dude.
@SK: je serai ce soir dans les parages pour écluser quelques bières, jusqu’à l’aube; soyez chic donnez un indice plus précis qui permette de trouver cet établissement vénusien.
Au passage s’il plaît à certains de partager un verre ou deux, entre minuit et quatre heures, qu’ils se fassent ici connaître.
Jamais une parcelle d’autodérision dans vos histoires, une littérature de matamore, qui vous conforte peut-être dans votre vision du monde, mais qui est rigide comme un bâton, c’est dommage!
Ton Lazare il s’appelle pas Nico par azare?
@SK: thank you very much
Très bon texte; ce qui me terrifie, c’est qu’un jour, un de mes enfants se tourne vers moi avec des yeux rouges.
On dirait du Hunter S. Thompson.
les serveuses de bar, le mystère ultime de la création…
@aquinus : Boire un verre dans ce coin-là, pourquoi pas, ce serait avec plaisir. Peut-être pas ce bar en particulier, si ?
SK, à force de trop boire de bière, même de qualité, vous allez avoir un gros bide qui vous tiendra bientôt éloigné de la table et du clavier. A moins d’un bras long, vous aurez alors beaucoup de mal à écrire des textes aussi chouette.
@bloutou: a partir d’1h00 au Bedford’s’arms. J’aurai une chemise blanche.
@ Jérome Leroy
“je recommanderais dans un souci de lisibilité accrue d’une part plus de paragraphes et d’autre part moins d’adjectifs” ; “ne pas en mettre deux quand un seul suffit” ; “c’est bien ce que je dis, potentiellement un écrivain”.
Va chier, professeur.
@ aquinus
Bonne bourre…
@ pat bat : ” Va chier, professeur ” …
… Sortons nous aussi le stylo rouge, et précisons : “professeur raté”.
@ Denis L (Salut et miséricorde, oui, nous en sommes tous là voire las…) Je cite : “et précisons : “professeur raté” : Oui, nous en sommes tous las ! Dans nos beaux jours de crise séculaire voire millénaire, quel professeur n’est pas un raté de mes deux, en fait ?
Je discutais aimablement avec SK, là. Mais vu les trois derniers commentateurs aux pseudos adolescents et braistéstonnellissiens, je tenais à préciser qu’ une phrase française bien classique, c’est sans adjectif, avec sujet verbe et prédicat. Par exemple: Je vous encule. Bien profond. (Ca c’est un complément circonstanciel de manière.) Pour le reste, je baise vos soeurs. Et vos mères aussi.
Vous remarquerez, toujours pas d’adjectifs, petits pédés. Ah si, là, “petits” est épithète.
Là d’où nous vient Jérôme Leroy, il semblerait qu’on ait quelques difficultés, entre une cuites à la mauvaise bière et un saut au Bureau d’Aide Sociale, à savoir où il convient de tremper son speculoos et où il convient de ne pas le tremper.
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(pardon à Panda Bourré, mais contre JL tout est permis)
“cuite” (sans “s”). Dans mon comm, s’entend. Parce que dans la réalité, il faut plein d’”s”.
@ Jérôme le Roi du Pécé de mes 2 (si je puis me permettre) : Je ne sais si je suis parmi les “trois derniers commentateurs aux pseudos adolescents et braistéstonnellissiens” mais je tiens humblement à préciser que si vous m’enculez, je vous emmerderai tout autant et même profus !
De plus, avant de me sodomiser, il faudrait me retourner, sinon me contourner — ce qui n’est pas donné à tout le monde, même ayant encore sa carte au pécé ou au péesse, pour ne pas dire au FN, à l’UMP ou pire à la sécu !
Quand à vos cours de French kiss sans adjectif : C’est du blues pour midinette prébubère et jacksonnisée. Non seulement vous êtes un prof raté, mais en plus, vous tournez au pion pédophile refoulé et vaguement catho (intégriste)
Cela étant, j’aime beaucoup ce que vous faites, continuez mon vieux.
@ SK : Pardonnez-lui, il ne sait pas ce qu’il pense, même à jeun.
Leroy est un polardeux dans la mouvance de l’école française post-70, gauchiste et fille bâtarde de Hammett – donc peu portée sur les adjectifs. J’ai pour ma part toujours largement préféré Chandler, considéré comme un réactionnaire, qui lui n’avait pas peur des adjectifs. Au contraire. Alors, vive les adjectifs !
@ Jérôme Leroy
Je disais cela pour plaisanter un peu en fait.
…vous faites beaucoup de peine à ma mère, Monsieur.
Monsieur Bateman, telle n’était pas mon intention.
Monsieur l’éditeur singulier: j’ignorais que La Bruyère, La Rochefoucauld, Bussy Rabutin, Chamfort, ou plus près de nous Chardonne appartinssent à la mouvance du néo-polar gauchiste. Je vous remercie de me l’apprendre et comprend soudain pourquoi j’en fais mon miel depuis longtemps.
J’ai lu récemment un tout petit livre, les mémoires de Chet Baker et il y a ce passage qui m’a fait penser à la remarque de Jérôme Leroy (je précise que je ne le connais, je ne le lis en gros qu’ici et j’avoue apprécier souvent son humour. Même si ça grossièreté est confondante, “tout de même!”^^)
Il dit, Chet :
“Après cela, chaque fois que je pouvais, je passais chez Jimmy Rowles entre midi et une heure – parfois il dormait quand j’arrivais -, mais il me traitait toujours bien et m’invitait toujours à rester. J’attendais qu’il ait pris son petit déjeuner puis je lui demandais de me jouer quelque chose. J’avais l’impression qu’il connaissait plus de morceaux que n’importe qui d’autre que j’aie rencontré. Les morceaux intéressants, en tout cas. J’appris énormément de lui; comment, notamment, rester simple, comment ne pas en faire trop à la trompette.”
(Chet Baker, “Comme si j’avais des ailes)
C’est la dernière phrase, là aussi, qui m’a plu. Ne pas en faire trop, rester simple.
Je ne suis pas critique littéraire, j’aime énormément lire SK et son univers (bars et “fiesta” de fin d’un monde) m’est totalement étranger et me fascine.
Mais après tout, une remarque stylistique est toujours bonne à prendre, à discuter.(et puis, la redondance d’adjectifs était un horrible reproche fait aux CAB, je me souviens).
Oui, enfin là, il n’y a pas trop d’adjectifs. Quand même.
Et puis il y a trop de verbes aussi. ^^
Ach…
Sans parler des conjonctions de coordination. Et, disons le franchement, tous ces mots qui se suivent, quand même, sans vouloir faire de réflexions stylistiques, cela me donne le tournis.
Ce qui est amusant c’est que c’était exactement la conception de la langue que se faisait le maréchal Pétain : “sujet, verbe, complément”.
Alors que le Gaulliste, lui, est tortueux. Des fois, deux, trois adjectifs, et des virgules dans les phrases. Ça sent la loge.
@ SK : Partout dans le monde, on peut sortir d’une loge — C’est fait pour ça en fait, petit con. En France, aujourd’hui, il est autant difficile que périlleux d’entrer et de sortir du gaullisme.
Parce que la France n’existe plus depuis 1918 et que ses cathédrales (construites par qui vous savez et pour qui vous savez, ou non) sont hypothéquées depuis 1945.
Charles avait compris ça, mais il a eu beaucoup de peine à transmettre une tel message.
Si vous êtes jeune, SK : Bon courage !
@ SK (#39) : Excellent. Absolument hilarant.
@Sibersator
La drogue, c’est mal.
La Crevette… Chet Baker… m’dame z’avez du goût ! C’est Miles Davis, après avoir entendu Chet Baker jouer pour la première fois, qui est allé trouver ses potes noirs, dont Dizzy Gillespie, et leur a dit : “Y’a un p’tit blanc qu’arrive et qui va vous en faire voir de toutes les couleurs !”
Pour les ignares :
http://www.deezer.com/#music/album/99982
Version de “Summertime” pas terrible.
Vous avez de la merde dans les oreilles, dindon.
Mais peut-être préférez-vous cette version-là ?
http://www.deezer.com/track/summertime-T848174
Version de fumeur de chichon, dirait denis l.
Mais vous êtes sympathique, Nebo, inclassable et néanmoins sympathique, aussi cette version de la déglinguée, Janis, je la trouve écoutable.
Vous êtes bien aimable, dindon, je ne vous plumerai pas.
@ux dindons
Dites moi, vous êtes plusieurs ou bien un seul et même dindon ?…
Excusez ma curiosité, mais j’adore les animaux…
Sinon, si vous préférez écouter des trucs de jeune : http://www.deezer.com/fr#music/result/all/booba pourvu qu’elles m’aiment
…ma chienne adore.
Merci Nebo.
Pour ce qui est du chichon et de la drogue, Chet Baker en parle aussi et c’est plutôt drôle :
“Andy fut aussi la première personne à me faire découvrir l’herbe – que Dieu le bénisse! J’adorai cela et continuai à en fumer pendant les huit années suivantes, jusqu’à ce que je commence à prendre des substances plus dures et finisse par être accro à la came. J’aimais beaucoup l’héroïne et l’utilisai presque constamment, sous une forme ou une autre, pendant les vingt années suivantes (y compris la méthadone, qui ne procure, cela dit, aucun sentiment d’euphorie, sauf si l’on est clean).”
Le “que Dieu le bénisse ! ” me fait toujours rire!
Mais XP a (toujours^^) raison : la drogue, c’est mal.
Oh! j’écouterai plus tard vos morceaux : les oiseaux commencent leur concert, Bateman, chez moi à l’instant : c’est trop beau…
Bon dimanche à tous.