Une grande preuve de l’imperfection des Dieux
Le 30/06/09 à 11:35 par Nicolas
— J’ai rarement envie de me poser dans l’herbe, au bord de cette « mer houleuse de la vie ». D’abord dans l’herbe il y a des insectes et je hais les insectes rampants : la pelouse au début de Blue Velvet, ça me met mal à l’aise à chaque fois ce grouillement. Au point que j’ai toujours une bombe d’insecticide pas trop loin chez moi : on ne sait jamais ce qui peut venir ramper chez vous. Ensuite, la mer houleuse de la vie c’est un horrible cliché. Une stéréotypie affreuse qui devrait faire honte aux mânes de Musset. Si je devais donner comme ça au débotté un exemple de ce qu’est un cliché littéraire éculé je citerais sans doute « la mer houleuse de la vie. »
— Nicolas, tu te rends compte que tu viens de faire trois références, dont une indéchiffrable pour ceux qui n’ont pas vu Annie Hall plusieurs fois, et de dire, en gros, que tu préfères les mots aux choses ?
— Et aux gens, aussi. Enfin à la plupart des gens. Pour Annie Hall c’est sans doute mon côté juif new-yorkais. Tu veux le revoir ? où a-t-on fourré ce DVD ?
— Non, et c’est ton côté égoïste, plutôt que ton côté juif new-yorkais. Contrairement à Mike, tu n’aimes pas les autres. C’est pour ça que tu ne veux pas te poser dans l’herbe.
— Tu vas bientôt me révéler que c’est parce que je ne m’aime pas moi-même ?
— Non. Tu vois, tu ramènes tout à toi !
— Allons-y pour la séance directement sortie des tests de Biba et de Femme actuelle. Et à qui voudrais-tu que je ramène quoi que ce soit, si ce n’est à moi ?
— Mon Dieu, mais juste apprécier le monde, t’arrêter, te poser !
— Laisse Dieu en dehors de ça, je t’en prie.
— Tu n’aimes pas les sirènes qui sortent de l’eau, tu ne les apprécies pas pour ce qu’elles sont, simplement.
— Oh mais non, c’est très simple un peu de beurre et une pincée de colombo, à la poêle…
— Tu recommences !
— Mais quoi ?
— Ça… ce… tu m’énerves !
— Mais pourquoi ?
— « Aimer une femme, lui faire des enfants et vivre dans un bonheur champêtre en dehors du monde », tu n’aimerais pas ça ?
— On peut rester dans le jardin, c’est très champêtre, somme toute. Sur la terrasse.
— Non ce n’est pas champêtre !
— Là c’est toi qui exagères. Je crois que nous sommes dans l’un des endroits les plus champêtres à moins de vingt-cinq kilomètres de Paris. Regarde dans le ciel, c’est un héron.
— Ce n’est pas une question de hérons !
— Mais alors de quoi ?
— D’ambiance, d’attitude.
— Et je n’ai pas la bonne attitude ? c’est ma faute ? je ne suis pas assez champêtre ? Allez, dis-moi : que dois-je faire pour être champêtre ? hein ? me mettre un chapeau de paille ?
— Tu ne comprends rien.
— Pour ce qui est de faire des enfants, on peut essayer. On leur donnera des noms de fruits, ce sera champêtre.
— Si tu ne fais pas plus d’efforts n’y compte pas.
— Mais qu’est-ce que tu me reproches ?
— Tu as toujours besoin de mettre des mots sur tout, de tenir le monde à distance.
— On se protège comme on peut.
— Mais te protéger de quoi ? des nazis peut-être ?
— Eh bien, il y avait des gens dans le Ghetto qui n’y croyaient pas non plus, tu sais…
— Tu es désespérant !
— Oui. Bon, on reprend ?
— On en était où ?
— Page 121. À toi.
— Hai ! J’ai failli avaler une arête plus longue et plus acérée qu’un stylet. Par bonheur j’ai pu la tirer à temps de mon gosier. Les dieux m’aiment !
— Ne dis tu pas, ma Drosé, que les Dieux t’aiment ? demanda Nicias en souriant. C’est donc qu’ils partagent l’infirmité des hommes. L’amour suppose chez celui qui l’éprouve le sentiment d’une intime misère. C’est par lui que se trahit la faiblesse des êtres. L’amour qu’ils ressentent pour Drosé est une grande preuve de l’imperfection des Dieux.
— À ces mots, Drosé se mit dans une grande colère : — Nicias, ce que tu dis là est inepte et ne répond à rien. C’est d’ailleurs ton caractère de ne point comprendre ce qu’on dit et de répondre des paroles dépourvues de sens.
— Nicias souriait encore : — Parle, parle, ma Drosé. Quoi que tu dises, il faut te rendre grâce chaque fois que tu ouvres la bouche. Tes dents sont si belles !

Opposition artificielle entre “égoïste” et “Juif new-yorkais”. Comme Woody Allen l’a lui-même bien montré, tant à la ville qu’à la scène. Ceci étant, merci de nous avoir rappelé que Nicias était, à ses heures perdues, drosophile.
(signé : la mouche du coche)
Je viens m’abriter chez vous Nicolas, on me chasse de partout, (votre blog n’est plus un lieu de discussion, c’est un lieu d’extermination de la parole non conforme), je n’ai rien à dire (comme d’habitude pensez-vous) alors peut-être pourrais-je rester un instant ici.
Les Dieux sont généreux Robin. Crachez votre arête et ne pêchez plus. :oD
Oh. Ce n’est pas bien ce que vous faites. La réplique de Lorenzo est absolument sublime. Peut-être n’aurais-je pas du n’en prendre qu’un infime morceau. Et je dis morceau, parce qu’à défaut de trouver ces quelques mots originaux, vous saurez peut-être apprécier leur musique. Et puis zut, Musset, c’est génial. Point.
Sinon, odieux personnage (idée d’un futur sondage : quel est le blogueur le plus insupportable de la réacosphère), les noms de fruits c’est très bien. Gna.
En tout cas, pour “le blogueur le plus con”, vous n’avez pas nominé Lapinos, vous non plus. C’est un peu comme organiser une course de Formule 1 sans Schumacher à la grande époque. Précisément, me direz-vous : il s’agit de ne pas tuer le suspense.
S’il se plaint, précisez-lui tout de même les raisons de son élimination, ça lui fera plaisir…^
Il est très bien, ce sondage, et j’espère bien le gagner.
Un petit détail tout de même qui ne va pas: l’ordre des participants.
On risque de confondre le plus con et le plus détesté par les cons…Farfelu remis en place par Denis pour la plus grande joie du public et inventeur du concept de CAB détesté par les CAB…Enfin des trucs comme ça.
En fait, le problème ce n’est pas tellement l’ordre des participants. C’est la répartition: on dirait qu’IL Y a deux listes séparés par un no man’land (le charitable personnel) que je suis classé avec Millie, et pas avec Blueb, Xyr et Alibekov.
C’est parce que nous suscitons des sensations forte à beaucoup de gens, vous et moi, Xp. :)
C’est mon anniversaire aujourd’hui, souhaitez-moi un bon anniversaire, les garçons. ^^
Bon anniversaire, Millie !
ça y est, officiellement, à partir de ce jour, vous êtes… vieille. >:-p
Il n’ a pas d’autres endroit qu’un site internet pour se faire souhaiter son anniversaire et raconter sa vie?
Pourquoi souhaiter leur anniversaire à des gens qu’on a jamais vu et dont on ne connait pas le vrai nom?
C’est parce que vous et XP avez l’un comme l’autre une pensée transversale, comme dirait Denis. ;-D
@XP
Vous êtes quand même, ex aequo avec Millie, le “blogueur le plus con de la réacosphère” (vous noterez les guillemets et ma délicatesse par la même occasion^). ça doit créer une complicité ça quand même ?^
Je serais heureux d’être sacré blogueur le plus con de la réacosphère, mais avec le Stalker ou Denis, qui méritent cette honneur autant que moi.
Il faudrait que mon nom se trouve entre celui de Mike et de Xyr, pour lever toute ambiguïté sur le terme de “con”.
Je ne veux aucune ambiguïté et je réclame la première place !
@M.M.
Vous, j’ai remarquer que lorsque vous ne voulez pas comprendre, vous ne comprenez pas.
On aurait dû vous faire concourir. Catégorie Millie, pas catégorie XP^^
@ XP : Mais sans ambiguïté y’a pas d’plaisir, cher Xp!
Ps : J’aurais pu faire une remarque grivoise à propos du fait que je serais vraiment du “con” et que vous n’en seriez pas, mais voyez à l’image de Misanthrope Modéré (que je salue galamment au passage) je vais respecter une sorte de trève chrétienne.
Hmm… C’est bien embêtant, en effet, que vous ne soyez pas en la compagnie de votre choix. :-|
Enfin, je n’ai pas mauvaise conscience vis-à-vis de vous puisque je n’ai pas voté pour vous mais pour notre amie qui avait ailleurs manifesté le souhait de décrocher ce fameux titre…
Quant à Denis, le petit malin, il n’est pas “blogueur”, lui ; il ne s’expose pas. Mais je le vois de toutes façons mal sacré “commentateur le plus con de l’Internet francophone”, car même à l’esprit de ses détracteurs, ce n’est pas ce défaut-là qui se présenterait en premier, j’en suis sûr…
“Mais je le vois de toutes façons mal sacré “commentateur le plus con de l’Internet francophone”, car même à l’esprit de ses détracteurs, ce n’est pas ce défaut-là qui se présenterait en premier, j’en suis sûr…”
Oh que si! Il gagnerait haut la main, pour les raisons qui font que je vais peut-être gagner.
Enfin, je vois que vous n’avez rien compris.
Oh ! Vous êtes vexé, vous !
Où ai-je gaffé ? Ah, c’est lorsque je vous ai associé avec Millie dans la “pensée transversale”, j’imagine…
Ouais ouais, mais il y a diverses façons de se positionner transversalement…
Je ne faisais pas de cette notion quelque chose de très important… Simplement, vous vous autorisez tous deux certaines ellipses, certaines fulgurances, mais c’est votre seul dénominateur commun ; ce que vous dites l’un et l’autre entre les lignes n’a rien à voir…
Je vous donne donc acte que vos thèses sont très distinctes de celles de Millie. ça va mieux comme ça ? Vous ne boudez plus ?
J’ai compris ce que vous espériez, je pense (être pris pour un con si c’est en compagnie de gens que vous estimez), mais je ne sais pas si vous l’obtiendrez. La vie est parfois injuste… :-|
“Je vous donne donc acte que vos thèses sont très distinctes de celles de Millie. ça va mieux comme ça ?”
Je ne pourrais pas me prononcer sur ce point, je n’en ai jamais lu une seule ligne. Juste celles où elle suppliait Denis de l’aimer, et ça m’a suffit.
Pour le reste, je suis contrarié par un raisonnement foireux. Comme d’habitude. Première vois qu’on prend ça pour de la “bouderie”. Décidément, j’aurais tout lu.
@ M.M : Mouarf! :-D
@ M M (—> GAP) : “vous et XP avez l’un comme l’autre une pensée transversale, comme dirait Denis” …
… merci de ne pas confondre pensée transversale et (non-)pensée erratique ; la pensée ixpéenne relève de l’éclair (non, pas la pâtisserie).
Par ailleurs, Lapinos n’est pas con mais délirant.
* * *
@ XP : M M a tout de même compris que moi, je ne suis pas blogueur mais commentateur :-)
J’ajoute que, pour sa gestion des commentaires, un autre contributeur d’Ilys que vous aurait mérité de figurer parmi les choix possibles. Et là, con au premier degré. J’ai bien dit : “pour sa gestion des commentaires”.
* * *
GAP (génératrice aléatoire de phrases), 20 h 45 : “je vais respecter une sorte de trève chrétienne”
GAP (génératrice aléatoire de phrases), 20:57 : “Vous êtes pitoyable, là, tout de suite, avec votre petit caca nerveux”
Tout est normal.
“J’ai compris ce que vous espériez, je pense (être pris pour un con si c’est en compagnie de gens que vous estimez), ”
Absolument pas. Vous n’avez pas plus compris ça que les rapports entre l’extrême-gauche et la droite bourgeoise/l’extrême-droite, sur un fil voisin.
Et à chaque fois pour la même raison.
XP > Je sais très bien ce que vous essayez de faire là. Salaud. Mais j’en appelle aux gens raisonnables qui viennent sur ILYS. Votez pour moi !
denis l. > Mais je suis dans les choix possible…
@ M S D : Ce n’est évidemment pas vous à qui je pensais. Et vous le savez parfaitement.
denis l. > Vous roulez pour XP manifestement. Cette manière de faire entendre que je ne serais pas trop con est non seulement parfaitement déplacée, injuste et surtout inéquitable.
@ M S D : Non non non, pas du tout du tout, c’est dans la gestion des commentaires et rien que la gestion des commentaires, que la personne à laquelle je songe est inégalable dans la connerie. Pour ce qui est des posts eux-mêmes, mon esprit reste ouvert, d’autant plus que je ne vous lis pas :-)
Ah ah le XP qui nous fait le coup du génie incompris détesté par la plèbe.. Bien sûr, si c’est Millie qui gagne, c’est qu’elle est conne et que tous les gens intelligents s’en rendent compte mais si c’est lui, c’est un complot des cons contre l’Intelligence.. On attend la fulgurance qui permettra d’expliquer cet état de fait.
Quoiqu’un petit coup de “vous êtes un mauvais lecteur, je suis un génie étincelant, ici c’est l’élite putain tu piges ici on a des gros cerveaux c’est l’élite putain allez je vire ce commentaire de CAB” est tout aussi envisageable. Mais évidemment, le fait que ce type de réactions déraisonnables, épidermiques et mégalomanes soient très proches de celles de Millie n’explique en rien la proximité de leurs auteurs en tête du sondage…
“Remettez vous en question mon vieux, je dis ça pour vous” (ah ah j’adore ce genre de phrases à la con, surtout quand ça vient d’un mec qui ne se l’est visiblement jamais appliquée..)
“ici on a des gros cerveaux ” : ce qui explique qu’Alain Soral ne fasse pas partie d’Ilys. N’omettons pas de le noter au passage.
Oui mais je trouve la comparaison suffisamment pertinente pour la proposer. Le fait de se gargariser ad nauseam de ses supposées capacités intellectuelles, d’autant plus quand c’est fait en groupe autour d’un auto-désigné leader, rappelle tout de même beaucoup les crétineries E&Riennes. Dommage que le gourou ne s’en rende même pas compte.
@Minnie
Merci.
Je suis d’accord avec vous. Je mérite de remporter ce tournoi, n’en déplaise à Mike.
“d’autant plus quand c’est fait en groupe autour d’un auto-désigné leader”
Tiens, voilà autre chose. Je croyais avoir tout entendu, mais non.
“C’est mon anniversaire aujourd’hui, souhaitez-moi un bon anniversaire, les garçons. ^^” (Millie)
Bon anniversaire.
“Pourquoi souhaiter leur anniversaire à des gens qu’on a jamais vu et dont on ne connait pas le vrai nom?” (XP)
Xyr m’a prêté la cassette…
“C’est parce que vous et XP avez l’un comme l’autre une pensée transversale, comme dirait Denis. ;-D” (Misanthrope modéré)
Modéré, en effet.
“Une pensée transversale” pour ne pas dire “mentalement dérangé(e)”.
Cette enchanteresse terminologie n’aura pourtant pas suffi à ne pas vexer XP, légèrement soupe au lait comme nous le savon.
“XP, légèrement soupe au lait comme nous le savon” (pat bat) …
… un savon au lait d’ânesse, j’espère, puisqu’il s’agit de mesurer la connerie. Ladite ânesse vivant en compagnie d’ânes bâtés :
http://www.vegetari-anes.com/
“”"
Le libéralisme a pour but d’améliorer la prospérité et le bien-être d’une nation [...] (R M.)
“”"
Déjà, ça ne vaut pas la peine de lire plus loin. La liberté est bonne pour elle-même, avec ou sans état, avec ou sans prospérité. On peut, ensuite, penser comme moi qu’un état réduit est un meilleur garant de la liberté que l’anarchie, mais il s’agit toujours de respecter la compétence des gens de décider pour eux-mêmes.
Le reste, c’est du socialisme. Et ça commence quand on veut “améliorer le bien-être” etc.
Heu il existe des libéraux – même anarcaps ! – utilitaristes, quand même.
Et même certains jusnaturalistes expliquent que le Droit naturel (ce qui équivaut peu ou prou à votre “Liberté”, mettons) se justifie par un “conséquentialisme sans utilitarisme” (sans additionner les utilités) parce que “c’est le moyen de sauvegarder la civilisation” (ne me demandez pas ce que signifie “la civilisation”, ici, par contre, mais enfin ils expliquaient ça comme ça).
@Pan
Il me semble que ça doit rendre malheureux, d’être de la sorte “libéral” : de considérer que “la Liberté est un bien en soi”.
Qu’est-ce que c’est, “la Liberté”, au fond ? Il ne faut certes pas la confondre avec la capacité. Lorsque je remplace mon vélo par une voiture, j’augmente ma capacité parce que j’augmente physiquement mon pouvoir d’aller et de venir, pour faire diverses choses dont j’ai envie. Le progrès technique accroit globalement – différemment pour chacun, sans doute – la capacité des individus. Si une météorite me tombe sur la jambe et me rend handicapé, cela diminue ma capacité sans que ni moi ni autrui n’en ait été responsable… Enfin, un dictateur augmente sa capacité au détriment d’une population sans pouvoir exciper à bon droit – nous le verrons – d’autant de Liberté.
Donc, la capacité, ainsi définie, ne recoupe aucune notion de morale ou de justice. Elle est synonyme de “liberté” dans un sens trivial seulement.
En revanche, la Liberté au sens politique, et au sens des libéraux, s’évalue non pas à l’aune de notre pouvoir sur les choses mais de nos rapports vis-à-vis des tiers.
Je dispose de ma Liberté lorsque je peux jouir librement des biens acquis par mon travail (1) ou l’échange pacifique avec autrui. Il en découle une définition de la propriété distincte de la simple “possession”.
En résumé :
> Je peux jouir d’une certaine capacité et de mes “possessions” lorsque je dispose d’autant de pouvoir sur les choses et les hommes.
> Je peux jouir de ma Liberté lorsque les tiers (la société, si l’on admet cette notion) me reconnaissent certains droits déduits de principes universels (de morale et) de justice. L’égale liberté est, de fait, un pléonasme car la Liberté telle que nous l’avons définie est bien un même droit pour tous les individus. Elle nécessite donc l’isonomie, la même loi pour tous. Bien plus, certains prétendent montrer que seul un règne total de la Liberté, possible uniquement dans une société sans Etat, respecte véritablement l’isonomie, car l’Etat octroie forcément des privilèges aux hommes de l’Etat.
Autrement dit, sans les autres, hors de mon rapport aux autres – mesuré à l’aune du respect par chacun de l’isonomie – ma chère Liberté individuelle n’existe pas, ni dans les faits, ni même en tant que notion (2).
Mais sur quoi dois-je compter pour qu’autrui respecte mon droit à l’égale liberté vis-à-vis de lui ?
> 1) Sur son sens moral, ou son sens de la justice (si l’on admet une nuance entre ces deux termes). C’est l’avis de certains jusnaturalistes. Fort bien mais pourquoi être “juste” ou “moral” ? C’est un postulat de départ indispensable, affirment certains, à moins qu’il ne soit donné par une réalité métaphysique/transcendante. Les principes libéraux en sont seulement déduits par la Raison, laquelle intervient ici a posteriori.
> 2) Mais d’autres pensent plutôt que la morale et la justice libérales elles mêmes se déduisent rationnellement, en amont, d’axiomes objectivement vrais pour tous, sans exiger de l’individu rationnel concerné de qualités morales a priori. Il lui suffirait de ne pas être auto-contradictoire, comme l’exige la Raison, nécessaire ici a priori. Ainsi pensent les Objectivistes.
> 3) Des libéraux plus classiques enfin, tels les utilitaristes, pensent que la Liberté ne se justifie rationnellement qu’à l’aune de ses effets positifs sur le bonheur global, ceci pouvant être démontré en additionnant les “utilités” de tous les individus ; étant supposée, entre eux, quelque égalité a priori. Si l’on pose cet axiome utilitariste, la Raison – éclairée par les savants calculs des économistes – nous dicte l’adoption d’un système économiquement libéral.
Par suite, si je chéris ma Liberté ainsi définie, et attend donc des tiers qu’il la respectent, c’est que je compte :
> soit sur leur sens moral, ou de la justice (confer supra : cas n°1)
> soit sur leur Raison (confer supra : cas n°2 et n°3)
Autrement dit, je fonde mes aspirations à la Liberté sur l’espoir que les tiers ne soient pas en majorité des salauds, ou bien ne soient pas majoritairement cons (ça dépend des écoles libérales).
N’est ce pas tout de même paradoxal de fonder une philosophie exaltant l’autonomie individuelle sur – nous le voyons bien – une certaine foi en son prochain ? Je comprends bien la philosophie hobbésienne – quelque objection qu’on lui oppose par ailleurs – qui suppose un égoïsme fondamental, synonyme, au plan métaphysique de solipsisme. Cet EGOïSME-là, intégral, solipsiste, voilà un mouvement de l’âme que je comprends ; mais le simple INDIVIDUALISME dont chaque sujet n’existe que dans et par son rapport aux autres, à l’aune desquels seulement il mesure sa fameuse Liberté, s’aidant de quelque cadastre doctrinal scrupuleusement égalitaire (3), voilà, à mon sens, une démarche intellectuellement mixte pour ne pas dire bâtarde. Comment favoriserait-elle la sérénité de celui qui l’embrasse ? Il fonde son individualité sur le respect même qu’il en espère d’autrui, auquel il adresse une sorte de supplique.
(je ne dis pas que les libéraux sont fatalement malheureux, mais ne sont-ils pas d’autant plus heureux qu’ils sont roublardement libéraux ? Aussi les purs et durs de Libéraux.org se lamentent-ils de constater que tel homme politique – en lequel ils investissaient leurs espoirs “révolutionnaires” – se révèle un fieffé opportuniste (une modalité du véritable égoïsme ?) avide de soupe étatique)
Cordialement.
___________
(1) éventuellement le travail de la terre, d’où découle à l’origine la propriété foncière, confer Locke.
(2) Il importe peu, à cet égard, que la Liberté soit un rapport objectif et universel à autrui, par contraste avec la démocratie, qui impose à chacun les préférences subjectives et contingentes de l’autre.
(3) les libéraux sont sans doute des égalitaristes plus conséquents que les étatistes et autres socialistes qui, eux, reconnaissent au moins aux hommes de l’Etat – parfois dans l’espoir d’une chimérique “égalité réelle” – des droits plus vastes qu’au commun.
@Denis
Je vois ce que vous voulez dire (tiens, ça vous aura donné l’occasion de dire (presque) du bien de ce pauvre hère, dites-donc ! :-o ).
Le terme “con” me semble toutefois assez polysémique (rassurez-vous : je vous épargne les banalités du genre “on est tous le con de quelqu’un”). Il ne désigne pas exclusivement, à mon sens, les personnes défavorisées en terme de QI mais peut encore s’appliquer aux gens dotés d’une “intelligence relationnelle”, comme on dit, laissant à désirer, et dont la mécanique intellectuelle proprement dite n’est pas en cause. ça nous donne alors des gens autistes d’une façon un peu ridicule… Certains ne s’enferment-ils pas dans leur monde jusqu’au point où leur autisme atteint un seuil pathologique ? :-|
Il n’est pas dans mon propos d’accabler ce malheureux Lapinos – qui ne m’a rien fait – mais je n’irai pas non plus jusqu’à voir dans son grain de folie le stigmate de celui qui est passé très près du génie, s’pas ? :-)
@ M M : Vous n’irez pas jusque là, et vous aurez raison.