Hénin-Beaumont et la chiraquisation de Sarkozy
Le 30/06/09 à 7:26 par Nicolas
Je ne crois pas qu’on puisse m’accuser — je vais prudemment ne parler que pour moi — de complaisance envers Marine Le Pen. Ni de dénigrement : on doit retrouver dans les archives quelques articles qui saluent les décrispations qu’avaient entamées Marine, comme des articles plus critiques. Et parfois un peu méchants même, mais c’était si tentant… je ne crois pas non plus que ce qui se passe à Hénin-Beaumont soit anodin. Sans doute la situation financière de la ville rend de toute façon l’élection presque symbolique, puisque le chéquier de la mairie est en préfecture, résultat des malversations et corruptions diverses. Certes il n’y a aucune chance que le FN puisse gérer la ville de manière exemplaire, car il serait s’il gagnait sous le feu roulant des medias du pays entier : même l’équipe avertie et en partie excellente de Le Chevallier à Toulon n’y avait pas résisté. Certes même il y a peu de chances pour que Steeve Briois (un nazi, ça ne peut pas s’appeler Steeve ? non ?) et Marine Le Pen emportent la mairie. Mais ce n’est absolument pas l’important.
L’important c’est le front républicain. Ce vieux coup tordu qui marche encore, où il s’agit de se récrier bien haut, de faire semblant d’avoir peur pour la République et de le faire assez croire à l’électeur pour qu’il vote bien, c’est à dire comme d’habitude. Cela ne date même pas de l’après-guerre, ni même du Front populaire, mais c’est bien la vieille idée des gouvernements de défense républicaine qui réémerge des brumes de l’Affaire, du temps où les parlementaires étaient encore un peu hantés du spectre de Boulanger. C’est dire si cette vieille ficelle est consubstantielle à la République, à la vraie, à la république radicale et socialiste, celle dans laquelle s’était si bien coulé Jacques Chirac depuis sa divine surprise de 2002.
Est-ce un hasard dès lors si l’on a pu voir une récente rechiraquisation du régime ? L’un des proches colaborateurs de Dominique de Villepin, pas des moindres et pas des plus bêtes, a été confirmé au gouvernement, Sarkozy a retrouvé des accents de lutte contre la fracture sociale pour parler de la protection — fallacieuse et coûteuse — qu’offrirait le « modèle français » qu’il vilipendait voilà quelques mois encore, Nethanyaou a été quasi-sommé d’avoir à arrêter les implantations de colons — cela a d’ailleurs entraîné quelques représailles sur lesquelles on est resté discret — ou encore a-t-on imaginé une vraie-fausse commission d’enquête sur la burqa, qui permet surtout de reparler des valeurs républicaines à jets continus sur tous les plateaux de télévision, valeurs d’ailleurs si longuement et lyriquement évoquées par Sarkozy lors d’un Congrès qui ne fut sauvé que par Jacques Chirac d’un report calamiteux pour cause de quorum difficile à atteindre au conseil constitutionnel ce jour là. Autant de signes que le chiraquisme est en train, sinon d’enterrer la rupture, du moins de s’imposer comme la seule recette de cuisine qui permet au président et à l’UMP de ne pas sombrer en temps de crise.
J’écris cuisine, je pourrais aussi bien écrire tambouille.
Et s’il faut un indice supplémentaire, on remarquera que c’est Dominique de Villepin qui dès lundi matin sonnait la charge sur France2 en clamant à grands cris qu’il fallait faire barrage au Front National, avec des accents dignes de son grand air de l’ONU.
Si la crise dure — et elle durera — on ne voit pas bien ce qui pourrait bouleverser cette réorientation de la rhétorique présidentielle et majoritaire. L’exercice habituel du quatorze juillet apportera sans doute quelques éclaircissements supplémentaires. Mais on peut déjà essayer de prévoir certaines évolutions : le radical-socialisme est assez simple, sa réinterprétation chiraquienne l’est encore plus. D’abord celle-là que l’appareil politique n’a même plus besoin de fonctionner en duo : fini les temps où c’était tantôt UMP tantôt PS, ce qui avait encore un peu de vie dans le PS est passé à l’UMP ou a été neutralisé, comme Dray et sa nébuleuse d’assoces à finances. En un sens, cette république de front républicain n’a même plus besoin d’élever ses barrages : ils le sont déjà. Elle doit juste les mettre un peu en scène, faire un peu croire au diable. Les journalistes complices — ils sont d’ailleurs de plus en plus payés grâce à l’argent du soutient de l’État à la presse — font semblant de s’inquiéter, laissent penser que l’alliance de tous les républicains serait problématique, évoquent des possibilités d’échec de la ligue des vertus citoyennes… mais tout cela n’est que le jeu de paravents habituel.
Dès lors, le Front National retrouve de l’espace. Et même son espace naturel : d’un côté lui, de l’autre les voleurs, ceux qui ont mis Hénin-Beaumont dans l’état où elle est, qui ont piqué dans la caisse et qui se représentent, ou du moins leur parti. Et qu’il va bien falloir réélire, puisque sinon, hénoniens, hénoniennes, vous éliriez le diable, vous seriez mis au ban de la République et privés de ses principes comme du lait maternel. Et probablement aussi de quelques subventions.
À ce jeu, il est possible que le Front National gagne un jour, en politique moins qu’ailleurs il ne faut jamais dire jamais. Cependant cette tactique, jadis plaisamment décrite par Jean-Marie Le Pen comme l’assèchement du marigot, n’a jamais eu de bons résultats, même en 2002. Précisément parce que le front républicain ça marche encore.
Néanmoins, on peut se demander si le calcul n’est pas d’avoir à disposition un Front National décrit comme menaçant, sorte d’ogre à faire peur aux éternels enfants que sont les électeurs, que l’on sort du placard précisément dans ces circonstances sociales où l’on a besoin d’un méchant et d’un barrage républicain contre lui, barrage qui cachera d’autant mieux les difficultés politiques, économiques et sociales qu’il sera plus haut. Sans doute le calcul a été fait à l’UMP qui a présenté contre le FN un candidat au nom maghrébin : on fait difficilement mieux pour inciter ses propres électeurs de droite, et même quelques autres, à voter pour le Front National au premier tour.
On le voit, une victoire de Marine Le Pen et de Steeve Briois servirait autant, sinon mieux, l’UMP, devenu parti républicain unique avec quelques satellites, que ne le ferait une défaite. Il faut bien que le diable soit un peu crédible, et on enverra l’enfiellé Forcari faire des reportages à Hénin-Beaumont pour bien dire au bon peuple combien il a de la chance qu’ailleurs Nicolas Sarkozy et l’UMP le protègent républicainement. À défaut on aura toujours un spectre de possible fascisme à ressortir périodiquement en rappelant combien c’était limite, à Hénin-Beaumont.
Alors pas de solution ?
Non, pas de solution, mais néanmoins un espoir ténu : qu’enfin le Front National ait compris qu’il ne peut tout miser sur des élections nationales, que la tactique qui consistait pour Jean-Marie Le Pen à ne pas laisser se constituer des baronnies territoriales a été une calamité, et qu’il faut recommencer par le début et dans le bon sens en politique républicaine : d’abord avoir des fiefs locaux, bases d’où lancer ses raids et où se replier en cas d’alternance départementale, régionale ou, rêvons que ce soit un jour la cas, nationale. Alors Hénin-Beaumont aura un sens et représentera une sorte d’espoir.

Bonne analyse.
Sarkozy n’a aucun intérêt électoral à se chiraquiser. Dans l’affaire d’Hénin-Beaumont son instinct politique devrait lui indiquer de se taire, ne serait-ce que parce qu’il aura probablement besoin de Marine Le Pen comme alliée dans le futur. Si j’étais lui je lâcherais même une phrase sibylline du genre “soyons honnêtes, nous ne pouvons pas mettre les outrances de son père sur le dos de sa fille qui jusqu’à preuve du contraire reste une républicaine convaincue, etc…”. Ca contribuerait à faire imploser le Front National, et à lancer une alliance de droite façon berlusconienne pour plus tard.
Avaliser le Front Républicain c’est redonner de l’espace au FN et sortir le PS du cercueil; seule une figure diabolique peut ressouder les gauches autour d’un radical-socialisme qu’il faut craindre comme la peste.
Mais c’est l’un des buts de l’opération !
Pour 2012, il s’agit d’un premier tour Sarko contre tout le reste, et il a donc tout intérêt à atomiser l’offre concurrente, poussant tantôt Bayrou de secours, tantôt le pédophile verdâtre, tantôt la PME familiale Le Pen et fille, tantôt le facteur virtuel. Il n’a intérêt à la disparition d’aucun de ces concurrents, tant que chacun reste à un niveau électoral suffisant pour emmerder les autres, mais ne se distingue pas assez pour l’emporter sur les autres et présenter de ce fait un risque pour le 2ème tour. Le PS est tombé trop bas à présent, il faut arriver à regonfler un peu la baudruche si on veut qu’elle puisse encore servir.
Quant aux figures diaboliques, je croyais que vous auriez deviné depuis longtemps que le pacte avec le Diable fait partie du cursus obligatoire si vous voulez arriver à monter en grade à l’UMP…
Sauf que la diabolisation du FN est un jeu à tous les coups perdants pour l’UMP, ce que Sarkozy (à l’instar de Berlusconi) semblait avoir compris. Electoralement ça ne rapporte rien, une grande partie des électeurs UMP ne voyant pas grand problème à voter FN pour éviter la gauche – sans toutefois jamais l’avouer ouvertement. En plus faire disparaître le diable entraîne automatiquement l’anarchie à gauche; ils sentent d’ailleurs très bien que seul l’anti-sarkozysme pourrait les souder.
D’abord je me contente de constater. Il me semble qu’il y a une re-chiraquisation sur quantité de sujets. Il se trouve qu’elle coincide dans le temps avec une nouvelle incarnation locale du “front républicain” dans une ville devenue une sorte de symbole. C’est comme ça, je n’y peux rien, j’essaye juste de relier tout ça (non que je le découvre comme me le reprochait CSP dans un commentaire envoyé à la poubelle, mais parce qu’on ne se répète jamais assez pour essayer de donner une conscience politique un peu supérieure au zéro absolu à l’électeur de droite).
Ensuite, même si l’on abordait ce que Sarkozy peut faire ou non, il est bien évident qu’il a besoin du FN diabolisé, ou au moins de son ombre, pour une raison supérieure à toute arithmétique électorale : sinon ce serait lui le diable. Et là l’opposition interne à l’UMP relèverait la tête.
Quant à l’alliance à la Berlusconi, je n’y crois pas à court terme. C’est difficilement envisageable : en Italie elle s’est bâtie précisément non d’une volonté de Berlusconi, mais du fait que la Ligue avait des bastions locaux si important que Berlusconi a bien dû faire alliance avec elle, pour avoir ses voix et pour la contrôler. Rien de tel en France, le fN n’a pas de poids pour contraindre l’UMP à une alliance en bonne et due forme. De plus, la vie politique italienne est plus policée que la vie politique française : personne n’y est stricto sensu infréquentable. Il y a toujours eu des communications transversales, même entre PCI et MSI.
Enfin l’important ce n’est pas tout cela. L’important c’est que l’essai de rupture et de réforme drastique a failli, quoiqu’on en dise. Et la rechiraquisation, c’est une manière de revenir aux pratiques républicaines anciennes, au radical-socialisme (et il y avait déjà du radicalisme tardif, à la Mendès, dans Sarkozy) au coma d’avant 2007. Et les mêmes causes produiront les mêmes effets.
Bien entendu que Sarkozy a besoin de monde sur sa droite, mais il lui serait à mon avis bien plus avantageux électoralement d’avoir plein de “petits diables” à 3 ou 4%, qu’un gros à 10-15% qui ne serait alors plus obligé de venir à la soupe. Le MPF est parfait pour Sarkozy, tenant ce rôle de petit diable pendant les campagnes tout en se ralliant quand les choses importantes se jouent, et en loucedé en plus. En contrepartie que récolte le MPF? la Vendée. Si on pouvait reproduire ça ailleurs – genre Alsace, Corse, Var, Nord (?) et quelques enclaves en PACA, ça serait un bon deal. Ca rejoint d’ailleurs ce que vous dîtes, sauf que je pense que Sarkozy dans un premier temps aurait tout à y gagner (disons pendant une décennie).
Le FN est mûr pour l’implosion. Je ne dis pas que je le souhaite, je ne donne pas mon opinion sur le sujet; mais je constate. Il est comme un fruit mûr, et le coup de grâce serait que Marine Le Pen reçoive un adoubement sarkozyen, soit par un assourdissant silence soit encore mieux, par une petite phrase sibylline.
Quant à la diabolisation de Sarkozy: c’est une affaire entendue, dans le sens où il est réellement diabolisé par 30% de la population, méprisé par 30% d’autres et apprécié par les 40% restant. Les gauches ont bien compris que ce chemin-là était à jamais cuit, FN ou pas; du coup elles commencent à s’entretuer comme on le faisait dans les faubourgs de Barcelone à l’automne 1936.
Implosion, implosion : des cadres partent, certes. Le problème c’est que les électeurs, le noyau dur qui permet de passer les 5 % et d’avoir les financements et les remboursement, eux ne suivent pas. Encore un an à tenir avant les régionales, où le vote utile UMP jouera à plein. Amha l’avenir des structures type PDF ou parti populiste est sombre et leur MNR-isation inévitable, quoi qu’on pense par ailleurs de leurs animateurs.
Deux exceptions : Dupont-Aignan et, plus gros localement, Villiers. Mais on retombe sur le problème évoqué : c’est leur excellente implantation locale qui les rend invulnérables. Quand NDA fait 73% au premier tour des municipales à Yerres, et talonne l’UMP aux européennes dans sa circonscription législative, l’UMP est bien contrainte de faire avec lui. PAreil pour Villiers. Imaginer qu’Alsace d’abord ou je ne sais quels indépendantistes droitards ailleurs fassent la même chose, c’est une affaire de quinze ans au moins. Encore faut-il souligner que Villiers comme NDA sont issus de l’UMP et n’auraient jamais réussi à prendre leur fief local en se présentant sous une étiquette plus à droite.
Je suis globalement d’accord, et c’est d’ailleurs pour cela qu’on aurait tort de se gausser du sort d’Hénin-Beaumont: parce que ça fait 15 ans que Briois y travaille d’arrache-pied. 40% au premier tour dans une ville de gauche et de 30 000 habitants, c’est tout sauf anodin; ça veut vraiment dire que les tabous y sont tombés, partout, dans les lieux publics, écoles, etc… Par ailleurs je suis convaincu contrairement à ce qu’il se dit qu’en cas d’élection (je vous l’accorde, peu probable), il trônerait longtemps. De là à avoir un impact plus large, régional, c’est une toute autre paire de manches.
Quelqu’un sait-il si d’autres Steeve Briois sont en fermentation dans d’autres communes similaires du Nord? Il faut deux combinaisons: une gauche au pouvoir mais catastrophique (ça doit pouvoir se trouver) et une figure jeune et locale, façon Danny Boon dans les Ch’tis. Qui redonne avant tout un peu de dignité et de bon sens aux gens.
Ah, les admins ont retiré le commentaire de CSP…. Mais je voulais lui faire remarquer que la diabolisation de Le Pen – dont il prétend savoir depuis longtemps qu’elle fait le jeu du système – non seulement extrême-gauche et autres communistes y participent mais ils en sont les plus fervents promoteurs.
Un intervenant d’un grotesque forum “antifasciste” reprenait à son compte la pensée de Mao selon laquelle le fait d’être combattu est une bonne chose : cela prouverait que la ligne de front est claire.
Pourtant, l’extrême-gauche marxisante se satisfait sur ce point d’une totale ambigüité : la désignation “républicaine” de “l’extrême-droite” (ou du fascisme/nazisme, c’est pareil) en tant qu’Ennemi absolu, dont parlent Nicolas et CSP, distinct de l’adversaire retors mais correct que serait “la droite”, cette désignation, l’extrême-gauche la fait sienne (1).
Or, elle rompt de fait avec le matérialisme dialectique, donc le marxisme, en participant à cette communion post-shoahesque dans l’exécration d’un Ennemi diabolique, métaphysique, en l’occurrence le fascisme/nazisme. Il n’existe en effet pour Marx nul Ennemi absolu incarnant quelque atemporel principe du Mal ; mais seulement un ennemi/adversaire hic et nunc désigné par l’Histoire : le sujet historique “bourgeosie” ayant épuisé son rôle et prié de céder sa place à une classe plus utile au bien de l’humanité.
@CSP
Voilà le seul clivage – dynamique, mais exclusif – que doit considérer un vrai marxiste. C’est ce qu’exprimait Soral (sur ce coup, il a raison, désolé) en reprochant aux antifascistes d’extrême-gauche leur “essentialisme”.
Dès lors qu’au clivage classique bourgeoisie/prolétariat vous ajoutez celui – complètement ad hoc – entre le Diable absolu d’”extrême-droite” (parce que la-Shoah-quand-meme-c’est-trop-horrible ?) et les partis politiques critiquables-mais-honorables, que se passe-t-il ? C’est pour vous l’incitation à ne pas agir. Concevoir la possibilité de l’Enfer sur terre – non réactualisée depuis l’épisode des zeureslesplussombres – que serait le fascisme implique dans votre esprit que la situation pourrait toujours être pire. Elle n’est jamais si totalement scandaleuse que ça y est, cette fois, c’est l’heure de s’insurger. A moins de nommer votre adversaire “nazi”… Et ce ne sont pas les blocages de facs, manifs et autres chorégraphies téléphonées fort gérables par le pouvoir qui font exception.
Bien sûr, vous geignez quelque peu contre “les mauvais coups” portés par “les riches” aux prolos (ou plutôt aux “dominés”, désormais), vous vous plaignez que les riches deviennent toujours “plus riches et les pauvres plus pauvres”. Mais pourquoi ce que vous avez supporté jusqu’ici cesseriez-vous un jour d’accepter ? les riches peuvent bien devenir infiniment plus riches, les pauvres infiniment plus pauvres, cette situation “de droite” sera toujours “moins pire” qu’une situation d’”extrême-droite” que serait la victoire électorale du F-Haine, ou de quelque abjection dans ce style.
Pour les gens de votre mouvance cette tournure d’esprit est si douloureuse – ne pas pouvoir “haïr” les bourgeois comme bourgeois, tout simplement – qu’ils doivent se convaincre que leurs adversaires se “fascisent” : “ça y est, cette fois ils ne se cachent plus, ils jettent le masque”.
Ainsi Sarkozy est-il de plus en plus souvent comparé à Pétain (2).
Non Sarko est Sarko et c’est déjà assez critiquable, me dirais-je, si j’étais vous ; ou, en termes plus généraux : la bourgeoisie ne doit pas être combattue parce qu’elle risquerait de favoriser le fascisme pour sauver ses privilèges“, qu’elle est “tentée par le fascisme“, comme s’il fallait attendre qu’elle s’y raccroche enfin pour s’octroyer le droit de l’affronter. Non elle doit déjà – et elle doit seulement – être combattue en tant qu’elle est ce qu’elle est, la bourgeoisie. Sans quoi ses méfaits vous paraîtront toujours plus scandaleux et horribles, mais jamais n’atteindront cette asymptote de l’abomination que vous acceptez de voir dans le seul “fascisme”.
De fait, la Shoah a tué plus sûrement le marxisme que le fascisme (3).
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(1) Certes, c’est Staline qui a inventé l’”antifascisme” comme terrorisme intellectuel mais pour lui nul doute que cet “engagement” était instrumental : il croyait gêner les défenseurs du capitalisme. Il n’en a rien été et ces derniers ont plutôt réussi à amalgamer, en se réclamant par exemple d’Hannah Arendt, le communisme et le fascisme dans la notion de “totalitarisme”. Juste avant l’apparition – assez récente – d’un certain antisémitisme de gauche relativement décomplexé, non perméable à la culpabilisation “shoahesque” , l’antinazisme faisait plutôt le jeu du camp atlantiste, comme s’en plaignait Norman Finkelstein (dont je ne reprends certes pas à mon compte le pro-palestinisme, je le précise à mes amis d’Ilys).
(2) Mais pourquoi diable Pétain ? S’il est bien quelque chose que Sarko n’est pas, c’est antisémite ; or cette caractéristique était saillante dans le régime de Vichy (en tout cas cela lui a été reproché :-) ).
(3) Je parle donc du marxisme vaguement “sérieux”, pas du gloubiboulga gauchiste.
@Misanthrope modéré :
“pourquoi diable Pétain ?” La réponse se trouve dans le fameux best-seller d’Alain Badiou, ” De quoi Sarko est-il le nom ?” petit pamphletin parfaitement dispensable, où le philosophe développe sa théorie du “pétainisme transcendantal”. En gros, ça se résume à une idéologie dont les principaux aspects seraient :
- la réaction présentée comme une révolution
- le bouc-émissaire (l’Allemand, le Juif, ou le Maghrébin)
- la référence à un événement passé qu’il faut oublier (89, 36, 68).
@Nordiste: chez Badiou on en revient surtout à la pensée communiste la plus orthodoxe qui veut que tout adversaire de la révolution prolétarienne soit fasciste. Soit par nature, soit par nécessaire évolution. L’Espagne 1931-1936 est à cet égard édifiante; à force de marteler cette évidence à longueur de temps et de rogner, rogner, rogner sur le centre-gauche, les communistes ont fini par rendre franquistes (à défaut de fascistes) tous ceux ou presque qui n’étaient pas communistes. Voir les nombreux anarchistes qui se sont retrouvés membres de la Phalange à partir de 1939 (enfin, pour ceux qui avaient survécu aux purges staliniennes).
Cette mythologie communiste – qui est celle du progressisme le plus classique – est morte. C’est cela qui rend la diabolisation de Sarkozy, Berlusconi ou Aznar impossible. Idéologiquement la droite libéralo-conservatrice est bien plus forte que ce qu’elle ne croit; je croyais que Sarkozy avait compris ce fait majeur qui résulte de la mort d’une mysthique, mais je me trompe peut-être.
A lire sur le sujet l’excellent “le temps de Franco” de Michel del Castillo. L’homme a évidemment des propos très durs envers le Caudillo, mais il livre certaines analyses politiques d’une grande clarté et d’une complète actualité. Il explique très bien que la guerre d’Espagne marque avant-tout, pour l’Europe entière, la fin de l’idéologie des Lumières et que c’est cette réalité-là que toute la gauche refusera obstinément de reconnaître… jursqu’à aujourd’hui.
@Nordiste
Merci bien pour cette recension. ;-)
A mon sens, pour le gauchiste de base, l’intérêt de la référence à Pétain est quand même d’associer à l’opprobre de la Shoah – de manière plus ou moins directe, sans doute – ceux qu’elle veut fustiger.
Bien sûr, comme notre gauchiste souhaiterait que la victime prototypique ne soit plus le Juif mais l’Immigré – ou la “minorité visible” – son problème sera de désingulariser la Shoah en tant qu’elle visait prioritairement les Juifs (d’où l’animosité des gauchistes envers les BHL et autres Philippe Val…).
MAIS la culpabilisation du Français de souche, voilà un aspect de la “mémoire” qu’il souhaite évidemment conserver.
Je ne dis rien là de très original.
Simplement, le concept de “pétainisme” tel que construit par Badiou illustre mon banal propos ; puisque ce terme – dont Badiou n’ignore pas qu’il est connoté de la honte associée à la Shoah – est ici opportunément défini comme subsumant l’épisode de la IIde guerre mondiale…
Un tel “travail théorique” correspond sans doute à l’inconfort, mentionné plus haut, de la gauche radicale à l’égard du procédé antifasciste ; qui, sauf à être manié avec roublardise, enferme cette dernière plus qu’il ne la sert. Cette évolution est aussi rendue possible, disais-je, du fait de la déculpabilisation croissante de l’extrême-gauche quant à l’antisémitisme (ou au “chantage sioniste à l’antisémitisme”, dirait-elle) qui lui permet de relativiser les contraintes de son instrument “antifasciste”.
Cette “désingularisation” implicite de la Shoah arrive toutefois trop tard, me semble-t-il, pour sauver le marxisme. La spontanéité de nos amis des banlieues sur la question juive a sûrement beaucoup aidé nos chers gauchistes à franchir ce pas. Pour autant, l’ethnicisation des rapports sociaux, conséquence pour une part non négligeable (je ne dis certes pas “exclusive”) de la concurrence victimaire – donc du shoahcentrisme – demeure.
De plus, si j’affirmais de façon schématique et polémique que “la Shoah avait tué le marxisme”, le marxisme “sérieux” ; j’aurais aussi bien pu dire qu’elle l’avait “achevé”. Car je ne prétends sûrement pas qu’il aurait survécu sans cela.
Cordialement.
@Misanthrope & Aquinus : bien d’accord avec votre vision des choses, mais Badiou est justement l’un de ces intellectuels favorables à une désingularisation de la Shoah… Cf cet entretien ici :
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-935544@45-100,0.html
C’est en effet bien parti pour la chiraquisation…
Compte rendu
Le “Sarkozy nouveau” face aux patrons de l’”Obs”
LE MONDE | 01.07.09 | 13h46 • Mis à jour le 01.07.09 | 13h46
Opération séduction envers la gauche intellectuelle. Pendant que François Fillon planchait avec son gouvernement sur les finalités du grand emprunt, le président de la République recevait, dimanche 28 juin, le Nouvel Observateur. Et c’est un Sarkozy nouveau qui se présente au directeur de l’hebdomadaire, Denis Olivennes et son directeur de la rédaction, Michel Labro, dans un entretien sur l’exercice du pouvoir publié jeudi 2 juillet.
M. Sarkozy prend les habits du défenseur des droits individuels. “Il faut mettre en place l’habeas corpus à la française. Ce sera une révolution”, annonce-t-il, en se disant “désolé” de la mésaventure du Marseillais convoqué devant la justice pour avoir dit “Sarkozy je te vois”. Il profite de l’interpellation musclée d’un journaliste de Libération sur convocation d’un juge d’instruction, pour justifier la suppression de ce dernier. Mais, assure-t-il, “dans son activité d’enquête, le parquet doit être totalement libre”.
Cela ne l’empêche pas de revendiquer l’exercice plein du pouvoir ou la nomination du patron de France Télévisions. “Je ne pourrais plus nommer aujourd’hui, comme l’avait fait François Mitterrand, mon directeur de cabinet à la tête d’EDF”, assure M. Sarkozy. Mais nul mot sur le parachutage de son conseiller économique François Pérol à la présidence des Caisses d’épargne et des Banques populaires.
M. Sarkozy, qui a confié à ses proches qu’il poursuivrait l’ouverture à gauche, fait un mea culpa sur le début de son quinquennat. Son échange vif avec le patron de Libération, Laurent Joffrin, qui l’interrogeait en 2008 sur son style monarchique ? “Je ne l’aurais plus aujourd’hui”, assure-t-il. Regretté aussi le fameux “Casse-toi pauv’con” proféré au Salon de l’agriculture. : “Je ne peux pas réagir comme un simple citoyen”, explique-t-il. “Il faut un temps (…) pour se hisser à la hauteur d’une charge, qui est, croyez-moi, proprement inhumaine.”
“QUEL EST CE DICTATEUR ?”
Le Sarkozy nouveau veut “tenir compte maintenant” des critiques. Une question sur la réforme de l’hôpital amendée lui permet de montrer sa souplesse. “Si je n’écoute personne, on me dit : “Quel est ce dictateur ?”. Si j’écoute, on me dit : “Il a reculé”". Après son discours devant le Congrès, le chef de l’Etat nie avoir jamais été en rupture avec la République. “Dans le modèle social français, ce que je critiquais, c’est sa dérive vers l’assistanat”, explique-t-il, confirmant la nécessité d’ouvrir le débat sur la durée de cotisations retraites. “Il ne faut pas prendre les gens pour des sots.”
MM. Olivennes et Labro ont jugé nécessaire de justifier leur entretien avec le président de la République : “Un entretien est aussi une tribune. (…) Mais le débat démocratique, tel que nous l’entendons, nous commandait de le faire”, écrivent-ils. Une partie de la rédaction a regretté ne pas avoir été associée à l’entretien.
Arnaud Leparmentier
Surtout qu’à Hénin-Beaumont, cité ouvrière et de chômeurs, l’UMP est quasi inexistante, donc donner une consigne de vote à 400 pauvres voix… ce qui me rassure, c’est que je connais les gens de l’UMP (pour en être un peu encore), et que beaucoup ne se cachent pas, dans le parti, voter ou avoir voté pour le FN…
Une trace de bon sens au sein de l’UMP :
http://blog.ladroitelibre.com/archives/850-Recherche-explication-desesperement.html
@ V V : ça vient d’un ancien collaborateur de Madelin, notez-le bien :-)
@ Laurent : Bon, vos analyses politiques et sociologiques, on s’en tape un peu, alors merci de répondre aux VRAIES questions qu’on se pose tous ici : à la Gay Pride, avez-vous pris part à la bataille héroïque de Gay Lib vs Les Panthères Roses ? Et si oui, avez-vous été épargné par les coups de talons aiguille ? Votre sac à main a-t-il quelques traces de raisiné socialo-&séropositif ?
Lol cher Denis, tout d’abord je suis vers Lyon, donc venir à Paris juste pour la gay pride, ça fait un peu cher le billet de TGV pour voir des folasses.
Et je n’ai même pas participé à celle qui a été commise dans la capitale des Gaules le 20 juin, alors…
En revanche, je peux vous dire que le fait que le char de l’UMP/Gay Lib ait été interdit de défilé, fait beaucoup jaser au sein de la “communauté”. Enfin, auprès de ceux qui s’intéressent à ce sujet, c’est-à-dire 5% de l’échantillon, le reste étant surtout préoccupé par ses vacances et la réussite de son bronzage…