Weltanschauung, c’est bien un truc d’allemand, ça
Le 21/02/09 à 21:17 par Il sorpasso
J’essaye de ne pas penser. D’avoir des affaires. De me limiter au travail, aux amis, aux amours, à la famille, au loyer, aux factures, aux impôts, aux courses, à la bonne cravate assortie à la bonne chemise et au bon costume. D’avoir une vie. De penser que je suis au centre de mon petit monde. Que l’avenir est plein de promesses. Faire des projets, me renseigner sur le prix de l’immobilier, sur les meilleurs taux de crédits, préparer des vacances au soleil. De ne pas réfléchir à cet espèce d’amertume permanente, de gout de pisse dans l’époque. Non, ça vient de moi. Changer de sujet. Je pense aux grecs. Antiques, bien sûr. Aux rois. Aux guerres du passé, les vraies. Aux destins. Collectifs ou individuels. Je sens que je tourne en rond. Ça vient de moi. Un peut d’auto-analyse, vite fait. Je dois être en train de me chercher un père, ou la nostalgie de ma mère, une pulsion de mort passagère, quelque chose comme ça. C’est normal, hein ? Oui, ça vient de moi, ce monde est formidable. Les filles s’offrent. Positiver. Tout va s’arranger. La politique na pas tant d’importance que ça, au fond. Ils se succèdent, surenchérissent dans la bouffonnerie, bon, la troisième république, c’était pas mieux, ah ah ah. Oui, bon, l’architecture, le paysage, on a vu mieux, mais il ne faut pas se leurrer, on loge bien. Progrès techniques, tout ça. Et puis la médecine, l’espérance de vie. Il y a du confort tout de même. On trouve d’excellents chaines hifi haut de gamme pour des sommes tout à fait correctes. Les lecteurs mp3 sont tout mignons. Les canapés Ikéa ont un excellent rapport design-prix. Les rapports hommes-femmes sont plus équilibrés. On parle. On partage les taches ménagères. Sinon, il y a toujours Meetic, et il y a un bon roulement de caissières potables qui gloussent au monoprix du coin. Et puis les livres. Les classiques. Bon la société n’a plus grand chose à voir avec aujourd’hui, mais on peut comparer. C’est toujours ça. On se nourrit l’esprit. Et puis on peut partir travailler à l’autre bout du monde, changer de décor. Mais on y arrive très bien avec Ikéa et Meetic aussi. Il faut arrêter de se prendre au tragique comme on se prend au sérieux. Mais garder la tête froide. C’est utile pour le travail. On ne pardonne pas les écarts. Réussir à être très cool mais aussi très crédible. C’est possible. Faire du sport avec des collègues de bureau. Faire en sorte que sa vie ressemble à son CV. C’est le but, non ? Parler justement de vacances, de taux de crédit. Tout plein de choses. De la crise financière, économique. Bon. Ne rien dire d’extrême. Oui, extrême. Rester corporate. Et puis, quoi proposer d’autre, au fond ? Il y en a qui abusent reste la meilleur formule. Proposer plus d’organismes de contrôle. C’est possible. Que faire d’autre ? Oui, aussi bien sûr, les problèmes religieux, raciaux, migratoires identitaires. Non, pas identitaire, trop connoté. Trop fourre-tout, aussi. Après tout ce sont eux qui en parlent, non ? Là aussi, il doit y avoir des solutions, des idées. Il faut apaiser tout ça. C’est vrai qu’on en revient au racisme. Si ils ont du mal à s’intégrer, c’est bien qu’il y a encore du racisme. Et bien il faudra forcer les choses. Et puis voilà. On en parlera plus. C’était bien aussi quand on en parlait pas. Bon évidemment ça me mettait hors de moi, mais c’était mieux, je ne sais pas trop pourquoi.
Très bien. Je suis détendu. Je n’arrive même plus à savoir pourquoi je pensais il y a cinq minutes que ma vie était une guerre permanente. Ce n’était pas seulement une expression “guerre permanente”, ça avait l’air très réel, comme sensation.
Mais pourquoi est-ce que je pense à Achille ? La colère d’Achille ? Bof. Bon je visualise Brad Pitt dans Troie. Film Hollywoodien de merde, mais il faut dire qu’on ne voit que lui. Même si Hector avait ce côté pathétique troublant, très pulsion de mort, justement. Et puis, je pense qu’il avait envie d’en finir. Trop pesant le rôle du père de famille. Se faire buter par Achille, c’est une bonne fin. Il doit y avoir un côté mimétique girardien là-dedans. Brad Pitt était peut-être un peu vieux pour le rôle. Je me demande ce qu’en pensent les homosexuels. Bien sûr ils ne doivent pas tous être du même avis. Enfin, je crois. Je me demande s’ils ont ce côté attraction pour la célébrité comme les femmes. Ils doivent avoir des critères physiques très objectifs, je pense, le côté masculin, mais est-ce qu’ils sont capables de faire la part des choses, de dire si Brad Pitt est nase dans ce rôle d’Achille, s’il est mauvais ? La fille qui joue Hélène, elle, est tellement nulle, tellement mannequin maigrichon, tellement fade, que le film est en partie foiré à cause d’elle. Pas bandante. En fait l’idée géniale aurait été de ne jamais montrer son visage. Comme ça chacun aurait pu y projeter son idéal. Et ça aurait renforce le côté illusoire de la passion-possession amoureuse et en même temps l’absurdité des troubles, conflits qui en découlent. La vie, en somme. Sûrement pour ça qu’Hector accepte de la recueillir. Il savait que les emmerdes allaient arriver. Il voulait que le sang coule, il voulait tout risquer, pour rien. C’est toute l’Histoire, ce rien. Hélène, c’est le cheval de Troie de Dieu dans la vie des hommes. Éviter l’ennui, la passivité. Le serpent, la pomme. Réveiller l’orgueil du mâle.
Mais est-ce vraiment sérieux de penser qu’on puisse seulement jouer la colère d’Achille ?
Ce qui me gêne ce n’est pas cette sensation de guerre permanente, c’est que cette guerre à un côté trop..guerre sale comme on dit bêtement..Pas parce qu’il y aurait des victimes innocentes, mais parce qu’on ne peut trucider personne à coups de glaive les yeux dans les yeux, parce qu’on est bombardé par des singes qui volent à douze milles pieds et qui annonent “amour&paix, amour&paix”, parce que l’ennemi est un ectoplasme gélatineux et sucré. Parce que l’ennemi prend bien soin de n’avoir aucun orgueil.

Excellent texte, vraiment excellent.
C’est vrai que Diane Kruger, bof. L’actrice qui joue Briséis (et dont j’ai oublié le nom) est bien plus jolie. Enfin je suis persuadé que Laurent a dû être bien déçu par Patrocle, l’amant d’Achille devenant sous la houlette puritaine d’Hollywood le “cousin” d’Achille ^^.
@ Sorpasso : “Weltanschauung”. Le “g” de la fin est le seul. Je suis toujours amusé par les Welsches qui se plaignent d’une “surabondance de consonnes” dans les langues proprement germaniques (lesquelles seraient pour cette raison “difficiles à prononcer”, “gutturales”, j’en passe et des meilleures…) tout en y ajoutant des consonnes. L’orthographe standard, dans un bar à vins ou un bistrot parisien, du cépage idéal pour curry, gingembre, foie gras ou fromages à pâte persillée, c’est “GewurTztraminer”, ce qui en fait un “t” de trop. Faire épeler à un Gaulois “Volkswagen” ou “Düsseldorf”, ou plus près de nous “Flammekueche” ou tout bonnement “Strasbourg”, est souvent réjouissant.
Juste pour le plaisir : Trinkwasserversorgungsnetze. Et je retourne dans mon Chesterfield.
@ Beth : Le réseau d’approvisionnement en eau potable, reconnaissez que ça se marie moins bien avec le Chesterfield, que le Gewurztraminer. Avec une chaise de cuisine Conforama en mélaminé, je ne dis pas…
Entschuldigung : “NetzE” = “LeS réseauX”
Désolée, mais j’aime mon confort. Et déguster un Furstentum Gewurztraminer Vieilles Vignes de chez Blank (2004), en parlant réseaux de distribution d’eau potable en tâtant le moelleux du Chesterfield, je n’y vois que des avantages. Laissons donc votre chaise en formica à la cuisine, où je finirai bien par être renvoyée.
@ Beth : Si vous ne rajoutez pas tout de suite un “c” en avant-dernière position du nom”Blanck” (et même “Paul Blanck” histoire d’être sûr de ne boire que du meilleur, sans risque d’homonymie), vous allez y retourner de suite, en cuisine^^
(tout le reste étant correctement orthographié, et le Grand Cru comme le millésime ayant été bien choisis, vous pouvez rester dans le Chesterfield, mais tenez-le vous pour dit)
Rah mais je suis impardonnable. Le rouge me monte au front. Oui, Paul Blanck, nous parlions bien du même. Bon, je vais me tenir coi pour quelque temps. Voilà qui m’évitera d’avoir à troquer trop rapidement le Chesterfield contre la chaise en formica.