
Le prince Junio Valerio Borghèse
(…) Dans un certain sens, l’Auteur se situe au-dessus des disputes et des divergences politiques contingentes – c’est-à-dire fascisme et anti-fascisme, libéralisme et communisme, capitalisme et socialisme – parce qu’il nie que la discussion doive se situer sur le plan uniquement matérialiste qu’ont choisi nos adversaires. Et par adversaires, il faut entendre ceux pour qui l’intérêt est supérieur au devoir ; le double jeu, préférable à la loyauté ; la richesse une composante de la civilisation ; pour qui la résignation, la bassesse et l’égoïsme s’appellent vertus, l’audace et le courage, vices ; pour qui l’arbitraire remplace l’ordre ; pour qui le nombre démocratiquement indifférencié pèse davantage que l’aristocratie des valeurs : tous ceux qui sont du côté de la quantité contre la qualité, de la matière contre l’esprit.
A égale distance de certaines positions extrémistes ou partisanes, Les Hommes au milieu des Ruines se réclame du caractère organique en même temps que transcendant et « anagogique » de l’Etat, caractère dont aujourd’hui on a perdu le sens, confrontés comme nous le sommes au dilemme suivant : une surestimation de l’individu en tant que tel et la corruption du système parlementaire, d’une part, et l’informe grouillement d’une machine bureaucratique et totalitaire de système et soviétique, de l’autre. Ce livre se réclame des valeurs d’auctoritas et de hiérarchie – conditions premières de toute justice et, bien considérer, de toute liberté – contre l’idolâtrie démocratique de l’égalité, laquelle est en même temps utopique et injuste ; de la valeur pour la Tradition (entendue comme suprême patrimoine, pour la cité, de principes éternellement valables), contre le mythe historiciste selon lequel non seulement les institutions particulières mais encore leurs raison d’être elles-mêmes seraient périssables – de telles sorte que les révolutions apporteraient infailliblement un « progrès ». Comme base de la naissance et de l’articulation des peuples et des nations , ce livre revendique la valeur de l’idée politique, de la vision du monde, d’un centre d’autorité, du sentiment « religieux » de la vie sociale – en plus et au-dessus de l’appartenance à une même ethnie.
(…) c’est à juste titre que l’Auteur prévient que, lorsqu’il parle d’aristocratie, il se réfère à une aristocratie de la « vision du monde », du caractère, et non pas économique, et encore moins intellectuelle puisque l’intellectualité « constitue un monde coupé de la totalité vivante qu’est l’individu et, tout particulièrement, de tout ce qui est caractère, courage spirituel, esprit de décision ».
C’est précisément cette aristocratie de caractère que veulent et que doivent constituer, parmi les ruines qui nous entourent, les meilleurs d’entre nous.
Cdt Valerio Borghèse, préface à Les Hommes au Milieu des Ruines, Julius Evola. Via Club Acacia

Evola, c’est du sous-guénon.
@Ash
Je vois bien à qui vous souhaitez faire plaisir mais vous vous ridiculisez. Vous ne voudriez pas commenter les posts farfelus ultra-libéraux, pro-bush, pro-sionistes plutôt ?
Les deux derniers paragraphes résument assez bien la personnalité et la foi de Borghese – et font écho, précisément, à ce sens hautement aristocratique qui lui valut la haute estime de ses compagnons, l’admiration d’adversaires parfois admiratifs et l’inextinguible haine de ses ennemis politiques.
À lire sur lui et la Decima MAS : “Borghese, le prince noir des hommes-torpilles” de Pierre Demaret – Robert Laffont 1976
Hum hum : “…l’hommage d’adversaires parfois admiratifs”, voulais-je dire ! (là, Denis, ce n’est pas le clavier, mais plutôt le cerveau…).
Très bonne définition d’une aristocratie qui nous manque, je trouve. Peut-on dire que c’est wagnérien à souhait ?
Mon cher Dia, Evola le reconnaît lui-même.
Quant à votre conseil, je n’en saisis pas bien le sens. Si c’est de l’ironie, pas de bol, c’est rapé me concernant pour défendre le néo-conservatisme et le sionisme *. Rabattez-vous sur XP.
Ne reste plus que l’ultra-libéralisme, mais ça c’est une tarte à la crème un peu trop employée.
* J’emmerde néanmoins Soral.
Citons Guénon :
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Cela dit, il nous faut encore insister sur une conséquence immédiate de l’idée « démocratique », qui est la négation de l’élite entendue dans sa seule acception légitime ; ce n’est pas pour rien que « démocratie » s’oppose à « aristocratie », ce dernier mot désignant précisément, du moins lorsqu’il est pris dans son sens étymologique, le pouvoir de l’élite. Celle-ci, par définition en quelque sorte, ne peut être que le petit nombre, et son pouvoir, son autorité plutôt, qui ne vient que de sa supériorité intellectuelle, n’a rien de commun avec la force numérique sur laquelle repose la « démocratie », dont le caractère essentiel est de sacrifier la minorité à la majorité, et aussi, par là même, comme nous le disions plus haut, la qualité à la quantité, donc l’élite’ à la masse. Ainsi, le rôle directeur d’une véritable élite et son existence même, car elle joue forcément ce rôle dès lors qu’elle existe, sont radicalement incompatibles avec la « démocratie», qui est intimement liée à la conception « égalitaire », c’est-à-dire à la négation de toute hiérarchie : le fond même de l’idée « démocratique » c’est qu’un individu quelconque en vaut un autre, parce qu’ils sont égaux numériquement, et bien qu’ils ne puissent jamais l’être que numériquement. Une élite véritable, nous l’avons déjà dit, ne peut être qu’intellectuelle; c’est pourquoi la « démocratie » ne peut s’instaurer que là où la pure intellectualité n’existe plus, ce qui est effectivement le cas du monde moderne. Seulement, comme l’égalité est impossible en fait, et comme on ne peut supprimer pratiquement toute différence entre les hommes, en dépit de tous les efforts de nivellement, on en arrive, par un`curieux illogisme, à inventer de fausses élites, d’ailleurs multiples, qui prétendent se substituer à la seule élite réelle ; et ces fausses élites sont basées sur la considération de supériorités quelconques, éminemment relatives et contingentes, et toujours d’ordre purement matériel. On peut s’en apercevoir aisément en remarquant que la distinction sociale qui compte le plus, dans le présent état de choses, est celle qui se fonde sur la fortune, c’est-à-dire sur une supériorité tout extérieure et d’ordre exclusivement quantitatif, la seule en somme qui soit conciliable avec la « démocratie », parce qu’elle procède du même point de vue, Nous ajouterons du reste que ceux mêmes qui se posent actuellement en adversaires de cet état de choses, ne faisant intervenir non plus aucun principe d’ordre supérieur, sont incapables de remédier efficacement à un tel désordre, si même ils ne risquent de l’aggraver encore en allant toujours plus,loin dans le même sens ; la lutte est seulement entre des variétés de la « démocratie », accentuant plus ou moins la tendance « égalitaire », comme elle est, ainsi que nous l’avons dit, entre des variétés de l’individualisme, ce qui, d’ailleurs, revient exactement au même.
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“Le chaos social”, chap VI de La Crise Du Monde Moderne
@Ash
merci pour cette citation
j’ai donc réagi trop vite à votre commentaire, je vous demande de m’en excuser. Je voulais dire qu’il s’agit de deux auteurs majeurs dont le premier – très très souvent lu – a eu une influence à peine mesurée encore aujourd’hui (Dumezil, Levi-strauss, Eliade, Artaud, Schuon, Coomaraswamy, de très nombreux écrivains, poête et peintres mais aussi – calamitas – les surréalistes, Umberto Eco les loges maçonniques etc). On le réduit parfois aujourd’hui à un radotage en babouche et c’est bien sûr très injuste et très moderne.
Evola aussi me semble un auteur important et non pas tant toujours par ce qu’il écrit – j’avoue n’avoir que peu compris de sa métaphysique du sexe mais je pourrais en dire autant de certains texte de Junger – que par une certaine hauteur d’où il écrit, un ton fascistissime et anti-bourgeaois qui est résolument le sien et justement c’est ce que Borghèse décrit là.
“On le réduit parfois aujourd’hui à un radotage en babouche et c’est bien sûr très injuste et très moderne.”
Effectivement. Certains zappent cet auteur pour cette seule raison.
Sur Evola, il ne m’a pas vraiment paru intéressant à l’époque, et ma découverte plus récente des écrits de Guénon me le rendent encore moins intéressant. D’où ma remarque initiale.
Evidemment, et pour bien faire, il faudrait que je m’y plonge plus sérieusement.