Eric Naulleau et Pierre Bergé sur un plateau, avec Luchini comme témoin tétanisé, Luchini qui se sent obligé de faire le pitre de circonstances pour détendre l’atmosphère. Bergé est tout rouge, il s’étouffe d’indignation parce que Naulleau ose jeter dans le même panier à salades BHL, Sollers et Marc Lévy. Et Angot aussi. Il y aurait une hierarchie évidente : mélanger Sollers, Angot “qui a apporté des choses magnifiques à la littérature” et Marc Lévy , cela ne se fait pas, c’est malhonnête et c’est obscène. Je n’ai pas lu une seule ligne de Lévy, mais je sais que beaucoup lisent cet auteur à succès, je sais que beaucoup reposent le livre en attendant la suite après un beau voyage. J’ai lu Angot comme presque tout le monde à une époque, intrigué par le terrorisme de sa promotion et son culot. Il n ‘y a rien d’intéressant dans ses livres, rien, des mots agencés qui ne racontent rien, un style juste énervant ; on y parle de chatte lisse et mouillée, d’orange maculée coupée en deux et d’un autre inaccessible mille fois mieux dit ailleurs. Prétendre lire réellement Angot, c’est curieux. Ne l’a t-on pas lu un moment parce qu’il fallait la lire ? Aujourd’hui, comme plus personne ne nous menace, plus personne ne lit Angot. Ils sont nombreux comme elle, portés un moment puis abandonnés face à l’évidence de leur nullité. Mais j’ai compris que Bergé ne lit pas les livres. Il les collectionne, comme il collectionne les amitiés. Bergé est un collectionneur en tout. Lui-même est comme un vieux livre oublié sur une étagère quelque part, poussiéreux. Comme Sollers, le dandy à coupe de douille, il sent le moisi, la tata surannée qui ne comprend plus grand chose et qui s’obstine à vouloir parler quand même. Bergé semble confondre la littérature avec son cercle de courtisans momifiés. Il ne comprend pas la critique, c’est un truc d’écrivain raté, des aigreurs inutiles. Je me souviens pourtant des critiques atroces de Villiers de L’isle Adam, de Flaubert, de Barbey et de Daudet, qui n’a jamais été un grand écrivain mais dont les souvenirs prodigieux et souvent acides enchantaient Proust. Naulleau n’est pas Flaubert, certes, mais l’exercice est il réservé à la postérité ? C’est absurde. On peut discuter de la pertinence de la critique mais pas d’une quelconque légitimité.
Peut être que dans longtemps, quand presque tout notre siècle sera oublié et que plus personne ne se souviendra de ceux qui ont fait beaucoup parler d’eux, quelques cercles d’initiés voueront un culte jaloux à Fernand du Boisrouvray, le grand auteur cynégétique, le seul à sauver de l’aventure Tel Quel, le plus silencieux, qui à l’écart des salons et du vacarme un peu ridicule de ses anciens complices, sut construire une oeuvre modeste mais cohérente, une empreinte.

L’anesthésie du désir est prévue par son simulacre de satisfaction (les sondages ne sauraient porter sur les variations de jouissance, cela demanderait une élaboration verbale, et c’est l’aphasie qui est recherchée). Là encore, les attardés du vieux monde auront tort de parler de « décadence » (mollesse, désordre, ignorance, affaissement des valeurs). La décadence est depuis longtemps passée, nous vivons au contraire la construction énergique, inlassable, percutante, d’une nouvelle Tyrannie d’ensemble. Son but, qu’il ne faut pas une oreille bien fine pour entendre, est de populariser le désir de mort.
Si je dis que c’est joliment dit on va encore m’enquiquiner alors votre article est décrété à chier SK. Mais je vais me rencarder sur votre tel-queliste œuvrant…
Ps: Le premier lien google renvoie à un de vos articles sur Ilys. Et Denis vous faisait remarquer que c’était Boisrouvray et non Boisvouvray…
Et la particule en “du”
Je pourrais l’écrire mille fois, rien à faire.
Cher Philippe, je n’ai rien compris. Je pense appeler Onfray pour mieux vous entendre.
Oui je crois bien… Ce n’est pas grave j’ai trouvé ce site sur votre auteur, il écrit en effet très bien:
http://www.pastichesdumas.com/boisrouvray/index.html
J’ignorais tout de ce Boirouvray, alors merci, c’est toujours un précieux don, un nouvel auteur. Par contre j’ose m’insurger contre votre assertion comme quoi lui seul serait à sauver de l’aventure Tel Quel. Et Matignon? Le cher Renaud Matignon (que j’eus la chance de rencontrer un peu, si peu…) qui fut le meilleur critique de son temps à mes très humbles pupilles, meilleur que Bernard Frank qui faisait la danse du ventre autour de ses fromages et vins fins et nous jouait son Boissard nostalgico-grognon. On a recueilli lesdites critiques dans un opus confortable “La liberté de blâmer”, qui comporte qql pépites. Pour une démolition intelligente et drôle de Nabe, Besson (”L’eau de toilette des hussards”) voire même de Cioran et un arasage total des médiocres absolus type Coelho, prenez un bain de Matignon. De plus, vu les eauxdans lesquelles nous rentrons, ça peut faire un fort beau cadeau à tout lettré droitar (ou non d’ailleurs). En plus, pour ceux que le labeur prive des grandes plongées type “Allez, c’est décidé, je lis l’intégral Saint-Simon”, cette suite de critiques qui n’excédent presque jamais les 3 pages sont un amour d’ alcool qui se déguste avec bonheur.
Voyons Restif, reprenez vos accords: “l’aventure telLE quelLE”…
Bon certain mail en souffrance, (en déchirance même)
Matignon, bon je vais m’intéresser un peu la politique après tout…
@ Restif : Oui, merci d’avoir rappelé Matignon ! Relégué au rang de journaleux réac par l’intelligentsia. Chez Bartillat , avec préface de Jacques Laurent : en wish-list directement, non mais !
Chopé sur Google, au sujet de Nabe : «Des grandiloquences d’opéra racontent des miettes d’insignifiance. C’est Wagner chez les pucerons.»
Il semblerait que RM n’ait même pas de notice Wiki : un pur scandale. Au boulot, quelqu’un !
@ ExpertsEnMicroOrnithologieAntipodique(TM) : “Voyons Restif, reprenez vos accords: “l’aventure telLE quelLLE” (…) Matignon, bon je vais m’intéresser un peu la politique après tout.” …
… Devant tant d’humour, je craque. Je ne suis pas au niveau, je ne peux plus suivre à ces altitudes.
@ denis l.
On plaint les élèves qui subissent de telles saillies à longueur de journée.
“@ ExpertsEnMicroOrnithologieAntipodique(TM) :”
“… Devant tant d’humour, je craque. Je ne suis pas au niveau, je ne peux plus suivre à ces altitudes.”
Gnééé, comme dirait Dantec…
Et puis j’aime bcp Duras vraiment. Je ne vous comprends pas Denis… Je pense grand bien de son œuvre tant cinématographique que littéraire – et je ne parle même pas de son engagement politique!!! Si ça fait grogner Denis ça ne doit pas être si mauvais au fond. Allez, je vais me relire “Un barrage…” pour fêter l’adaptation cinématographique imminente…
@ Leifr Eiriksson : Les élèves, les collègues, les parents d’élèves, les proches (s’il y en a – je doute qu’il y en ait beaucoup), les secrétaires d’éditeurs lorsque le kiwi rappelle pour savoir ce qu’il en est de son manuscrit et veut (c’est un vrai Machiavel) laisser un souvenir spirituel, les lecteurs desdites maisons d’édition (les pauvres), mais surtout… nous :-(
Deux clébs consanguins qui se léchouillent… Mignon tout plein!
Ah la folle de Lépanges…vous savez ce qu’on dit Tang, elle n’a pas écrit que des conneries, elle en a filmé aussi…
Bon, discutons de nos goûts discutables, mais avec courtoisie.
SK, je n’ai lu de Duras que ce fameux barrage, sans plus d’émois je dois dire. De vagues souvenirs de fac, autant dire que je ne la crois pas inoubliable auteur. Mais je suis taquin et il y a des cibles qui ne se refusent pas…
Je crois que Nicolas pensait du bien du “ravissement…”, si ma mémoire ne flanche pas.
Pour ce qui est de discuter du discutable (et même du reste) je n’ai qu’une exigence: je choisis mes interlocuteurs: qu’ils me soient supérieurs. Les autres n’ont pas droit à la parole. Denis ne pourra faire l’objet que de sarcasmes, le fond bourbeux de sa pensée sera bien tranquille – et passera le bonjour à M. Panado -, je ne m’en occuperai certes pas. Avec courtoisie donc…
@ Tang : Alors vraiment, Duras ??? J’ai toujours été stupéfait de voir que des gens brillants aimaient Duras (je ne dis pas ça pour toi évidemment, sinon quelqu’un -va savoir?- pourait m’accuser de scratcher un back. D’ailleurs si je parlais pour toi j’aurai ajouté quelque chose en issime).
Il n’y pas longtemps encore, je ne sais plus qui, mais quelqu’un dont je sais qu’il a d’excellents goûts et du territoire derrière lui, écrivait tout le bien qu’il pensait de Durras. J’avoue que ça me fait vaciller, j’ai beau savoir que la littérature est subjective, que Nicolas ne sait pas voir la beauté d’une phrase de Bernanos, quand même, là, Durras, je reste comme la proverbiale poule en sidération devant son couteau (ou Perceval devant les gouttes de sang sur la neige? Oui, finalement je vais prendre ça comme comparaison). Le problème n’est pas que ce soit une femme -j’adore les Mémoires de la comtesse de Boignes ou les romans de Mm de Lafayette, j’ai soigneusement épargné à Consuelo et sa suite les tiroirs où je suis obligé de reléguer une bonne partie de ma bibliothèque montante (comment diantre faisait donc Vialatte et ses 10 000 volumes ???) et je n’évoque même pas l’épistolière vedette de notre 17ème (ou alors rapidement, comme ça). Non, c’est son style qui glougoute comme un évier qui se vide; il n’y a rien. c’est pas la phrase séche, en pointe d’épine, ni la floraison lyrique ou la pamoison automnale, pas plus l’hermetisme ombrageux, c’est du détartrage de bidet, la conversation de deux dindes au salon de thé ou les souvenirs d’une lesbienne alcoolique mal torchée un samedi lugubre au Mocambo. Comprends pas.
(Tang,c’est pour énerver Denis hein? Oh, vu les noms qu’on découvre dans les adorateurs de Duras -tenez, l’immense Dustan, le Balzac du fist fucking, La comédie backroom, – j’y survivrais, mais quand même… Pour savoir. dites-moi)
Duras… j’ai quand même pensé à elle en passant devant l’hôtel des Roches noires, à Trouville. Je l’imaginais, la petite bonne femme ratatinée devant la fenêtre…
Eh Restif, évidemment que c’est pour énerver Denis… En pure perte. Mais un de mes si rares amis (uh uh, celle là vraiment est rigolote comme tout, à croire que ce Denis me jalouse un ami, mais non ce serait vile psychologie), un de mes amis disais-je en pensait si grand bien. Un breton pur jus, amateur d’îles (non de leur possibilité – je viens de la dégoter gratis) et de Georges Hyvernaud (la peau et les os qu’il me fit découvrir) par exemple… Oui la littérature est chose subjective. Je crois d’ailleurs que l’amitié existe pour cela seulement: pour nous rappeler que la littérature est aussi affaire de goût éminémment discutables, infiniment subjectifs. Tu le sais d’ailleurs: nous nous croisons sans jamais nous comprendre… Il est logique – horrible adjectif – qu’il en soit de même des livres en définitive… (allez voilà que je me mets à raisonner comme un vil Denis, non vraiment il va falloir partir…)
@ ExpertsEnMicroOrnithologieAntipodique (TM) : ” Si ça fait grogner Denis ” (…) “Denis ne pourra faire l’objet que de sarcasmes” (…) “c’est pour énerver Denis hein? ” … ” En pure perte.”
… Ben oui, c’est raté sur toute la ligne. Comme d’habitude. Il est fascinant d’observer comment pour certains, la participation à la blogosphère, qui était clairement censée compenser des échecs dans d’autres domaines (possiblement dans tous les domaines), ne remplit pas les espoirs placés en elle. La vie est impitoyable, et dure aux faibles :-)
@ Restif : (au Kiwi) ” des gens brillants (…) je ne dis pas ça pour toi évidemment “…
… La précision était inutile pour tout le monde, sauf évidemment pour le destinataire. On comprend donc que vous l’ayez apportée, ledit destinataire étant un ami à vous. Cet exemple, intrinsèquement de peu d’importance, illustre toutefois fort bien l’affaissement inévitable du niveau du débat, lorsque les portes en sont trop largement ouvertes.
“Inclusivité” excessive qui nous vaut des pensums d’un creux absolu sous l’enveloppe pseudo-lettrée et, pire encore, douceâtre, du genre: “Oui la littérature est chose subjective. Je crois d’ailleurs que l’amitié existe pour cela seulement: pour nous rappeler que la littérature est aussi affaire de goût [sic] éminémment [sic] discutables, infiniment subjectifs [sic]. (*) Tu le sais d’ailleurs: nous nous croisons sans jamais nous comprendre…”
Sur ce…
(*) une phrase d’enseignangnant, une faute d’accord, une création typographique, une tautologie. La routine.
Pour vous Denis, je vous recommande d’en faire votre devise (je n’ose dire “votre denise”…): “Ne s’en remettre à la raison qu’en dernier recours…”
Vous gagneriez beaucoup à l’adopter. Vous n’avez pas grand chose à perdre. Mais peut-être que c’est déjà ce que vous faites au fond: vous en remettre à votre dernier recours… Denis ou l’homme aux abois.
“Denis ou l’homme aux abois.” …
… Oui, c’est clair pour tout le monde :-))
“nous nous croisons sans jamais nous comprendre…” Voilà qui sonne à mes oreilles pensives (si, si) comme un écho du dialogue chez ce janséniste de Baroque&fatigué (et un janséniste qui s’endort à Pascal, c’est une rareté).
Hyvernaud…Ce n’est pas la première fois que ce nom me miroite aux mirettes : jamais lu. Ca sonne joliment Hyvernaud, on se prend à rêver de Noël à l’ancienne, d’étendues de neige et de grand feux tout palpitant de flammes, pendant qu’au balcon de l’hôtel des Roches noires à Trouville, le fantôme rabougri de Marguerite Duras rajoute une phrase à un carnet spectral. SK l’observe discrètement, presque tendrement, et reporte cette vision sur SON carnet.
Nous nous croisons et, sauf par éclats d’écriture, ne voyons que des surfaces, c’est vrai… Pourtant, il y a parfois des instants, une étincelle d’instant qui brûle et illumine. Imaginons -que ne peut-on se permettre ainsi…- oui, imaginons qu’on rencontre pour la première fois un être que la destinée vous a choisi pour ami, et que ce jour là le téléphone vous porte une bien noire nouvelle. Et bien il y aura dans l’atmosphère une ébauche de gestes qui, même non accomplis, se sentent (à, l’italique me manque).Ils resteront à jamais présent ces gestes esquissés. Ils nourriront la tendresse invisible. Car rien ne pourra faire qu’ils n’aient été conçus.
Ah, @Sk, je suis bien d’accord, l’exercice critique n’est pas réservé à la postérité, et si j’ai toujours défendu ce pauvre Naulleau contre les foudres xpéennes, c’est bien pour cette raison. Et puis vous le rappelez : jamais nous n’eûmes littérature si brillante que lorsque un Barbey écrivait de Hugo : “À dater des Contemplations, M.V. Hugo n’existe plus. On doit en parler comme d’un mort “. Ca n’est pas encore l’article de Bloy lors de l’année qui vit mourir en même temps que Hugo quelques seigneurs de moindre importance du journalisme et de la petite littérature. Le dit Bloy intitula son papier :”Causeries sur quelques charognes” et d’écrire plus loin dans son article :
“J’augure bien de ces crevaisons si rapprochées et une fraîche espérance vient de naître en moi. C’est que nous allons avoir peut-être un joyeux défilé de cette viande à corbillard recueillie à croque-mort que veux-tu dans les porcinières de la grande littérature et dans les aquariums arides du journalisme.”
On imagine le tollé et le lynchage si un “monstre” osait aujourd’hui de telles lignes en une année semblablement fertile en décarrades…
Seule la postérité -à supposer qu’elle soit juste, ce qui est une bien aventureuse hypothèse – tranchera de nos subjectivités qui avait raison. Que si dans deux siècles Duras est encore lu et Joyce abandonné (je ne sais pas pourquoi mais j’ai l’intuition qu’au mieux, ce qui attend Joyce, c’est d’être-mais très vite- un Roman de la Rose que ne liront que quelques amoureux de cette prose superbe mais qui évite l’histoire, le tissu humain, ce qui meparait dangereux pour la survie. L’antiBalzac en quelquel sorte. Claudel à un mot très beau pour Finnegan’s wake :”Le verbe retourné sur lui-même et se servant à lui-même deproie et de combustible”. Mais il faudrait citer toute la phrase de Claudel sur Joyce,d’une méchanceté pimpante et en même temps, de jugement très sûr pour un croyant taille Claudel; ou pour tout croyant du temps ou la foi servait vraiment de boussole en toute chose.