Aimez vous Untel..
Le 16/11/08 à 14:46 par Nicolas
Au hasard de statistiques je tombe là dessus. Non, non, ce n’est pas pour en dire du mal, mais c’est je crois exemplaire d’une certaine position, qui de plus en plus me semble vide.
Depuis longtemps je me demande ce que c’est que la littérature, ou la pensée pour cette famille qu’il est habituel d’appeler « de droite ».
Il y a d’abord les crétins abyssaux, n’y revenons pas, ceux qui partagent en rond deux ou trois références maniaques, qui en trafiquent entre eux en ayant l’impression de s’échanger des mots de passe pour l’éternité. Aucun intérêt.
Ce qui me laisse plus dubitatif c’est cette position esthétisante, qui se veut purement appréciative. J’aime, j’aime pas, ça me tombe des mains, ou comme le fait ici Nimier : juger en deux ou trois formules heureuses — mais généralement fausses — une œuvre de plusieurs milliers de pages qui a eu, en son temps, une infuence qu’on a de la peine à imaginer aujourd’hui.
Ce n’est pas que cette position soit surprenante : on l’a tous exprimée à un moment où à un autre. Moi c’est Bernanos qui m’emmerde ferme et dont je ne comprends pas ce qu’on peut bien y trouver. Je le referme en général avec un sentiment de désintérêt complet après une quinzaine de pages. Ce genre de débats a d’ailleurs aussi son utilité de raffinement, de goûts épurés, ce qu’on voudra de cette sorte. Voire de polémique.
Cela a cependant deux inconvénients : d’une part, cela empêche souvent de voir ce qu’il y a d’original dans une œuvre. Je trouverai peut-être un jour pour Bernanos. Pour Maurras, à force de lire et de relire, de lire surtout hors des choix de textes habituels ou des compendiums maurassiens, on découvre des choses inattendues. Numérisant Poésie et Vérité, recueil de 1944, je me rends compte de ce qui est au cœur de l’esthétique maurassienne, de ce qu’on va appeler en boucle depuis plus d’un demi-siècle son classicisme ou son atticisme, est en fait une théorie esthétique précise, qu’on ne peut reconstituer que par petites touches que les grandes constructions politiques pompeuses et ensuite pétrifiées ont fait passer sous silence : le classicisme de Maurras se définit par un certain rapport, problématique, à la vérité. Et quand Maurras cherche à l’exprimer, Maurras le germanophobe, Maurras l’anti-boche fanatique, c’est par Goethe qu’il passe, c’est-à-dire ressautant par delà le romantisme allemand ultérieur qu’il a tant décrié. Au total il y a là quelque chose dont on parle peu et qui est remarquablement intéressant, mais qui reste inaccessible si l’on se cantonne dans le registre habituel des j’aime-j’aime pas. Et a fortiori si l’on cache ce que ce registre a de faible sous les citations ampoulées qui se résument à un grossier et faux Maurras = Auschwitz qui ne fait pas honneur à Nimier. L’exemple pris ici pourrait être décliné aussi bien en évoquant des auteurs de droite statufiés dans des admirations somme toute assez niaises que des auteurs de gauche décriés avec un automatisme pauvre assez affligeant. Sans préjudice des cas plus compliqués comme celui d’un Maurice Blanchot.
D’autre part on comprend bien que si l’on reste sur ce plan très général d’une position esthétisante, de goûts et de préférences assez faiblement argumentés, on s’empêche par là-même de questionner les textes plus profondément, d’y découvrir des problématiques nouvelles, qui seules permettraient de réévaluer les jugement pavloviens sur les auteurs en question. Jugement pavloviens qui sont la plupart du temps de gauche, et d’une gauche elle-même assez bête et superficielle. Ne rester qu’à dire j’aime Maurras, je n’aime pas Rebatet, j’apprécie Céline — même si le cas est plus complexe — ou je trouve Robert Poulet intéressant, cela sans jamais chercher à inventer de lectures originales, c’est les condamner à coller aux opinions éculées qui les engluent, que ces opinions symétriques viennent d’un bord ou de l’autre.
