Les proies
Le 27/10/08 à 17:23 par SK
K. raconte :
La première fois que je l’ai vue, dans ce grand appartement tout blanc qu’elle partageait avec une étudiante un peu fade, elle portait un col roulé noir, une jupe écossaise rouge et des collants noirs, les cheveux négligemment attachés en chignon, avec un crayon papier en guise d’aiguille, un Faber-Castell. Je me suis attardé sur les jambes croisées, et loin, tout au bout, sur les ballerines repetto, noires elles aussi. Assise, elle nous regardait tranquillement en souriant, nous la bande de garçons un peu trop bruyants. J’étais pétrifié. Je sentais que j’allais dire quelque chose d’idiot. Dieu que j’étais bien dehors, avant d’enter ici, Dieu que j’étais bien dans la nuit. J’ai dit quelque chose, je ne sais plus, je ne me suis pas entendu. Il y a eu un silence gêné, mais enfin elle m’a regardé et ses yeux était plein de quelque chose de bizarre, quelque chose que je me suis aussitôt obligé à prendre pour de l’intérêt. Alors les ennuis ont commencé.
L’hiver est passé, je suis un insecte pris sous un verre renversé, et une enfant cruelle s’amuse à observer mon manège un peu étrange.
J’ai remarqué ces regards, pour un autre, un ami, au hasard de nos soirées et de nos rencontres. L’ami a la conversation facile en société, il a du style, ses lèvres ne tremblent jamais. Je ne suis pas inquiet. J’ai tort. L’ami est de moins en moins discret. J’ai bien vu ces regards échangés à cette soirée, malgré l’alcool. Moi, je reste assis, vautré sur un canapé, serré contre mes faunes; leur chaleur me fait du bien. Elle se lève, rejoint un groupe dans la pièce à côté, avec l’autre. Tout est suspendu. Je regarde là où il n’y a rien à voir, longtemps. Puis elle revient, le visage flamboyant, elle se penche et me chuchote tendrement avec cette petite moue irrésistible : ” tu ne t’occupes pas beaucoup de moi “. Mais moi je sais bien qu’elle me murmure ” ne vois-tu pas que je suis bouleversée, ne vois tu pas que je suis le masque de l’Enfer ?”
Je sais qu’ils se voient. Je me venge, en traitant mal des jeunes filles fragiles, des jeunes filles qui s’attachent, des jeunes filles qui s’attendrissent et qui prennent ma tristesse pour le spleen. Quelques horreurs que je puisse dire, c’est pour elle, pour qu’elle m’entende.
Nous allons au cinéma ce soir, je passe la prendre chez elle. Elle sent tout de suite que je ne vais pas bien, elle me tend la main, et devant mon air interdit, cherche la mienne. Je prend ce geste pour de la pitié, je recule brusquement, et pourtant, mon cœur s’élance. Elle s’obstine, ses yeux sont pleins de larmes, elle m’arrache les mains que j’ai rageusement enfoui dans les poches de mon manteau, les pose sur ses hanches, elle me serre très fort et enfoui sa tête, là, contre mon cou, et je sens sa douce haleine, sa chaleur de traîtresse. Ses jambes se dérobent un peu, elle m’oblige à la soutenir. Nous nous tenons longtemps comme cela, sans rien faire. Voilà, je le sais, tout est fini. Je pense à de l’herbe tendre, dans une vallée lointaine, où je pourrais m’étendre.
Les années ont passé. Son histoire n’a pas marché, bien sûr. Je la croise un jour, boulevard Saint Germain. Vêtue de rouge, ses cheveux blonds tirés en arrière, de hautes chaussures à talons. Et toujours, encore, ce regard chaviré. Rien n’est venu, n’est-ce pas ?
Je suis resté à distance, le coeur contracté. Ces blessures d’orgueil, quand on a perdu à ce jeu cruel, face à une enfant, ne guérissent jamais.
Comme tu as changé, K., comme tu parais paisible. Tu reste là, posé devant moi, avec cette solide assurance. Tu prétends que tu pourrais presque raconter cette histoire en riant aujourd’hui, que tout est passé maintenant, même s’il y a cette blessure ancienne. Je sais que cela n’est pas vrai. Nous regardons tous deux le frais matin et les passants, encore rare, sans rien dire. J’imagine notre scène,vue de l’extérieur, comme un Caspar Friedrich, et cela me fait sourire.
Très beau, mais Soeren K. ne buvait pas d’alcool, seulement du café, jusquà 7 cafetières par jour, et puis Régine n’a jamais été blonde.Etrange…
Et oui… Les boxeurs poids-lourds me font marrer avec leur garde basse, la droite nonchalamment pendante dans le vide.
Merci SK. Je me sens moins seul maintenant. :)
lourds ou plumes, les boxeurs m’ont toujours paru se prendre trop au sérieux; le catch, voilà la vraie classe, même sans Roger Couderc pour le commenter;
Vic Véga
Tuesday 28 October 2008 at 7:14
lourds ou plumes, les boxeurs m’ont toujours paru se prendre trop au sérieux; le catch, voilà la vraie classe, même sans Roger Couderc pour le commenter;
Il y a un vainqueur deja désigné avant le début d’un “combat” de catch. Moi je préfère prendre de vrais coups et en mettre plein la gueule. Ce qui fait peur chez les femmes c’est qu’après un enchainement uppercut-crochet elles viennent vous remercier d’avoir été jetée dans les cordes. Salopes.
Les hommes sont égaux en droites.
Mohamed Ali