Le militantisme, stade suprême de l’aliénation
Le 13/10/08 à 13:01 par Il sorpasso
Extraits savoureux d’un texte qui ne l’est pas moins, rédigé par l’obscure “ORGANISATION DES JEUNES TRAVAILLEURS REVOLUTIONNAIRES” et daté de 1972 :
”
Faisons l’effort de surmonter l’ennui que secrète naturellement les militants. Ne nous contentons pas de déchiffrer la phraséologie de leurs tracts et de leurs discours. Interrogeons – les sur les raisons qui les ont poussés, eux, personnellement, à militer. Il y n’a pas de question qui puisse embarrasser plus un militant. Au pire ils vont partir dans des baratins interminables sur l’horreur du capitalisme, la misère des enfants du tiers monde, les bombes à fragmentation, la hausse des prix, la répression. Au mieux ils vont expliquer que ayant pris conscience – ils tiennent beaucoup à cette fameuse ” prise de conscience ” – de la véritable nature du capitalisme ils ont décidé de lutter pour un monde meilleur, pour le socialisme (le vrai pas l’autre). Enthousiasmés par ces perspectives exaltantes ils n’ont pas résister au désir de se jeter sur la manivelle de la Ronéo la plus proche. Essayons d’approfondir la question et portons nos regards non plus sur ce qu’ils disent mais sur ce qu’ils vivent
(…)
En militant, il donne du poids à son existence, sa vie retrouve un sens. Mais ce sens, il ne le trouve pas en lui-même dans la réalité de sa subjectivité, mais dans la soumission à des nécessités extérieures. De même que dans le travail il est soumis à un but et à des règles qui lui échappent, il obéit en militant aux “nécessités de l’histoire. “
Le militant ressent l’absurdité de l’existence que l’on nous impose. En “décidant” de militer, il tente d’apporter une solution à l’écart qui existe entre ses désirs et ce qu’il a réellement la possibilité de vivre. C’est une réaction contre la misère de sa vie. Mais il s’engage dans une voie sans issue.
(…)
Bien qu’insatisfait, le militant reste incapable de reconnaître et d’affronter ses désirs. IL EN A HONTE. Cela l’entraîne à remplacer la promotion de ses désirs par le désir de sa promotion
Le militant parle beaucoup des masses. Son action est centrée sur elles. Il s’agit de les convaincre, de leur faire ” prendre conscience “. Et pourtant le militant est séparé des masses et de leurs possibilités de révolte. Et cela parce qu’il est SEPARE DE SES PROPRES DESIRS.
Il y a une énorme contradiction entre ce qu’ils prétendent désirer et la misère et l’inefficacité de ce qu’ils font. L’effort auquel ils s’astreignent et la dose d’ennui qu’ils sont capables de supporter ne peuvent laisser aucun doute : ces gens là sont d’abord des masochistes. Non seulement au vu de leur activité on ne peut croire qu’ils puissent désirer sincèrement une vie meilleure, mais encore leur masochisme ne manifeste aucune originalité. Si certains pervers mettent en œuvre une imagination qui ignore la pauvreté des règles du vieux monde, ce n’est pas le cas des militants ! Ils acceptent au sein de leur organisation la hiérarchie et les petits chefs dont ils prétendent vouloir débarrasser la société, et l’énergie qu’ils dépensent se moule spontanément dans la forme du travail. Car le militant fait partie de cette sorte de gens à qui 8 ou 9 heures d’abrutissement quotidien ne suffisent pas.
(…)
Évidemment , on ne peut pas mettre tous les militants sur le même plan. Tous ne sont pas atteints aussi gravement. On trouve parmi eux quelques naïfs qui, ne sachant comment utiliser leurs loisirs, poussés par la solitude et trompés par la phraséologie révolutionnaire se sont égarés ; ils saisiront le premier prétexte venu pour s’en aller. L’achat de la télévision, la rencontre de l’âme sœur, la nécessité de faire des heures supplémentaires pour payer la voiture déciment les rangs de l’armée des militants !
(…)
La passion qu’il n’arrive pas à mettre dans sa vie quotidienne, il la reporte dans sa participation imaginaire au ” spectacle révolutionnaire mondial “. La terre est ravalée au rang d’un théâtre de polichinelle où s’affrontent bons et méchants, impérialistes et anti-impérialistes. Il compense la médiocrité de son existence en s’identifiant aux stars de ce cirque planétaire. Le comble du ridicule a certainement été atteint avec le culte du ” CHE “. Économiste délirant, piteux stratège, mais beau gosse, Guévara aura eu au moins la consolation de voir ses talents hollywoodiens récompensés. Un record dans la vente des posters.”

allez avouez Il sorpasso
je suis sûr que votre excellent post est une réponse à ce méchant texte :
http://www.fdesouche.com/?p=5388
@Dia
non, désolé
l’article de Fdesouche je ne l’avais pas lu (et je ne l’ai toujours pas lu, il a l’air beaucoup trop long, mais bon, peut-être que je ferai un effort :) )
en vérité j’ai cherché le texte “le militantisme” après une lecture papier où il était partiellement cité, aujourd’hui même..
pas de polémiques ! (en tout cas, pas de volontaire)
Putain… c’est beau comme un lavabo !
@ Sorpasso : J’ai un petit doute sur l’authenticité ou plus exactement la datation du texte de l’OJTR (organisation dont j’apprends l’existence grâce à vous). Des petits détails, rien de grave, d’ailleurs vous n’avez fait que citer une datation faite par d’autres. En tout état de cause, plusieurs très bonnes remarques.
@ Dia : Je connais l’auteur de l’article posté sur Desouche (on a descendu quelques Meteor pression, en tête-à-tête, l’an dernier). Le gars n’est pas un styliste, c’est certain, en fait c’est un autodidacte, et sachant cela on peut commencer à accorder pas mal d’estime au texte. Là où il pousse le bouchon un peu loin, c’est quand il s’en prend à la culture du pseudo dans la blogosphère, alors que lui-même s’appelle autant Karl Hauffen que moi Benoît XVI.
“J’ai un petit doute sur l’authenticité ou plus exactement la datation du texte de l’OJTR”
Il n’y a pas de doute à avoir. C’est certainement un texte d’inspiration situationniste. 1972, c’est le sommet de l’influence de l’Internationale Situationniste, qui se dissoudra bientôt. Cette organisation a toujours dénoncé les militants et le militantisme.
Dans le texte, il est fait allusion à la vie quotidienne et à la passion qu’il s’agit d’y mettre, on parle du spectacle révolutionnaire mondial, de séparation entre le militant et la masse dont il est censé être l’avant-garde : idées situationnistes par excellence. Certains feraient bien peut-être de s’en inspirer avant de prétendre parler au nom du peuple. Suivez mon regard…
Bon je viens de lire l’article de Karl Hauffen, ce n’est pas mal, il y a des bonnes analyses et références, du Lach, bien. Mais tout de même, on ressent au fond qu’il considère lui aussi le militantisme comme une forme de club de rencontre, de loisir, voire de prière. C’est bien que des gens se réunissent, comme ça, par affinité politique, qu’elles puissent se lâcher, c’est agréable, j’imagine, mais soyons honnêtes : on aboutira fatalement à un système de réunionite où les individus les plus en manque de pouvoir et de reconnaissance feront dériver le truc pour en faire leur petite salle de spectacle, etc…
Sinon, le passage sur l’anonymat sur le web est en effet une bévue.
Le moins qu’on puisse dire c’est que le “militant de Dieu” saint Paul n’a pas la cote chez les petits branleurs démocrates-chrétiens. Ils pensent bientôt faire monter des petits pneus (Michelin) sur leur Sphère privée, afin de n’être plus obligés d’en sortir avant le Jugement dernier.
Quelques précisions sur ce texte, suivi d’une rversion soit disant “non censurée” :
http://claudeguillon.internetdown.org/article.php3?id_article=202
“A ce titre, l’individualisme prôné par le libéralisme plonge chaque individu dans la sauvage bousculade d’une société ouverte à tous les conflits possibles et inimaginables. S’en suit un chaos que chacun est fermement sommé d’affronter seul.” Faut être sacrément cornichon pour écrire un truc pareil !
je suis persuadé qu’il y a une filiation, plus qu’un parallèlisme entre les grands penseurs fascistes des années 20 et les situs (le dadaïsme ? le futurisme ?). Quelqu’un a-t-il quelque chose à nous apprendre là-dessus ?
En tous cas nul à gauche n’a poussé l’analyse subversive plus loin que les situs. Nul – à gauche – ne s’est autant défait du bourgeois.
Les Castors juniors niçois avec leur morale de l’engagement inutile (mais tellement beau !), leur leur préchi-précha ringard et leurs incessantes concessions humanistes ont encore du boulot ! Allez les scouts : relisez Evola, Pareto, Spengler, etc et Nitche aussi mais plus lentement cette fois !
Et alors la solution serait un effacement de l’individu dans un magma fusionnel maçon umma-internationale? c’est risible. La seule solution qui ne broie pas l’individu mais lui permette de redonner un sens à sa vie s’appelle chrétienne avec des garde-fous comme la FAMILLE ou la PAROISSE, tout ce qu’il y a de plus concret, local et enraciné. Ces entités doivent à tout prix regagner des droits, des noms et se faire respecter par la loi.
Seul la civilisation chrétienne permet cette synthèse difficile mais largement réalisée entre liberté et charité, entre individu et société.
lire… “un magma fusionnel façon umma-internationale”… et n’y voyez pas de lapsus révélateur ;-)
@ Aquinus
“la civilisation chrétienne”
Où, quand, comment ?
Salut et fraternité!
J’ai effectivement mis en ligne l’intégralité du texte «Le militantisme, stade suprême de l’aliénation». Deux brochures ont été publiées sous ce titre. La seconde (logiquement sous-titrée «Suite») donne des indications sur l’origine de la première, lesquelles indications répondent aux interrogations des auteurs de messages de ce forum, et infirment quelques bruits et/ou suppositions hasardeuses.
@ Sébastien : “Il n’y a pas de doute à avoir. C’est certainement (…)”
Je pense qu’un peu de doute de temps en temps, sans en abuser, vous ferait le plus grand bien.
Sur le fond, j’étais certes un peu jeune en 1972, mais il me semble :
- que l’on ne parlait guère des bombes à fragmentation alors ;
- que le “Che” n’était pas encore devenu une telle icône, si près de son exécution honteuse (honteuse pour lui et pour ses camarades, s’entend) ;
- qu’on parlait encore beaucoup plus de “vedettes” que de “stars” ;
- que les rédacteurs de 1972 avaient été éduqués sans méthode globale et autres aberrations, et qu’à leur niveau supposé d’études, certaines fautes étonnent ( “ils n’ont pas résister au désir”, par exemple, les fautes grossières de participe, quasi inconnues auparavant y compris à l’examen d’entrée en 6e, étant à cette époque à peine en train d’apparaître dans les collèges).
Alors certes, il y a l’allusion à la Ronéo, mais c’est un peu court. Mon impression est celle d’un texte peut-être originellement rédigé vers 1972, mais ayant fait l’objet de réactualisation(s) ultérieure(s), par opposition à un texte “dans son jus” ; il n’était nullement dans mon intention de contester l’origine idéologique du texte ; il ne s’agissait que de “petits détails”, vous vous seriez moins emballé si vous m’aviez lu plus attentivement ;-)
@ Claude Guillon : Je ne demande qu’à vous croire(*), camarade, mais pouvez-vous nous en dire plus sur ce groupuscule, et surtout sur l’identité et plus encore le profil (âges, études, professions) des rédacteurs des opuscules dont les extraits ont été repris par Sorpasso ?
Et l’hypothèse d’un texte ayant évolué post-1972 vous paraît-elle absolument exclue ?
(*) votre profil inspire spontanément tant de confiance :-))