Nain et jardins
Le 11/10/08 à 19:36 par SK
Je découvre via l’excellent Ivane une chronique d’Onfray sur Jünger. Le sinistre hédoniste avoue s’être déniaisé sur le cas Jünger avec un bouquin de machin, un de ces innombrables cuistres anonymes qui font leur publicité sur les ragots de cuisine, ces écrivaillons ratés qui poursuivent de leur médiocrité haineuse tous ceux qui demeurent à une hauteur inaccessible à leur petite mécanique imbécile. Onfray se contentait jusqu’ici de lire les livres de Jünger. Grave erreur de lire les livres, et de s’en contenter pour se faire une opinion, en effet. Surtout si il les a mal lu. Car manifestement, Onfray n’a rien compris. Je passe sur la navrante évocation du passé “trouble” de Jünger ( et là, Onfray frissonne, on sent même un début d’érection chez le vigilant de gauche : Ah ! la moiteur des obscures forêt des bordures…), c’est le passage sur les Falaises de marbre qui révèle la profondeur insondable de sa bêtise et de son ignorance crasse : l’identification Grand Forestier / Hitler serait une imposture tardive pour s’amender, et l’identification la plus plausible serait en fait celle du Grand Forestier/ Staline. Lumineux : ce serait alors parfaitement conforme aux dogmes du régime nazi, et cela explique magnifiquement la protection dont a mystérieusement bénéficié l’auteur ( certainement une allusion aux liens étroits qu’entretenait Jünger avec les comploteurs de juillet 44). La preuve, la Meute des Falaises est rouge ! Pauvre Onfray…
D’abord, l’identification traditionnelle est plutôt Grand Forestier / Goering, pour une raison évidente : Goering était grand veneur du Reich (Reichsjaegermeister). Mais la figure du Gand Forestier ne s’incarne pas nécessairement en un être particulier, elle est la figure du tyran dont l’énergie sauvage et destructrice hypnotise les foules et fascine jusqu’aux antiques gardiens de la Tradition ; la fureur romantique, les ténèbres contre la lumière paisible du cloître aux herbiers. Mais bien sûr Onfray n’entend rien aux völkisch et aux racines secrètes des romantiques allemands.
Ensuite, si Jünger a bénéficié de la clémence du régime, c’est parce qu’il était difficile de se débarrasser sans bruit d’un récipiendaire de la médaille Pour le Mérite, la plus prestigieuse du Reich; de la même façon, les chiens enragés du régime ont renoncé à poursuivre le capitaine von Bismarck impliqué dans la conjuration de juillet 44 : il est des symboles intouchables sans que la crédibilité du régime vacille.
Enfin, si Les falaises de marbre a pu être publié sans que l’auteur soit inquiété, il n’a jamais fait œuvre de propagande, son édition n’a jamais été encouragée par le régime. Himmler et Goebbels tentèrent en vain de destituer Jünger de son statut militaire pour l’envoyer devant un tribunal civil ( aucun tribunal militaire n’aurait condamné Jünger), et ce peut-être grâce à la protection d’Hitler en personne. Après tout c’est grâce au soutien direct de Staline que Cholokov, l’auteur du Don paisible , échappa aux griffes du NKVD, qui ne fut pas dupe de la charge critique du livre envers le régime. La grande différence est que la distance aristocratique de Jünger l’aurait empêcher de devenir un auteur officiel comme Cholokov, un genre d’apparatchik nazi. Des subtilité qui échappent à l’esprit étroit d’Onfray formaté à l’anti-fascisme de salon.
Je me demande s’il fronce aussi les sourcils en écrivant ces âneries, par réflexe, comme il le fait sur les plateaux de télévision pour se donner l’air d’un homme sérieux. Je me demande…

« Les actes de banditisme que la Campagna connaissait déjà se renouvelaient alors, et les habitants étaient enlevés à la faveur de la nuit et du brouillard. Nul n’en revenait. Ce que nous entendions chuchoter de leur destin parmi le peuple faisait songer aux cadavres des lézards que nous trouvions écorchés sous les falaises, et nous remplissait le cœur d’affliction. »
Ernst Jünger
Sur les falaises de marbre
CQFD
Et puis aussi…
« Paris, 30 juillet 1944 Une ondée me fait passer quelques instants au musée Rodin, que d’habitude je n’aime guère. (…) Les archéologues d’âges futurs retrouveront peut-être ces statues juste sous la couche des tanks et des torpilles aériennes. On se demandera comment de tels objets peuvent être si rapprochés, et on échafaudera des hypothèses subtiles. »
Ernst Jünger
Journal de Guerre
« Je suis alors pris de dégoût à la vue des uniformes, des épaulettes, des décorations, des armes, choses dont j’ai tant aimé l’éclat. »
Ernst Jünger
Journal de Guerre
@ SK : Bon papier, utiles rappels.
@ Nebo : Merci à vous aussi.
“Goebbels lui-même était aussi un homme d’instinct, mais, si je puis dire, à un niveau inférieur. En 1945, donc juste avant l’effondrement complet du national-socialisme, comme je devais fêter mes cinquantes ans le 29 mars, il a interdit dans une de ses dernières allocutions à la presse de marquer mon anniversaire, et surtout de le mentionner dans les journaux. Apparemment il s’imaginait ainsi me nuire. S’il avait, comme on dit, fait tout un battage autour de moi, il m’aurait rendu un bien plus mauvais service. Mais les gens sont incapables de faire intervenir leur propre mort dans leurs calculs.”
Julien Hervier, Entretiens avec Ernst Jünger ; Arcades Gallimard, p. 89
Note et commentaires très intéressants, mais quand bien même Ernst Jünger eut été nazi je ne vois pas en quoi cela changerait quelque chose à son talent d’écrivain et à la vacuité d’Onfray et sa manie de souiller.
@ Pharamond
Je me faisais exactement la même réflexion que vous.
@ SK
Merci pour cet intéressant billet.
Les manies et automatismes d’Onfray sont effectivement agaçants, au moins autant que son côté trois livres par an et chouchou de certains medias. Le condamner en bloc me semble cependant un peu excessif. C’est un vrai philosophe, et ses cours sont pour l’essentiel très bien faits encore qu’orientés. Parler de Leucippe et de Démocrite, ça devient rare : il est bien plus facile, mieux vu par l’administration et les collègues, plus apprécié par des élèves sans grande culture de faire un cours vague sur Hannah Arendt ou Simone Weil. Au total ses élèves apprennent des choses, de la vraie philosophie, même choisie et somme toute assez partisane. C’est devenu assez rare pour le souligner.
@Nicolas: tout à fait d’accord avec vous ; son petit livre sur le cynisme était très intéressant et j’avoue que je serais sans doute passé à côté d’un courant philosophique très intéressant si je n’avais pas lu son opuscule. Ceci étant, Onfray a trouvé une formule magique bien utile qu’il ressert à l’envi : auto-flagellation induite par le platono-christianisme, pulsions morbides de pères jésuites, capitalisme destructeur… Plus gênant à mes yeux : le fait qu’il reprenne ses phobies dans tous ses livres qui ont suivi et qu’il nous resserve les mêmes idées depuis des lustres maintenant.
Oui, oui, je comprends tout cela ; après tout Onfray est sur la liste des écrivains du Recours aux forêts(http://www.lerecoursauxforets.org/) avec Thoreau, Hamsun et… Jünger. Je ne doute pas que certains, dont je me sens proche, peuvent y trouver matière. Cependant son aveu relève soit au mieux d’une naïveté qui confine à la niaiserie soit d’une extrême superficialité. Enfin tout ça , Stalker l’a déjà écrit mieux que moi.
Onfray a une conception un peu sectaire de la philosophie. Dans sa cité idéale, il n’y a ni Platon, ni Aristote, ni Plotin, ni saint Augustin, ni saint Thomas d’Aquin, etc, parce qu’ils ont eu le malheur de communier à l’« idéal ascétique » (selon son expression) et qu’ils n’ont pas chanté les joies de l’hédonisme. Je trouve cette démarche un peu curieuse. Se priver de tant de philosophes importants pour faire l’éloge de Cratès qui faisait l’amour en public, comme un chien. Pas très sensé comme choix. Au demeurant, ses premiers livres sont intéressants, du temps qu’il était inconnu. Il prêchait moins et avait plus d’humour.
Somme toute il est dans la logique philosophique qui remet en cause radicalement, depuis le milieu du 20e siècle, les produits de l’onto-théologie. De fait c’est une des voies, bien que paradoxale, si l’on veut continuer l’exigence d’une métaphysique, toute métaphysique onto-théologique apparaissant, précisément, comme exténuée et n’ayant plus rien de neuf ni de radical à nous dire, butant sur ses propres impuissances (car quoi qu’on en dise, cette onto-théologie là n’a pas résolu le problème de l’existence du mal, sinon par des théories qui demandant un apport extra-philosophique, scripturaire le plus souvent).
D’un point de vue historique, le christianisme doit tant aux stoïciens et ceux-ci tant aux cyniques, bien qu’ils l’aient peu reconnu, que la différence entre la grande tradition philosophique et la moins grande paraît bien une question de perspective, de parallaxe presque. Au reste il y a dans le cynisme une exigence de tromper les apparences et les convenances sociales, une pratique de mépriser les usages et de les frelater qui fraya la voie au christianisme au moins autant que le néo-platonisme. On l’a simplement moins dit, parce que la pénible morale sexuelle du christianisme trouva les cyniques bien encombrants, comme on ne rappelle pas que sans le « jour d’Épicure » l’usage du sabbat aurait paru tout à fait incongru et n’aurait pas été reçu, par exemple.
@ SK : Oh, il n’y a pas que les froncements de sourcils dans le registre des atouts de MO. Il y a sa voix, remarquable voix de conférencier, exceptionnelle voix de radio. Tout comme les propos d’un homme beau (beau sans androgynie, s’entend) paraissent plus crédibles (y compris auprès d’un public masculin), la crédibilité d’Onfray est renforcée par sa voix, sans laquelle je suis persuadé qu’il n’aurait pas atteint à la même notoriété dans le “grand” public. Et ne parlons même pas du public féminin en particulier.
Seuls les imbéciles sont dispensés du doute. (Ernst Jünger, Le Lance-pierres).
Jünger n’est pas moins nazi que n’importe quel officier de la Wehrmacht. Mais tous les officiers de la Wehrmacht ne furent pas des traîtres comme Jünger.
Après avoir financé Hitler, soutenu Hitler, rêvé d’une Allemagne capitaliste puissante, la bourgeoisie allemande démocrate-chrétienne a jugé qu’il était de son intérêt de se débarrasser d’Hitler, à partir de 1942 lorsque l’affaire a été pliée.
Si la bourgeoisie démocrate-chrétienne s’identifie volontiers à cette vieille baderne de Jünger ou aux étronimes sottises de Heidegger, c’est parce que ce sont des traîtres.
De même on peut penser que les démocrates-chrétiens gaullistes du “Figaro”, de “Valeurs actuelles”, du “Point”, de “Famille chrétienne” qui ont soutenu Sarkozy, seront les premiers à trahir Sarkozy. Sébastien Lapaque, Franz-Olivier Giesbert ont déjà commencé, et ce n’est que le début.
Ne parlez d’Onfray à Nabe, il enrage.
Extrait de “Sauver Siné” :
“ONFRAY ENFOIRE !”", voilà un bon slogan soixante-huitard. Bob s’est laissé abuser par ce prof hédoniste (mon cul ! ) qii décrète, entre deux cours de philo à la mode de Caen où il est incapable de sortir ses tripes, qu’il représente la vraie “gauche de gauche”, monsieur, qu’il est pour “la vraie liberté de la presse” et qu’il déteste toutes les religions… C’est tout ? On gagne l’estime de Siné à peu de prix en ce moment. Moi, ça me fait mal de voir qu’un géant comme Siné accepte de travailler sous l’oeil sournois derrière de petites lunettes post-beigbederiennes à la con d’un flic chevelu qui, parce qu’il a mis des billes dedans déclare qu’il sera “attentif au contenu de chaque numéro “! Pire, qu’il dit carrément : “Je suis sioniste”"! Et qui est connu pour détester le marquis de Sade ! Siné, Bob Siné, lance donc un journal avec à sa tête un sioniste coincé du cul, lui qui vomit Israël et dont le marquis est le dieu ?
Voilà où ça mène, l’athéisme militant…”
On a les amitiés qu’on peut. Il me fait toujours rire Marc-Edouard.
Désolé pour “Ne parlez pas” et “qui”. Pas très réveillé ce matin.
Et vous avez laissé passé le traditionnel : “il s’était, semble-t-il, discrètement converti au catholicisme à la fin de son existence : il avait tant à se faire pardonner qu’il est probablement au paradis avec ses compagnons nazis, dont ceux que le Vatican aida par sa filière à échapper à la justice des hommes.”
Ah bah oui, voilà. Encore un qui a du penser que “Amen” était un docu historique.
Je ne connais pas le travail “philosophique” de M. Onfray, mais son approche partisane et monolithique des faits de l’Histoire me le montre sous le jour d’un jean-foutre.
… et bravo à SK et pour le billet, et pour le titre !
Il est vraiment dommage que l’on ne puisse discuter de ces questions de façon tout à la fois apaisée et documentée. Par exemple, sur l’axiome ” de l’antislavisme hitlérien”, je reste toujours confondu de cette proposition, quand on la place en perspective avec le nombre apparent conséquent de ressortissants de peuples de l’URSS, engagés volontaires dans la Wehrmacht!
http://cgi.ebay.de/Freiwilliger-WH-Soldat-Kosake-mit-Wolchowstock-im-2-WK_W0QQitemZ290264669234QQihZ019QQcategoryZ15504QQssPageNameZWDVWQQrdZ1QQcmdZViewItem
Je réfléchissais sur l’extrait cité par Vae Victis. Sans avoir, évidemment, la moindre empathie pour la trajectoire de Goebbels, et si l’attitude de ce-dernier n’était pas une marque, peut-être paradoxale, de rectitude (1), alors que le calcul, besogneux, des intérêts serait du côté de Jünger? En effet, Goebbels aurait très bien pu se dire “c’est plié pour nous, on va emmerder un peu le Jünger, car lui échappera à notre fin, mais ce ne serait pas très classe” et Jünger “ouuuuups, la grosse honte, pour après, si le braillard me cite dans son canard.”
(1) on parle là évidemment d’élégance formelle du comportement, pas de morale.
En passant, une photo pour Lapinos ;-)
http://cgi.ebay.de/Foto-2-Freiwillige-WH-Soldaten-Kosaken-im-2-WK_W0QQitemZ300263118862QQihZ020QQcategoryZ15504QQssPageNameZWDVWQQrdZ1QQcmdZViewItem
Les opinions sur la race d’oncle Adolf étaient à ce point bornées qu’il fallut des trésors de patience aux plus zélés recruteurs de la Wehrmacht pour obtenir l’intégration de troupes indigènes…. Et encore ! Il faut voir comment elles furent considérées, équipées et employées… J’ajouterai qu’on a pu distinguer des différences de traitement sensibles entre recrutés labellisés “slaves pur jus” (exemple, les Russes de la ROA) et d’autres (comme les Géorgiens de la légion “Frei Gerorgien”, autre exemple).
Et une autre pour Denis ;-))))))
http://i37.tinypic.com/2q9jhpf.jpg
“…encore ! Il faut voir comment elles furent considérées, équipées et employées…”
En tout cas, ils recevaient au moins des bottes (ici, des turkmènes) ;-)))
http://i35.tinypic.com/2repjdt.jpg
P.S. Si l’antisémitisme hitlérien n’est rationnellement pas niable, la question du “racisme nazi” serait un sujet historique intéressant à discuter, de l’hypothèse suprémaciste à la théorie différentialiste.
En tout cas, le cosaque n’était pas exclu de la propagande de guerre allemande et toujours présenté sous un jour largement favorable:
http://i37.tinypic.com/15cg6bm.jpg
En googlant sur le sujet, je suis tombé par hasard sur ce fil avec une belle iconographie:
http://www.center-rne.org/forums/showthread.php?p=7259
Merci, Un Ours, pour ce fil passionnant (http://www.center-rne.org/forums/showthread.php?p=7259) : on voit là des unités supplétives de la ROA, mais aussi (me semble-t-il) des Turkmen et des Cosaques (du Don ?).
Si vous ou d’autres ici pouvaient encore mieux les identifier. Hélas, je ne lis pas le cyrillique…
Oui, Kalle, il y a effectivement des cosaques du Don, commandés notamment par ces deux officiers (dont les noms m’échappent à présent) (1) de vieille noblesse teutonique (il y a eu longtemps interpénétration des mondes russes et allemands, Moscou étant par exemple entourée de citadelles teutoniques dont les restes des fondations sont toujours visibles aujourd’hui).
(1) le moustachu à casquette s’appelle Erich von quelque chose et le grand au cigare von Drona, un truc dans le style.
Le gars qui tient le cheval, c’est Helmuth von Pannwitz:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Pannwitz
@ ObservateursDuDéliros(TM) : Trois affirmations, trois délires.
“Jünger n’est pas moins nazi que n’importe quel officier de la Wehrmacht. Mais tous les officiers de la Wehrmacht ne furent pas des traîtres comme Jünger.” …
… Sauf que la Wehrmacht n’était pas une organisation nazie (par opposition à la SS, entre autres) mais tout simplement l’armée allemande. Si on ne savait déjà que le Déliros(TM) raconte n’importe quoi, on serait stupéfait que quelqu’un se revendiquant catholique (il ne l’est pas, évidemment, n’étant pas chrétien) ne comprenne pas que vouloir se débarrasser du tyran aux résultats catastrophiques et aux crimes innombrables, c’est l’inverse absolu de la trahison. La lecture de la proclamation prévue par les comploteurs, est à cet égard édifiante : un texte irrigué par le patriotisme le plus authentique, et inspiré par la foi chrétienne la plus évidente (évidente pour un Chrétien, s’entend). Un texte à mettre en rapport avec le testament de Louis XIV, de par l’élévation morale et spirituelle qui est la sienne.
“Après avoir financé Hitler, soutenu Hitler, rêvé d’une Allemagne capitaliste puissante, la bourgeoisie allemande démocrate-chrétienne a jugé qu’il était de son intérêt de se débarrasser d’Hitler, à partir de 1942 lorsque l’affaire a été pliée.” …
… Le délire est ici double.
D’une part la bourgeoisie, lorsqu’elle a aidé Hitler (or on sait aujourd’hui que par-delà les clichés marxistes destinés à stimuler la haine de classe, clichés perpétués par la chimiquement pure merde Annie Lacroix-Riz, la bourgeoisie n’a pas plus financé Hitler qu’elle n’a financé d’autres partis), n’avait pas de “rêve” en tête, mais simplement le souci habituel (et rationnel, et légitime) de garantir ses connexions avec tout parti non explicitement communiste, doublé, compte tenu des circonstances, du désir d’extraire le NSDAP de ses origines populistes / socialistes (la tension entre le pôle “idéologique” et le pôle “pragmatique” en termes de politique économique, a d’ailleurs perduré jusqu’à la fin du régime nazi).
D’autre part, on ne saurait mieux démontrer l’inanité de la vision réductrice des classes sociales, que ne le fait (involontairement) le Déliros(TM). En effet, c’était l’intérêt de tout le peuple allemand, que Hitler soit éliminé. Bravo et merci rétrospectifs, donc, au nom de la dignité de l’Allemagne, à cette “bourgeoisie” ayant comploté contre Hitler (en réalité, ce serait plutôt une certaine aristocratie terrienne et militaire, qui était surreprésentée dans le complot, mais passons, de tels détails échappent par définition au Déliros(TM)).
“la bourgeoisie démocrate-chrétienne s’identifie volontiers à cette vieille baderne de Jünger” …
… Ici, c’est une variété de délire plutôt plaisante, de celle qui détend par la vertu d’un grand éclat de rire, après l’accumulation, pathologique il faut bien le dire, des délires précédents. Jünger sent le soufre, et la bourgeoisie n’aime pas ce qui sent le soufre. L’idée que Jünger soit l’objet d’une “identification” de la part des démocrates-chrétiens (espèce dont il faudrait d’ailleurs démontrer qu’elle existe encore, mais passons), cette idée est… grotesque.
Citons Nabe (merci, Ns), quatre mots, pas plus.
“Un géant comme Siné”.
Voilà, tout est dit : c’est là l’aboutissement logique de la l’obsession “antisioniste”.
Toujours en googlant, des extraits intéressants ici:
http://geographie.blog.lemonde.fr/2007/03/21/clvi-vlassov-a-choisi-la-potence-notes-de-lecture/
@ UnOurs : Merci, je viens grâce à vous de découvrir l’existence du Wolchowstock.
“Wolchow, or walking stick, is a biggie in German culture, especially if one custom carved his own Wolchowstock. For reasons no one is sure of why Wolchowstocks became extremely popular among German troops fighting on the Eastern Front, but rarely seen on the Western Front. Panzer crews evolved the Wolchowstock into a front line art form. In some cases whole crews would work together on elaborate Panzerwolchowstocks, carving out not only fine scale models of their tanks to top the stick, but listing the names of crew members, operations and awards along the stock.”
Quelqu’un saurait d’où vient le nom ?
@Denis: cela vient probablement des batailles dans la région boisée de Wolchow:
http://www.wehrmacht-awards.com/forums/showthread.php?t=266961
@ UnOurs : Vous aurez remarqué le char “Reno” dans votre iconographie :-)
Sinon, merci aussi pour le lien Wiki, dont j’extrais ceci pour l’édification du fan club de qui vous savez : “Jugé en 1946 pour crimes de guerre, il sera pendu en janvier 1947, à Moscou avec plusieurs autres chefs cosaques comme l’Ataman P. Krasnov et A.G. Shkouro. Réhabilité sous Eltsine, cette mesure a été annulée sous Poutine.”
@ Kalle : “Hélas, je ne lis pas le cyrillique…”
Comment ça ? Votre Macintosh magique ne peut convertir les caractères pour vous ? Je n’en reviens pas…
“…ce serait plutôt une certaine aristocratie terrienne et militaire, qui était surreprésentée dans le complot…”
Très bien illustrée par Armin Mueller-Stahl dans “Le roi des Aulnes”, notamment quand il s’en prend à “l’araignée qui tourne à l’envers.”
Ataman Krasnov dont la réhabilitation est actuellement examinée par les cosaques du Don. Précision ilysienne, son petit-neveu fut général sous Pinochet ;-)))
http://fr.rian.ru/society/20080121/97418043.html
“….dont j’extrais ceci pour l’édification du fan club de qui vous savez …”
Ces affaires sont complexes, l’idée même d’arriver à un jugement historique arrêté sur cette période me paraît présomptueux, même inutile. Ne parlons même pas de l’inanité effective d’un jugement moral. Guerre, chaos, pas grand chose à comprendre.
Le truc est parfaitement résumé avec le commentaire écrit par un soldat allemand sur cette photo:
http://i33.tinypic.com/11hxvsm.jpg
@ UnOurs : Pour les déficients linguistiques : “Tchetniks serbes. Partie avec nous, partie contre nous.”
Loin de moi l’idée de porter un jugement moral sur les engagements des populations de l’Empire russe, surtout compte tenu des idéologies en présence.
En revanche, je porte un très clair jugement moral comparé sur Eltsine qui voulait réconcilier les mémoires de son peuple (le retour des dépouilles impériales, c’était lui aussi), par opposition à qui-vous-savez, ce dernier étant aujourd’hui idolâtré dans “nos milieux” comme étant le grand-patriote-ayant-succédé-à-l’horrible-libéral-vendu-aux-cosmopolites.
@ DenisL : “la tension entre le pôle “idéologique” et le pôle “pragmatique” en termes de politique économique, a d’ailleurs perduré jusqu’à la fin du régime nazi” – Même s’il est probable que vous perdiez votre temps à vouloir injecter une cervelle dans le crâne évidé du Lapin Percé, recommandez-lui, sur ce point, la lecture des mémoires de Speer qui font apparaître ces conflits de manière explicite.
… J’imagine que votre PC entend sûrement le Wolof ;-)
@ UnOurs : lire le dernier numéro de la NRH sur l’interpénétration des cultures allemande et russe, essentiellement au plan militaire.
@ Kalle : Mon PC peut TOUT, compris ?
Sinon, attention à la NRH (oui, j’ai lu aussi ce dernier numéro), dont une partie de l’équipe est germanophile, une partie russophile, une partie A LA FOIS germanophile et russophile (il y a peut-être des individus qui ne sont ni l’un ni l’autre mais il doit falloir bien les chercher). Ceci pour dire que de puissants fantasmes risquent d’être à l’oeuvre dans cette affaire… :-)
Enfin, de façon plus scientifique que les mémoires de Speer, on peut citer une analyse exhaustive de la productivité de la machine industrielle allemande, productivité merveilleusement corrélée au degré de libéralisme (vs socialisme) de la politique nazie. Je n’en ai pas les coordonnées là, sous le coude. Je me souviens toutefois de la vague de haine que cette étude (définitive, je le répète) a suscité chez de nombreux universitaires gauchistes. De haine, mais non de réfutations…
@deni l. :”une analyse exhaustive de la productivité de la machine industrielle allemande, productivité merveilleusement corrélée au degré de libéralisme (vs socialisme) de la politique nazie.”
c’est à dire ?
Il faudrait que je retrouve les coordonnées de l’étude (universitaire, et tout et tout). En substance, ces travaux établissaient une corrélation fascinante (avec un “n”) entre le niveau de la production industrielle du IIIe Reich, et les variations réglementaires (le degré de liberté accordé aux producteurs, en d’autres termes).
- En Allemagne dans les années trente comme aux Etats-Unis aujourd’hui, aucun succès politique n’était permis sans le soutien des capitaux de l’industrie. Les groupes prétrochimiques, l’aciérie, etc., bref toute l’industrie allemande a vu d’un très bon oeil le programme de réarmement d’Adolf Hitler.
- On peut faire un distinguo subtil entre les nazis et le reste des Allemands, mais en réalité l’Allemagne démocrate-chrétienne a dans sa grande majorité soutenu Hitler. D’ailleurs le nazisme n’est pas une doctrine beaucoup plus précise que le libéralisme. Des milliers de Juifs aryanisés ont pu intégrer l’armée allemande à leur demande ce qui prouve que la doctrine raciste nazie n’était pas aussi chimiquement pure que les documentaires d’Arte tendent à le démontrer. Sans compter les Turcs, qui sont des aryens il est vrai, et les Arabes.
- Comme par hasard les bourgeois allemands se sont “réveillés” quand il a été clair qu’Hitler avait perdu la partie. Il est quand même assez curieux qu’on pardonne à de vieux raseurs des casernes comme Jünger ou Heidegger (ce dernier a même été membre du parti) ce qu’on juge intolérable de la part de Céline ou de Le Pen. Quel sens ont les procès de Goering et de Pétain si on ne juge pas aussi la société civile qui les a soutenu.
Personnellement j’interprète la repentance publique de Jacques Chirac comme une façon de faire oublier l’amitié entre sa famille et les avionneurs français, les Potez et Dassault, qui n’ont guère hésité à mettre leurs machines-outils au service de l’Allemagne.
- Des tas d’officiers allemands avaient des divergences de vues avec Hitler, ce fut le cas de Rommel notamment, mais tous ne se sont pas comportés en traîtres comme Heidegger et Jünger.
De même je préfère Sarkozy aux démocrates-chrétiens qui ont appelé à voter pour lui et qui seront les premiers, j’en prends le pari (c’est déjà le cas de F.O. Giesbert et de Lapaque), à le trahir.
@ ObservateursDuDéliros(TM) : Notre visiteur, de plus en plus las de son blogue déserté, se lâche et on n’est pas déçus :
“En Allemagne dans les années trente comme aux Etats-Unis aujourd’hui, aucun succès politique n’était permis sans le soutien des capitaux de l’industrie.” … On se demande comment GWB a pu être élu et réélu, les principaux leaders des principaux secteurs industriels soutenant plutôt ses concurrents démocrates successifs. Il est vrai qu’on dit les USA désindustrialisés (tu parles…), ce qui rend l’affirmation du Déliros(TM) encore plus aberrante.
“Des milliers de Juifs aryanisés ont pu intégrer l’armée allemande à leur demande” … On aimerait quelques sources à ce sujet, je sens qu’on va rire (sauf qu’on ne verra rien venir, comme d’hab’). La réalité, c’est que des milliers, ou plus probablement des dizaines de milliers de demi-Juifs ou quarts-de-Juifs n’ont nullement perdu la citoyenneté allemande, et ont été appelés sous les drapeaux par la Wehrmacht (ou la Kriegsmarine, ou la Luftwaffe, etc) – mais évidemment pas dans la S.S. (ou l’on était EN GENERAL volontaire, et où, surtout, régnaient des critères ethniques très stricts, du moins pour les troupes rassemblant des Germains).
“la doctrine raciste nazie n’était pas aussi chimiquement pure que les documentaires d’Arte tendent à le démontrer” … Sauf qu’Arte a bel et bien diffusé des documentaires mentionnant, voire traitant de ces situations limite et, on l’aura compris, “particulièrement douloureuses” :-)
“les Turcs, qui sont des aryens il est vrai” … De plus en plus fort, le Déliros(TM).
“On pardonne à de vieux raseurs des casernes comme Jünger ou Heidegger (ce dernier a même été membre du parti) ce qu’on juge intolérable de la part de Céline ou de Le Pen” … Amusant. Moi je croyais naïvement que Céline s’était livré à des diatribes antisémites d’une rare violence, et que Le Pen s’était livré à des provocations sur l’aspect “détail” de la Shoah, ou plus récemment sur l’inocuité de l’occupation allemande. Que ces condamnations se soient faites au nom de textes évidemment iniques est une chose, qu’elles soient logiques en est une autre. Et surtout, on aura du mal à trouver des équivalents de ces diatribes & provocations, dans les oeuvres de Heidegger (qui plane à un autre niveau) et surtout Jünger, qui fut critique du régime national-socialiste.
“les avionneurs français, les Potez et Dassault, qui n’ont guère hésité à mettre leurs machines-outils au service de l’Allemagne.” … L’habituel n’importe quoi se teinte ici d’odieux. Potez comme Dassault ont vu leurs usines nationalisées sous le Front Populaire, Marcel Dassault (Bloch, alors) créera immédiatement une nouvelle entreprise, et son refus de collaborer avec l’occupant lui vaudra arrestation en 1940, internement (avec sa famille) à Drancy, puis déportation à Buchenwald.
“j’interprète la repentance publique de Jacques Chirac comme une façon de faire oublier l’amitié entre sa famille et les avionneurs français” … Le Déliros(TM) aura bien été le seul à interpréter ainsi cette saloperie. Pas de chance, pour une fois qu’il était vraiment original, il a fallu qu’il mette à côté de la plaque. “Caramba ! Y’ai encore raté…” (sous-commandant Deliros)