Avoir un bon copain
Le 21/09/08 à 10:51 par XP
Vendredi en huit, au supermarché, j’ai croisé mon copain X.
Parce que nous sommes fâchés à mort pour une histoire d’argent, on s’est frôlé de l’épaule sans que ni lui ni moi ne bougent un sourcil.
Cependant, j’ai pu regarder de loin ses trois enfants. Le dernier est un blondinet joufflu comme toutes les mères de la planète rêvent d’en avoir un…Même les négresses, les talibanes et les chinoises seraient prêtes à mourir en couche en échange du garçon aux yeux bleux qui leur survivrait, et toutes celles qui vous diront le contraire sont des farceuses.
Les deux aînées sont belles à mourir. Il suffit de les parcourir une fois de la tête aux pieds pour entrevoir les ravages qu’elles sèmeront bientôt dans les cœurs et deviner les poèmes que leurs quatrièmes maris leur enverront, à quatre-vingt ans passé. Nous allons tous vivre de plus en plus vieux, pour le coup multiplier les chagrins d’amour et les envies de nous foutre en l’air, et nous allons devoir nous y faire.
Même à distance et à l’échappé, je fus heureux de contempler quelques instants ces trois magnifiques marmots. Je concède tous les défauts de la terre, j’avoue bien volontiers que je suis rancunier, pingre et rongé par la haine, mais j’affirme que personne ne m’a jamais pris en flagrant délit de jalousie. Le triomphe de celui d’en face me réjouit toujours, et son savoir faire me fait immanquablement la journée. Je suis le genre de type capable de vouer un infini respect au plombier qui lui répare son lavabo d’une traite ou à l’avocat qui plaide son divorce et décroche une pension alimentaire alors que c’était lui, le volage et le traître.
A vrai dire, j’ai plutôt le défaut inverse, et je pêche souvent par un manque total de compassion pour les moches, les sans talents, les sans charmes et les bons à rien, car je n’arrive pas à me départir de l’idée qu’ils sont punis. Je suis sans doute un protestant rentré, mais figurez-vous que j’ai frayé pendant quelque temps avec un type qui ressemblait à un crapaud, pondait trois fautes et trois poncifs par phrases et bavait en parlant, et sitôt que je lui serrais la main, l’idée me venait que c’était un salaud, un tas de merde qui expiait par ses disgrâces une offense qu’il avait faite à Dieu.
Que voulez-vous, j’ai la foi, et je sais que si notre Père dirige les meilleurs de ses enfants vers ses sentiers les plus difficiles, il n’envoie pas ses soldats au front sans rien dans les poches ou sur la gueule.
Au passage, c’est bien cela qu’avait compris Luchino Visconti, lui qui a confié les premiers rôles de ses plus grands films à l’immense Alain Delon. La sensibilité d’artiste et de chrétien du cinéaste était sans doute telle qu’il a compris dès les premières prises qu’il avait affaire à un protégé. Car enfin, lorsque un enfant pousse dans la cour de Fleury Mérogis parce que sa mère en est la gardienne, que ce sont les plus grands voyous des années quarante qui lui apprennent à faire du vélo, que le petit à toujours des larmes au bord des yeux mais que son visage était de toute évidence fait pour servir de modèle aux artistes qui peignaient le plafond de la chapelle Sixtine, il faut être aveugle pour ne pas voir que le très puissant à passé un deal avec le gamin.
Quand je ne connais pas bien les gens et que je dois savoir ce qu’ils ont dans la tête, je fais lentement glisser la conversation sur Alain Delon, et s’ils me sortent les poncifs habituels qui le décrivent comme un prétentieux, je sais qu’il me faut les placer dans mon enfer.
Mesdames et messieurs, figurez-vous qu’Alain Delon est un type qui fait garder sa propriété du Loiret par des bodygards en treillis pour le cas où il faudrait casser les jambes à paparazzi ou mamarazzi, mais qui peut se faire le copain d’un moineau tombé du nid. Car en effet, sa fille a raconté qu’il en avait sauvé un, que durant la convalescence de la bête, celle-ci le suivait de pièce en pièce, qu’il l’a relâchée, mais qu’elle est revenue sur son épaule…
Devant Dieu, cette tranche de vie pèsera plus lourd que les cautions de moralités apportées par les enculés du Show-business n’est-ce pas? D’ailleurs, même sans le soutien des petites salopes mâles ou femelles qui font l’opinion publique, un joueur de première division du championnat brésilien s’est appelé Alain Delon Junior, il y a quelques années, alors qu’en dépit d’un monstrueux battage médiatique, Christian Clavier ne fait rien à l’international.
Donc, mon copain a de très beaux enfants.
X, je l’ai connu quand on avait quinze ans, qu’il volait des scooters, et que dans la rue, il prenait ma défense.
Plus tard, il est allé en prison, et c’est moi qui conduisait sa mère et sa grand-mère au parloir. La première était alors à la colle avec un voyou qui menaçait de lui tirer une balle dans la tête si elle partait, et qui l’a vraiment fait.
A l’enterrement, les gardiens ont fait fit du règlement et lui ont enlevé ses menottes pour qu’il puisse faire un signe de croix devant le trou…. C’est incroyable, le spectale qu’a donné X quand il s’est avancé devant la tombe de sa mère et qu’après, il a tendu ses poigets aux flics en leur disant merci messieurs.
Ensuite, j’ai continué à lui parler, je suis ami avec les types qui étaient dans sa cellule, et je vous prie de croire qu’il s’agit d’amitiés bien plus belles que celles dont on se targue lorsque dans la vie, on n’a pas croisé des voyous.
Dans la bande, il y a même un type d’un mètre soixante et de cinquante-huit kilos qui a fait douze ans de placard parce qu’un jour, il a croisé des prétentieux qui ne savait pas qu’on ne joue pas toujours impunément avec l’honneur d’un homme.
Il va falloir que j’arrête d’envoyer chier la terre entière, que je me couvre la tête de cendre et que je rappelle X.
C’est ça que je dois faire, la semaine prochaine.

“Il va falloir que j’arrête d’envoyer chier la terre entière”
Surtout pas! Keep on spitting! Vous êtes fait pour ça! Mais appelez X tout de même! ;)
Très bon texte, m’est avis.
Je vous aurais répondu que Le Guépard est l’un de mes films préférés. Mais que je suis plus sensible à la beauté de Claudia Cardinale.
Continuez à envoyer chier la terre entière, XP.. et prénez internet par le cable pour nous narrer la suite de vos péripéties, comment vous avez échappé aux gangster lâchés par X à vos trousses.. :)
Au passage, je me suis aperçu que vous m’aviez lié sur votre blog, je vous en remercie, et vous retourne le lien dès la prochaine mise à jour où je me gargariserai d’avoir dépassé les 30 000 visiteurs en trois ans, lorsque ILYS les dépasse en un mois.
prenez internet par satellite, pardon, lapsus claviari
Vous avez bien raison. Les moches, les handicapés et les petits cancereux de 12 ans n’ont que ce qu’ils méritent. Ahah.
@ Oliver : Les moches ont au moins le mérite de servir, par contraste, de faire-valoir aux gens comme moi (à supposer qu’ils en aient besoin). En revanche, les handicapés et les petits cancéreux de 12 ans, non, là, je ne vois pas bien les circonstances atténuantes… pourtant je cherche, hein, car je suis charitable.
@ Simon : Promotion du câble, promotion du satellite… bref, promotion des deux seules technologies d’accès haut débit, dont l’offre fait l’objet d’un monopole (sauf erreur). Venant de vous, ça troue.
@ XP : Très bien comme d’hab’, mais par pitié lâchez donc la grappe à Calvin et à sa doctrine de la double prédestination, ce n’est pas du tout, mais alors pas du tout ce que vous avez l’air de penser.
Sinon, sur Delon, j’ai un petit doute sur l’identité de la prison où travaillait le “père” de sa famille d’accueil, FM me semblant un peu récente. N’était-ce pas plutôt Fresnes ? Au demeurant, vous semblez présenter les pensionnaires d’une prison française en 1943/44 comme de sympathiques truands. Permettez-moi de vous rappeler que les truands les plus sympathiques avaient alors été saisis d’une vocation pour l’étude de la langue allemande, ce qui leur avait valu une migration massive vers les beaux quartiers – rue Lauriston, dans le XVIe, en particulier, une école de langues réputée où les Allemands, il est vrai, mettaient le paquet sur l’expression orale, la devise de cette sorte de (von) Berlitz est d’ailleurs restée : “Nous avons les moyens de vous faire parler”. Les prisons étaient horriblement mal famées en 43/44, surtout en 43, 44 voyant une subite amélioration de la fréquentation (industriels, écrivains, journalistes, poètes, acteurs, etc) au troisième trimestre.
Et j’ai un gros doute sur les motivations de Visconti – à propos, où avez-vous donc trouvé cette idée qu’il était chrétien ? Rossellini bien entendu, à la rigueur en un sens Pasolini, mais Visconti, vraiment ? – faisant tourner Delon dans Rocco puis le Guépard… Je suis peut-être trivial, mais je crois que les raisons de sa fascination étaient du même ordre que celles de Jean-Claude Brialy repérant Delon dans le Saint-Germain-des-Prés et l’invitant au Festival de Cannes. Si vous voyez ce que je veux dire.
Mais ce ne sont là que broutilles, simples corrections potentielles avant envoi à l’éditeur.
@ Denis : accessoirement, les deux qui n’emploient pas les réseaux de France Telecom..
Et je ne suis pas certain du tout du monopole.. local pour le cable c’est évident, naturellement, mais il se trouve en concurrence avec les FAI conventionnels… pas vraiment un monopole, donc..
@ Simon : J’avais il y a un an ou deux tenté de convaincre un client vivant dans un trou perdu, de passer au haut débit donc nécessairement au satellite, et en ai gardé le souvenir qu’il n’y avait qu’une offre disponible (ce qui ressemble furieusement à un monopole) – mais j’avais peut-être mal cherché.
Il faut se facher pour les histoires d’argent quand on execute un boulot et que les gens vous plantent.
Ca c’est grave.
Sinon, le reste, genre, preter de l’oseille a un ami qui flambe tout au bordel et oublie de rembourser, c’est moins grave…
Oui, c’est ce qu’on dit quand le tenancier du boxon est le cousin Ange…
“Il faut se facher pour les histoires d’argent quand on execute un boulot et que les gens vous plantent.
Ca c’est grave.”
En effet. Mait tout aussi grave, c’est l’ami qui frappe à votre porte pour aller au bordel, mais qui non content d’oublier de vous rempourser (ce qui n’est pas grave, en effet), nie vous avoir demandé quoi que çe soit.
@ XP : Certes. Mais envisagez l’hypothèse que la maladie d’Alzheimer soit d’origine vénérienne, et alors tout s’explique.
Envisagez l’hypothèse que la maladie d’Alzheimer soit d’origine vénérienne, ça ressemble à une thèse (que dis-je, un jugement définitif) à la Lapinos.
Surtout s’il est précisé que cet engrenage à été constaté particulièrement chez les sociaux-démocrates Nazis qui lisent Heidegger:)
#Oui, c’est ce qu’on dit quand le tenancier du boxon est le cousin Ange…#
je savais que vous alliez me parler d’ Ange :-)
#En effet. Mait tout aussi grave, c’est l’ami qui frappe à votre porte pour aller au bordel, mais qui non content d’oublier de vous rempourser (ce qui n’est pas grave, en effet), nie vous avoir demandé quoi que çe soit.#
Les amis amnesiques sont pratiques dans certains cas, dans le cas present il ment, ca c’est grave.
Bon, il faut avouer qu’une grande caracteristique du milieu est de mentir souvent.
Voila, je l’ai dit:#il faut avouer#
Les vaincus deviennent amnesiques, revisionnistes, negationnistes, parfois.
Les vainqueurs recrivent l’histoire chaque fois.
Dans un cas comme dans l’autre la mauvaise foi en partage.
@ sanpiero :
” je savais que vous alliez me parler d’ Ange :-) ” … dites tout de suite que je suis prévisible :-(
“Dans un cas comme dans l’autre la mauvaise foi en partage.” … Diable ! Un misanthrope désabusé sur Ilys. Je n’ose y croire.
PSS Heu, ils en disent un peu trop dans cet article. A garder pour les références (et le site) et a lire après.
Pardon, ne pas tenir compte. Erreur de fil (l’abus d’ilys -et de Denis I! gniark, gniark- est dangereux pour votre santé ).
Hé bé… si en plus du Deliros et du Paranours on doit subir un Restif torché à la Vodka à même pas 18 heures…
“Dans un cas comme dans l’autre la mauvaise foi en partage.” … Diable ! Un misanthrope désabusé sur Ilys. Je n’ose y croire.
O non, je m’en fout tout simplement!