Un ami qui s’en va
Le 04/09/08 à 10:10 par XP
Comme on se remet de tout, je m’en remettrais donc un jour, mais pour l’heure, je suis inconsolable.
Cet ami qui a fini par claquer ma porte et ne reviendra plus, c’était le plus bel abruti qu’il m’ait été donné de croiser dans une vie déjà longue et pourtant riche en rencontres parfaitement inutiles.
Dans ses grands jours, celui-ci atteignait de tels sommets que pour satisfaire une âme d’entomologiste, j’avais décidé de l’étudier à la loupe et faire naître une amitié que j’ai longtemps cultivé sous cloche.
Ces gens-là ont bien plus de choses à vous apprendre que les grands esprits, si vous savez les observer, les retourner délicatement avec le doigt, les mettre sur le dos pour qu’ils agitent leurs huit petites pattes, leur arracher une aile afin qu’ils s’envolent comme de gros patauds, ou décrypter leurs structures mentales quand ils refusent de donner leurs téléphone à leurs mères au prétexte qu’ils sont sur liste rouge.
Le mien était non seulement propice à l’enrichissement intellectuel en creux par l’indigence de ses dégagements philosophiques et sa conception de l‘histoire, mais cet athlète complet de la crétinerie savait en sus amuser une salle et distraire un public populaire. Songez par exemple qu’un soir tard, alors que nous ne retrouvions plus notre auto dans une ville inconnue et que nous n’avions pas songé à noter le nom de la rue, lui la cherchait sur un plan. A force de la raconter, celle-là, je vais la retrouver dans un blockboster, une bonne grosse comédie à la française qui fera de la tune à la pelle, et moi, je ne toucherais pas un centime. Comme d’habitude.
Un autre jour, alors qu’il était chargé de superviser l’organisation d’un grand déjeuner sur l’herbe et que l’on avait décidé de nous procurer de la glace pour garder le pastis au frais, nous avons appris que la vieille maison où nous devions nous retrouver était miraculeusement équipée d’un immense réfrigérateur américain. Lorsqu‘on lui a expliqué que la glace était donc inutile, il s‘est fâché tout rouge…. C’est toujours utile, de la glace, répétait-il en agitant son doigt comme un professeur de latin old school à noeud papillon, et la cantonade de rire comme il est hélas trop peu donné de le faire, dans ce monde de brutes.
Dans le chagrin et la peine, il me trouvait toujours à ses côtés. Quand le spleen le gagnait, je l’invitais aussitôt chez moi, j’attendais qu’il soit debout sous la poutre apparente du salon, je lui disais de s’accrocher, et il s’accrochait à elle comme la guenon de Daktari, quand on était petit, en me demandant ce qu’il devait faire après.
Il était rigolo, mon copain.
Vous allez penser peut-être que tout cela est parfaitement cynique, et vous aurez tort. Je suis un Catholique, un chrétien animé par une foi aussi raisonnée que sincère, j’ai médité sur la tâche originelle et ses camouflages les plus subtiles, et de fait, j’ai compris de la bêtise qu’elle est la seule forme d’oppression qu’il faille combattre jusqu’au dernier souffle. Les salauds ne font pas de mal à grand monde, en vérité. Ce sont les abrutis, qui se transforment en tornade pour dévaster les villes, et quand ils ont fait de votre maison un tas de pierre au milieu de laquelle subsistent miraculeusement le coffre-fort et votre grand-mère assise sur son fauteuil, c’est alors seulement qu’ils déboulent pour faire les dents en or de la vieille et main basse sur votre pognon.
Ce cher crétin dont je m’étais fait un camarade, c’était un fauve que j’avais mis derrière une grille; je m’amusais à l’exciter avec mon bâton de moqueur, je lui faisais comprendre par des touches subliminales qu’il ne me déchirerait pas avec ses crocs immenses d’abrutis et que nulle part il est écrit que la bêtise doit gagner toujours.
Vous me rétorquerez sans doute qu’au moins, les intentions des idiots ne sont pas mauvaises, mais je crains fort que là encore, vous soyez dans le faux.
Un imbécile, ce n’est jamais qu’un homme dissuadé par l’égoïsme, la paresse et la suffisance de lever les yeux au ciel et donner un peu de sa peine pour que de vérité se dévoile à lui dans une éclaircie, à moins qu’en pénitence et pour que tout chez lui soit terre à terre, Dieu l’ ait condamné à marcher la tête baissée.
Mais il est probable aussi que tout soit encore plus limpide, et qu’il ne faille pas s’aventurer très loin dans leurs subconscients pour découvrir qu’ils le font exprès, qu’ils jouissent en secret de la laideur du monde qu’ils accroissent et la désolation qu’elle suscite, pareil à Gengis Kan qui aimait l’or et la gloire bien moins que les veuves des soldats vaincus, quand elles couraient devant son cheval, le visage baigné de larmes et déchiré par la douleur.
Cette histoire est une fiction. Toute ressemblance avec des personnes ayant existé sera niée avec une mauvaise foi telle qu’elle laissera tout le monde sur le cul. Du reste, l’abruti dépeint plus haut ne pourra pas vraiment se reconnaître, ils sont au moins trois. C’est une sorte de pot-pourri, si vous préférez.

Je tiens à signaler que je connais pas XP- enfin, à ma connaissance.
Trêve de niaiseries, ce texte est sublime, et hélas , infiniment politique.
Merci
Vous acccordez beaucoup d’attention aux simples d’esprit? Pfft je comprend mieux pourquoi je suis dans les favoris d’ILYS.
Les imbéciles sont plus dangereux que les salauds : en tout cas c’est un très bon résumé de la morale marxiste.
(Je crois deviner une allusion à Restif, que j’imagine assez bien porter un noeud papillon.)
“Les imbéciles sont plus dangereux que les salauds ”
Non, ce n’est pas ça, vous n’avez rien compris:
Les imbéciles sont plus dangereux et surtout PLUS MÉCHANTS que les salauds.
Mais je vous obsède mon pauvre bunny! Allez, je vais être sympa et nourrir vos fantasme : perdu! je ne porte jamais de noeuds papillons.
Par contre, en ce qui vous concerne, il est indubitable que vous êtes bien porteur d’une tête de noeud. (C’était trop tentant old buddy)
Xp : c’est la grande leçons de Flaubert que les imbéciles mettaient en rage. Bernanos aussi: on se rappellle les premiers mots des Grands cimetière : “La colère des imbéciles emplit le monde” -corollaire bernanosien : donc, la guerre va bientôt claquer, drue massive. On va batifoler dans le sanglant.
Le problème est qu’on a tendance à excuser l’imbécile “il ne savait pas/ Ne voulait pas etc” -mais si ils savent, obscurément,au fond, ils savent qu’ils sont néfastes. Et s’en réjouissent, parce c’est leur seule manière d’exister. ( Un peu comme certain commentateur de ma connaissance ?)
Sublime texte effectivement et le qualificatif est bien trop faible. C’est vraiment à ce genre de production qu’on réalise l’abîme qui sépare la “réacosphère” intelligente et éclairée des blogs qui se contentent de réagir épidermiquement.
Bon, j’arrête de faire semblant (je suis très con), c’est quoi le rapport de ce texte avec le nazislamisme, les missiles nucléaires iraniens et la nécessaire alliance occidentale avec l’Etasunie? ;-)))
Punaise, j’ai refoutu mes smileys de nul, je vais encore me faire engueuler!
On ne sait jamais qu’on part — quand on part —
On plaisante, on ferme la porte
Le Destin qui suit derrière nous la verrouille
Et jamais plus on n’aborde.
Emily Dikinson
Si vous citez Emily Dikinson en ces lieux, tu vas te faire des amis, mon gars…
Lapinos… la carotte vous devriez tenter de vous la mettre où je pense… ça calmerait votre névrose dégoulinante au moins pour quelques temps…
Le problème n’est pas que l’imbécile, dans le fond, n’est pas si imbécile que ça, le problème c’est que l’imbécile, contrairement au salaud, ne peut pas avoir de remord. C’est la morale de Marx, et Bernanos n’est pas très loin.
Si vous adoptez le point de vue de l’imbécile, Restif, vous n’avez aucune chance de comprendre ce que veut dire Bernanos.
Oui, mais si vous ne comprenez pas ce que Bernanos entend par “imbécile” vous n’avez pas grande chance non plus de le comprendre. Il faut faire le tour du cadran, en cela comme en quasiment touche chose. Et ça vous échappe bien souvent…
(Je pars trois jours dès cet après-midi, loin d’internet, ses oeuvres et ses pompes. Vous trouverez bien un sparring partner à noeud papillon, un vrai!)
ça vous fera du bien, je vous trouve un peu surmené par moment.
Dernière syllabe avant fermeture :
‘Illi unum consilium habent et virtutem et potestatem suam bestiae tradunt. Et ne quis possit emere aut vendere, nisi qui habet characterem aut nomen bestiae aut numerum nominis ejus” (Apocalypse, cité par…Marx, Capital, première section, chapitre II)
Ce sont effectivement des lectures épuisantes…
Du XP “vintage”. Qu’est-ce que j’ai ri ! Simplement excellent. Je précise que si j’ai ri c’est aussi pour ne pas pleurer, il était de toute façon exclu de demeurer de marbre face à cette lecture.
J’imagine qu’il sera beaucoup pardonné à UnOurs (pas tout, quand même, hein) pour avoir communié dans l’admiration. (et aussi pour la pointe d’autodérision)
Quant au Lapinos (qui a récemment avoué sur son blogue avoir été – je cite quasi verbatim – “persécuté depuis l’adolescence par les adeptes de la religion laïque, à cent contre un” … ce qui vaut pour moi billet d’admission à Sainte-Anne), c’est n’importe quoi comme d’habitude. Ainsi, pour lui, il existerait une morale marxiste, laquelle préfèrerait les salauds aux cons. Alors qu’il n’existe ni morale marxiste ni même morale marxienne ni évidemment aucune problématique du type salauds vs cons chez Marx. Je suis d’ailleurs de plus en plus persuadé que le Lapinos n’a jamais lu Marx. Il se fait régulièrement coincer par des gens compétents, tant sur le plan littéraire que scientifique, lesquels mettent des centaines de commentaires pour réaliser que l’auteur de sentences définitives sur tel physicien ou tel écrivain, n’en a probablement jamais lu plus de quelques lignes – et encore.
Tout ceci étant dit, et pour revenir à un auteur sérieux genre XP, je pense qu’il faudrait instaurer un distinguo entre abruti ou crétin au sens de sacré connard, et abruti ou crétin au sens de sous-cortiqué congénital. Le second est protégé par Dieu, et vraisemblablement sauvé d’avance. Le premier, lui, est plus ou moins conscient de collaborer à l’oeuvre du démon, lequel ne se contente pas d’inspirer salauds et autres pervers, mais est le probable instigateur d’une certaine connerie (là est l’intuition remarquable, la mystique vision de Saint-XP). L’affaire est subtile, et le risque d’offense à la Charité réel.
Je terminerai en disant que dans la situation d’égarement géographique et mémoriel décrite par notre XP dans une anecdote savoureuse, l’attitude de son ami sacré connard, consistant à se pencher sur une carte, n’est aberrante que parce que l’intéressé, précisément, est un sacré connard. Pour quelqu’un comme moi, qui vis entouré de cartes depuis ma tendre enfance (un mien oncle m’avait abonné au National Geographic peu après le début de mon apprentissage de la langue anglaise), le réflexe aurait AUSSI été de consulter le plan, non comme source d’information mais comme stimulant mémoriel, comme objet transactionnel, quasi comme intercesseur avec le Divin. Et cela aurait fonctionné. Mais bon, moi je ne suis pas un sacré connard, je suis un surdoué 8-)
@ Denis
Vous avez raison pour le distinguo, d’ailleurs j’avais pensé à le faire. Mais je vous confirme que j’aime bien les idiots complets. Beaucoup, même.
Et merci pour le commentaire!
@ XP : vos remerciements sont superflus. J’ai d’ailleurs profité de mes compliments pour flinguer le Lapinos et me jeter quelques fleurs à moi-même. Tout cela était aussi agréable que sincère.