JO de Kaboul : le plein de médailles
Le 23/08/08 à 0:09 par Il sorpasso
Oh ! Vous êtes donc tout à fait lâche, Ferdinand ! Vous êtes répugnant comme un rat…
Est-ce que la mort des dix soldats français en Afghanistan gâchera les vacances de leurs compatriotes, surtout ceux qui ont décidés d’exporter l’excellence française en se baladant en bermudas à fleurs hors du territoire hexagonal ? Est ce que ceux qui n’ont pas pu (ou voulu) partir (en vacances) et qui comptent les médailles (olympiques) ont ressenti une vive émotion devant ce retour du réel (à vérifier) ? Oh bien sûr, nombreux sont ceux qui ignoraient jusqu’alors la présence française au sein de l’Otan dans ce beau pays, à commencer par certains socialistes, qui ont le réveil difficile, puisqu’ils en ont oublié jusqu’à l’entente parfaite Chirac-Jospin de 2002 pour le retour claironné de la démocratie, de la liberté et des femmes en bikinis dans cette contrée d’enculeurs de chèvres. Ne nous énervons pas, tout cela sera oublié dès le retour des syndiqués de vacance conflits sociaux en septembre.. Je ne vais pas revenir sur le fond géopolitique de l’affaire, ni même sur les propos de bisounours ignifugés prononcés par Kouchner (ils sont mort pour “la liberté du monde”-quoi ? le journal ? ) ou du petit guide du peuple -assez hallucinés cette fois-ci : “la France n’est pas un pays comme les autres, (…) elle a en charge avec les autres grands pays du monde la responsabilité de la paix dans le monde” voire menaçants : “Nous n’avons pas le droit de perdre là-bas (…)défendre nos valeurs (…) laisser les barbares triompher, car la défaite à l’autre bout du monde se paiera d’une défaite sur le territoire de la République française” et contradictoires (défendre nos valeurs là-bas ou éviter une “défaite” (?) ici : sacrifice ou calcul égoïste)…Non, la vérité : tout le monde s’en branle, de ces dix troufions. Je ne rigole pas. Déjà tout le monde s’en lave les mains, a contrario des familles qui nous parlent de leurs enfants mêmes pas formés au combat, j’entends immédiatement beaucoup de fins tacticiens du civil revenus de tous les combats virtuels murmurer virilement qu’on ne fait pas d’omelette sans casser les œufs (belle métaphore œdipienne), nous sommes d’accord, et qu’en plus ils ont signés, hein… C’est vrai. Et puis, entre deux casernes fermées et trois leclercs en maintenances (non, cette fois le Charles de Gaules ne sert réellement à rien, pas la peine de grogner) on retrouve l’appendice caudal qui manque à ce beau pays : des cadavres en uniforme. Voilà: il y a du conflit quelque part, il n’y pas de raison qu’on en soit pas cette fois, c’est comme une vraie guerre mais ailleurs, en plus c’est contre des chameliers puants à kalachnikovs : pas de doutes à avoir. Pas grave si on a pas les moyens, on aura toujours de la chair fraiche, c’est bien, quand ça canne ça fait des mamans qui pleurent (personnes ne pleure un rafale ou un P4) et des papas graves, des ministres soudés, des grandes phrases, la gorge serrée, qui resteront dans l’Histoire (voir plus haut) le côté sacrifice quoi. C’est encore ce qui se fait de mieux, en France, les troufions crevés qu’il faut pas pleurer mais qu’on célèbre quand même. Et puis les belles images, les Invalides, les uniformes chamarrés, les sonneries aux morts, les médailles en chocolat : comme dans les livres ! Ça réconcilie tout le monde, les beaux enterrements, les longs discours sur la liberté, la France, le sacrifice, le combat qu’il faut gagner contre l’obscurantisme et la barbarie. Et puis la vie continue, on termine ces foutus JO, on fait le compte de l’or; de l’argent, du bronze, du hit-parade, des larmes des quatrièmes, comme je le disais on se rapproche de la rentrée, enfin, on sort de ce mois d’aout pourri. 55% des français veulent qu’on sorte d’Afghanistan ? La belle affaire ! Je veux dire, ça me semble un peu mou comme protestation , surtout après 6 ans de présence, un peu falot.Il suffit de pas leur demander trop souvent, aux français. Ils oublieront. Et on dira ce qu’on voudra, ça fait toujours tapette devant une femme qu’est pas votre mère d’être contre une guerre (encore plus contre la guerre en général). Et puis de dire que les américains sont suspectés d’avoir pilonné comme des porcs, ça fait petit joueur, quand on a pas d’avions ni de munitions, on ferme sa gueule et on continue d’envoyer ses petits troufions à la con se faire crever pour la liberté du monde de regarder les JO, les buts de ligue un ou les débats chez Calvi, de se plaindre du pouvoir d’achat, du prix des fournitures scolaires, du poids des cartables des écoliers, de s’inquiéter des problèmes de parité dans les salaires, de s’époustoufler pour la rentrée littéraire et de sa tonne de romans d’autofiction, de pronostiquer sur les élections américaines, de se gausser de la crédibilité de BHL, de se dandiner en écoutant le Dalai-lama lâcher ses petits rots …Et puis ça fait plus de médailles.
Voilà je me relis et je me dis que pour écrire des merdes pareilles, il faut vraiment qu’il n’y ait rien à en dire. Même pas d’humour. Qu’est ce que l’humour ? Ce qui créer de la distance par rapport au collectif. Mais le collectif est semblable, comme je l’avait déjà dit, à un gros chamallow tout chaud qui a une mémoire de trois jours concernant le géostratégique (deux minutes si le traitement de l’info est officiel) et autant de curiosité pour ce qui dépasse l’immédiateté émotionnelle qu’une taupe pour l’intégrale de Platon, qu’il a, je trouve, beaucoup de mal à se prononcer sur le sujet, le collectif. Ou même sur des trucs plus vaste comme “la guerre” étant donné la gueule qu’elle a, cette guerre. Il patauge*. Moi avec. Donc, falot, je me rallie au collectif : cette semaine, je serai moi aussi à 55% contre la présence française en Afghanistan.
* il n’a qu’à lire la ressente interview officielle du chef d’état-major des armées pour ne rien y comprendre, à la guerre moderne : globalisée, qu’elle est..
addendum : Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée, clarifie à son tour l’opinion [en attendant l'interview complète] à avoir en déclarant que les “assaillants n’étaient pas afghans”. Bon. Il devait y avoir des passeports sur les cadavres, je ne sais pas. Il ne parle pas de cadavres, ni de prisonniers. Il ne dit pas non plus d’où ils sont, ces non-afghans. Il parle “d’internationale du terrorisme islamique”. Puis conclue en affirmant donc qu’ “«On ne peut lutter efficacement contre le terrorisme qu’en le combattant dans son sanctuaire». Dès lors, ajoute le secrétaire général, «la question aujourd’hui est de savoir si on laisse le sanctuaire prendre de l’ampleur ou non».” Le sanctuaire de l’internationale du terrorisme donc.
C’est décidément pas gagné tout ça.
