Né un 24 juillet
Le 23/07/08 à 19:15 par XP
Je suis né au milieu d’un été, à deux heure de l’après-midi.
Les demoiselles de trois ans belles à mourir n’ont pas le droit d’accompagner leurs mères en mini jupe de vingt-cinq ans dans les maternités, quand elles y vont pour embrasser les nouveaux nés de la famille. C’est pour ça que je n’ai jamais frôlé la peau de Béatrice, ma chère petite cousine.
La terre est gangrenée par les miasmes depuis la fuite du jardin d’Eden, et les enfants sont des proies faciles pour Satan et ses microbes …Ils en ont plein la bouche et peuvent en mourir, s’ils les reçoivent en pleine gueule.
Pour cette raison-là, Béatrice n’a pas été autorisé à me voir et monter dans l’ascenseur avec sa mère, ma tante, la dame à la jupe courte et aux jambes qu’elle avait si grandes et si belles.
La petite a crié très fort, elle s’est roulée par terre, mais avec un ballon, un brancardier nègre a réussi a l’entraîner vers la pelouse qui était sous la fenêtre où nous étions, ma mère et moi.
Le noir n’a rien pu faire quand la petite a piqué un autre caprice et qu’elle a exigé de voir le petit. Ma mère ma donc brandi à la fenêtre, la petite a souri, et si j’en crois le récit qu‘on m‘en a fait par la suite, cet ange n’a plus jamais pleuré, après cet instant.
Le lendemain, à l’aube, ils sont partis pour Saint-Tropez. Quand ils sont arrivés, la fille à la mini jupe s’est mise en bikini, elle a entraîné le frère de mon mère à la plage, ils ont sans doute eu le temps de se rouler dans le sable, se dire que la vie est belle et que Dieu les gardait, mais très vite, l’odeur et la fumée les a fait courir vers les bungalows.
Avec une camarade, Béatrice avait joué avec des allumettes, sa robe d’été a pris comme une torche, et les deux petites filles sont mortes.
Ma mère m’a toujours interdit de voir ma tante, mais je l’ai parfois croisé. Alors que j’étais étudiant et que je livrais des fleurs en scooter, c’est elle qui m’a ouvert la porte un jour et m’a payé la course. Elle était encore en mini jupe, mais ses mollets avaient enflé, et des rides atroces rayaient son visage. Plus tard, j’ai appris que c’est elle qui faisait venir les jolies italiennes qui tapinaient dans les vieux quartiers de notre ville de province, mais j’ai su aussi qu’elle fleurissait sans rien dire à personne la tombe de ma grand-mère, arrachait les bouquets morts, avant d’arroser les plantes déposées par des gens qui se foutaient pas mal de la vieille du dessous.
Le frère de mon père, son mari, avait le cuir épais. C’était un type qui avait fait parler les arabes en Algérie sans que les arabes ne le fasse jamais parler.
Si vous croyez que je galèje, regardez donc la guerre sans nom, de Bertrand Tavernier, ce film où des anciens mercenaires de l’Algérie se racontent et parlent des Félouzes qui mettaient les couilles de leurs compagnons dans leurs bouches, et qu’ils rattrapaient pour leur mettre à leur tour les couilles dans la bouche.
Vous verrez que le type le plus en verve porte mon nom, qu’il a ma gueule, et qu’il s’agit bien de celui dont je vous parle….Après sa guerre, il a travaillé dans les filles, milité à droite pour l’honneur et pour le drapeau, avant qu’on ne le retrouve pendu à une corde, suicidé, selon la version officielle, mais peut-être liquidé par un ancien ministre, si l’on en croit la presse satirique de l’époque….
C’est très possible que Béatrice soit en vie et que je sois mort, à l’heure où je vous parle. Elle existe, je la sens, et rien ne prouve que c’est elle, la défunte. Il est envisageable que la terrible épreuve du feu et des allumettes ait été pour elle un rite de passage auquel je n’ai pas eu l’honneur d’être soumis, et qu’à l’heure où j’écris ces lignes, je me traîne ici comme un fantôme, en vivant quelque chose qui ne serait rien d’autre qu’une répétition générale, un exercice auquel je m‘adonne avant ma véritable entrée sur la scène.
Peut-être que Béatrice est vivante et que je suis dans un coin du purgatoire, et peut-être qu’au jour de ma naissance, son caprice ne visait qu’à me saluer une dernière fois avant ma mort.
En vérité, je me fous de savoir lequel de nous deux n‘est pas là. J’ai la certitude que nous sommes ensemble, que rien ne sépare vraiment les deux rives, et c’est à elle que je dois ma peau ferme et cette immaturité qui n’en finit pas.
La vie est belle des deux côtés du fleuve, et d’ailleurs, il n’y a pas vraiment de fleuve.
Je le sais…

Drôle d’histoire, j’ai bien ri !
Xp…C’est quelque chose ce texte – “Ce que personne d’autre n’aurait pu écrire, voilà l’écrivain” (Léautaud).
J’ai parfois cette impression de ne pas vraiment appartenir à cette “réalité”. Comme si tout était joué depuis longtemps; un fantôme qui s’attarde.
Qu’importe. Vous m’avez touché. Profondément. Et j’emmerde les ricaneurs.
…
Heureusement que la section commentaire a son gros con de service: bon anniversaire XP (il aurait eu 52 ans aujourd’hui).
Récit dantesque ! J’aime beaucoup.
le noye roumain, la brulee vive, reste l’air et la terre, ca nous fera la pierre philosophale.:-0
Mouais…
Tsss, pas de pierre philosophale sans mercure des philosophes, lait de vierge, lion vert et évidemment l’élément qui vous sera donné par le décryptage de la huitième planche des “12 clès de la philosophie” de Basile Valentin (qu’on éclairera utilement avec la première partie de”L’entrée ouverte au palais fermé du roi de Philarète”). Puis vous prendrez les larmes de Sendigovius que vous broierez avec la rosée du Cosmopolite. Et voilà! faites couler dans le vaisseau, séparer le subtil de l’épais et …touillez une petite quarantaine d’années!
Dites Paracelse, j’espère que c’est, comme moi, la recette Mac Hermes de Sampierro -pénible contrefaçon industrielle- qui explique ce soupir dubitatif,non la fumée des enfances xpéennes emportées par [ que chacun mette sa métaphore favorite. Emplacement à louer. Pas cher.]
Énorme. XP est forcément un grand écrivain connu, je ne vois pas d’autres possibilités.
Quand vous parlez d’Algérie vous me rappeler mon oncle qui l’a fait cette foutue guerre civile mais qui n’a jamais voulu m’en parler sauf une fois, une phrase, que la Loi Gayssot m’empêche alors d’écrire ici-même sans avoir de sérieux problèmes.
Quand à votre cousine, savoir si c’est elle qui est vivante ou vous qui êtes mort, je revois ce bon vieux Philipp K. Dick qui si vous ne connaissez pas est à découvrir d’urgence.
“Je suis vivant et vous êtes mort.”
Merci pour vos textes.
« Tsss, pas de pierre philosophale sans mercure des philosophes, lait de vierge, lion vert et évidemment l’élément qui vous sera donné par le décryptage de la huitième planche des “12 clès de la philosophie” de Basile Valentin (qu’on éclairera utilement avec la première partie de”L’entrée ouverte au palais fermé du roi de Philarète”). Puis vous prendrez les larmes de Sendigovius que vous broierez avec la rosée du Cosmopolite. Et voilà! faites couler dans le vaisseau, séparer le subtil de l’épais et …touillez une petite quarantaine d’années! »
Es-tu alchimiste, Restif ?
@ TouchDown
Je suis depuis quelques années un inconditionnel de Dick. Bien vu.
> Ding, dang, dong…
- “Gilbert, un écrivain meurtrier potentiel en 7 lettres..?”
- “Ouèlbek”
- “Maurice ?”
- “Pas pire”
La rosee du cosmopolite?
le lion vert?
quel langage hermetique:-)
vous decryptez le mystere des cathedrales Mr restif?
@ Paracelse : Chut! : “Je te rappelle ce que veut dire “la fermeture hermétique » : mets un gardien aux portes des sens, et : Silence.” (Le caducée hermétique). Mais je me méfie un peu de vous de vous :” Si tes adeptes savaient que leur prince Galien (qui est en enfer) m’a écrit des lettres pour reconnaître que j’ai raison, ils feraient le signe de la croix avec une queue de renard ! ” (Paracelse, trésor des Al..). Disons que ça m’intéresse… (oh surprise!)
@ Sanpiero : certes je ne connais pas de meilleur Manga que Chartre (et son labyrinthe) ou, évidemment, Notre-Dame (mais j’ai du mal à suivre les étymologies de Julien de Champ!oups, pardon Fulca… : voyant vient de voyou, l’argot c’est l’argonaute. mouais). Ceci dit, Chinoise, Arabe ,grecque ou moyenâgeuse, Dame Alchimie laisse des empreintes fascinantes. Elle affleure dans certains de nos plus grands livres. Et puis…des textes où on trouve CA :
“le corps attire à soi l’âme blanche Mercurielle qu’elle retient naturellement, il faut par la décoction faire la séparation jusqu’à ce que rien ne demeure plus que la graisse de l’âme, (…) Donc le Vautour volant par l’air, et le Crapaud marchant sur terre, est notre magistère. ” (livre secret d’Arthéphius)… autre chose que les gamineries du sieur Breton !
Newton était un adepte fervent…. (alors qu’il détestait Breton,c’est connu)
Bon je vous laisse,je vais aller mettre ma graisse d’âme en pots.
Excellent texte XP. Encore une fois.
J’avais aussi reconnu l’hommage PK Dick, et à sa jumelle que sa mère a laissé mourir.
“je suis vivant,et vous êtes mort” – achetez un pulvérisateur Ubik!
“Es-tu alchimiste, Restif ?”
L’ami Restif l’est… sans aucun doute… mais le silence est d’Or, en effet.
Très beau billet en effet… Merci à Restif de me l’avoir signalé (service). Mais aussi félicitation à son créateur (du billet, pas de Restif, Lui, on Lui pardonnera, il ne peut pas tout le temps être à 100%…)
PS: Arrêtez avec l’alchimie, on va se crorie dans Harry Potter…
Très beau texte.
Que vous parliez à coeur ouvert ou que vous soyiez juste un genre d’acteur, votre langue a la saveur de la vérité.
Cancer, XP? Comme moi…. Ceci explique cela…
Culte de la mort et alchimie. Sommes nous dans une antenne rosicrucienne? ou bien tout simplement dans cette païenne d’europe, et sénile avec ça. Toute une culture bientôt morte, enfouie, pétrole. Heureusement que je n’ai pas, tant que vous, capitalisé en elle.