L’Oeuvre au noir
Le 19/07/08 à 11:06 par XP
J’aurais voulu être écrivain, dans la vie.
J’aurais peut-être offert au monde quelque chose avoisinant la saison en enfer de notre cher Arthur Rimbaud, avant de partir à dix-huit ans trafiquer de la négresse et des fusils. Dans le désert, au milieu des bédouins, j’aurais tenté en vain d’oublier le monstrueux spectacle d’une œuvre qui s’extrait d’un crâne en montrant d’abord son premier tentacule, puis les autres, avant que n’apparaisse la tête énorme et les yeux vitreux de la bête. Plus tard, bien plus tard, rongé par les maladies vénériennes, je m’en serais retourné mourir chez ma sœur, laquelle n’aurait jamais eu besoin de lire une ligne de moi pour savoir que j’étais un génie comme un siècle n’en croise jamais cinq…Tout ça aurait été chouette….
A cent ans de ma mort, des milliers de connes auraient fait pendre mon portrait au dessus des berceaux de leurs enfants, et plus tard encore, la providence étant ce qu’elle est, l’un d’entre eux aurait lui aussi senti la bête grouiller pour la première fois dans son ventre à sept ans, et lui aussi aurait fini dans le papier bible de la pléiade.
Un écrivain est un auteur qui n’a jamais écrit la moindre ligne, mais dont toutes sont venues d‘un endroit dont il ignore tout, et sans qu‘il ne sache pourquoi c‘est lui qu‘on trépane et qu’on laisse errer comme un dément après le point final.
Si j’avais été écrivain, j’aurais su penser, s’est à dire m’abstenir tout à fait de réfléchir pour voir, simplement voir, et je me serais retourné vers le passé pour en dénouer les fils, et j’aurais balayé mon temps du regard pour déceler les fantômes invisibles qui le font tourner, et je me serais souvenu de l’avenir .
Comme il sied donc aux écrivains, j’aurais vu des fantômes, ceux qui se tiennent derrière les hommes que l’on croit vivants alors qu’ils sont morts, qu’ils sont des cadavres qu’une force invisible anime en faisant bouger leurs lèvres et leurs bras, et j’aurais maudit des gens que vous adorez tous… Les chiens et les chats aussi, voient les fantômes affreux derrière des morts vivants sympathiques, et c’est pour cela que tour à tour, ils se frottent et montrent les dents, de même que les très jeunes enfants, sans doute, lesquels rient ou pleurent en vertu de raisons qui échappent à leurs mères.
Les œuvres de tous les écrivains ne parleront jamais de rien d’autres que des fantômes qui se cachent derrière les morts vivants, de ces monstres qui font montrer les crocs aux chiens, et même quand ils parlent d’amour, ils n’évoquent que l’absence furtive de l‘un deux…C’est bien pour tout ça que les romances majeures tournent au drame et que les jolies filles terminent en junkies avant les dernières pages ou les épilogues des blockbosters. américains.
Si j’avais été écrivain, j’aurais pu dire combien je hais bien de ceux que vous aimez, tandis que j’ai souvent de la tendresse pour quelques uns sur lesquelles la populace et les maîtres qui la sert se défoulent, quand elle ne choisit pas de se moquer grassement et de les accabler de son humour de chiotte…
Si je savais faire une œuvre, j’évoquerais calmement la violence que je convoque parfois pour bannir des amis qui caressent et sourient de toutes leurs dents, et je dirais pourquoi jamais un regret ne viendra m’effleurer.
Dans mes livres, j’aurais bien sûr parlé de mes chats et des stèles géantes qu’ils ont dans ma mémoire, quand bien des gens qui m’ont croisé et m’ont serré contre eux pourrissent pour toujours dans ma fosse commune.
Un écrivain doit mettre sa peau sur la table, et il ne s’agit pas le moins du monde d’une méthaphore. Au pied de son oeuvre, il doit ambitionner de devenir fou, en sachant que c’est moins une ascèse qu’un sacrifice, que l’écriture requiert.
Moi, je ne cherche qu’à passer le temps.

Beau texte comme d’habitude.
Cher XP, vous avez une belle plume, j’ai lu beaucoup dans ma vie et vous en surpassez pas mal.
Vous aimeriez être écrivain et moi j’aimerais écrire comme vous.
Bien à vous.
Très fort et très juste. J’aime beaucoup. Surtout continuez.
Et bien dites-moi…
Merci beaucoup.
T’as besoin d’un exorcisme ?
Surtout pas, malheureux!
Ces gens-là sont comme les psy, ils sont tellement pervers qu’ils seraient capables de guérir les gens, si on les laissait faire.
“Moi, je ne cherche qu’à passer le temps.”
Je n’en suis pas persuadé. Encore moins après la lecture de ce texte.
@Xyr
Vous me traitez de menteur? Ah ouais, ah ouais? Répète?
C’est aussi beau que du Marc Lévy, putain la vache, c’est chié émouvant. Non, sans déconner, j’en chialerai tellement c’est beau, humble et sacrément bandant.
Pffff… Ouais, c’est chouette quoi.
Et vive les chats, ouais.
“Tarpon”, ne gémissez pas sous le costard Manchette…
Tissez donc vos extases en trépanant des crânes d’imbéciles d’une main poisseuse de poèmes XP. Et dans les cœurs affligés d’infini, semez-gerbez nous des lyrismes magnifiquement malsains, faites titubez l’errance.
Que le bête jouisse Son Verbe.
Oui, mais on dit UN tentacule…
Je ne savais pas comment te formuler un compliment qui reflèterait ma pensée XP. Mais j’ai trouvé. Ton talent d’écrivain n’a d’égal que ta rigueur orthographique. Ça a pas l’air comme ça, mais c’est sacrément dithyrambique ce que je viens de dire.
@ xyr : Non, je confirme que ça n’en a pas l’air comme ça.
Nan, la vache, c’est bô, on a la main poisseuse sinon quand on trépane, mais aussi en cas de masturbation intellectuelle
Je voulais dire “Ton talent d’écrivain est inversement proportionnel à ta rigueur orthographique.”. Désolé…