Le tourniquet
Le 02/06/08 à 14:41 par XP
Posons nous une question métaphysique de premier ordre, et tâchons d’y répondre ensemble:
Pourquoi toutes ces dames nues sur Ilys?
Certains me répondrons « parce que c’est joli » et je leur demande par avance de s’arrêter.
D’abord parce que ça ne fait pas métaphysique du tout, comme réponse. Ensuite parce que ces filles seraient toutes aussi gracieuses dans les pages de la vie du rail, des Manants du Roi et du Prophète, de l’humanité Dimanche, de Badaboum (Bulletin de liaison des Anciens Déportés et kapos d’Auschwitz, Burenwald, Oranienburg, Urtelsbruch et Mauthausen), et de la lettre des Souverainistes à leurs amis du Hezbollah, mais qu’aucun de ces organes prestigieux n’ a pour autant recours à ce genre d‘accroche.
D’autres me diront que ça n’a aucun sens, une femme à poil coincée entre un dégagement sur la vanité de l’existence et une analyse imparable sur la compassion de pure forme que méritent les inspecteurs du travail sauvagement assassinées par leurs proies.
D’autres encore avanceront que ça fait parler les imbéciles tout en les faisant fuir, que bien des gens se croyant en quête de sens parcourent Ilys comme un primitif tourne autour de l’hélicoptère du blanc avec sa lance, en se demandant si ça se mange et à quoi ça sert, avant d’aller pondre un billet sévère sur le bordel de la réacosphère (sic) et la vulgarité de la jeunesse dans un monde sans repères.
Voici que notre énigme se dénoue. Tout ça n’a aucun sens, en effet. Si tôt qu’un texte évoque la grandeur de la Sainte Église (c’est une hypothèse d’école) et soutire des larmes au lecteur , la foune d’une japonaise fait suite et fout en l‘air le petit schéma qui se dessine immanquablement dans son esprit paresseux. Il s’attend à voir surgir une église ou la figure d’un prêtre estampillée « grandeur de l’église », et voilà qu’apparaît une call girl même pas blanche et même pas française. C‘est ce qu‘on appelle désormais le test du tourniquet, ou le test de Bidou, du nom de son inventeur. Il sert à distinguer le lecteur de talent et ne garder que lui. Qui cherche à cerner l’essence de la Sainte Église pour nourrir sa pensée ne s’offusque pas de cette étrange succession de billets, tandis que le lecteur matérialiste et pas fait pour la lecture cherche à s’en faire une représentation en dure, immuable, concrète comme une tranche de lard, et ce pour ne plus avoir à y penser.
Les amoureux de la Tradition n’aiment pas les choses de la Pensée, et la spiritualité leur donne des renvois. Ils ne veulent pas de ce qui vole et sort d’une enveloppe charnelle pour aller dans une autre. Ils veulent que l’homme du recueillement se distingue au premier coup d’œil par ses sandales, sa capeline et son air grave. Ils ne veulent pas savoir s’il se recueille vraiment et devant quoi il le fait, puisqu’au fin du fin, ils s’en foutent et ne cherchent que la pose. Pour les mêmes raisons, l’homme sans tête englué dans la chair doit pour eux se reconnaître à sa montre Rollex et ses amis les riches pour éviter au cuistre de penser vraiment la plongée dans la chair et le Siècle auquelle s’adonnent plus que jamais les foules.
Jean Cocteau disait de la poétesse pré-pubère Minou Drouet que tout les enfants étaient poètes à part elle, et je pense à son instar que tout le monde est un peu fait pour les choses de l’âme et de la pensée, à l’exception de bien des gens qui squattent les églises et les bibliothèques.
Il faudrait mettre des tourniquets à l’entrée des églises, ou des Japonaises toutes nues armées de sabres et de l’intransigeance des convertis.
D‘ailleurs, le 21ème siècle verra les jaunes se convertir en masse, régénérer l’Église et lui rendre sa place. Ces gens sont fait pour ça, et preuve en est que les riches de là-bas vont à l’Opéra et lisent la Recherche du temps perdu… A l’inverse des bédouins milliardaires qui se mouchent dans nos rideaux d’organdi, ou d’Aimée Césaire qui n’apprit notre langue dans les coins que pour mieux nous siffler sa haine.

La phrase exacte de Cocteau est : “Tous les enfants ont du génie, sauf Minou Drouet.”
Oui enfin la vérité, on la connaît: Bidou aime les poules.
http://www.doux.com/
Je me doutais bien qu’il y avait du sponsor derrière tout ça, ces contenus de qualité, cette maintenance impeccable…
“Les amoureux de la tradition n’aiment pas les choses de la Pensée, et la spiritualité leur donne des renvois. (…)” .
Oui, exactement. Ou presque exactement : disons les idolâtres de la “Tradition”. Il n’y a pas trace d’amour chez ces gens-là. Même pas pour eux-mêmes.