Figuration libre
Le 17/05/08 à 14:42 par XP
Fut un temps, dans ma prime jeunesse, je prenais l’autobus.
Aujourd’hui, j’ai honte de ce passé. C’est encore plus grave, à mon sens, que de se déplacer à vélo. Ce mode de transport est acceptable dans certaines conditions, aux époques ou l’on n’a pas fêté ses huit ans, à la campagne (une ou deux fois pendant les vacances), au tour de France, ou en sortant d’une grosse murge au petit matin. Dans ce cas précis, c’est une marque d’élégance que d’en voler un, se viander la tête la première, balancer l’objet du larcin contre un pare-brise et rentrer chez soi la gueule en sang après avoir rajusté sa cravate.
Il convient certes de penser du cycliste ce que Baudelaire pensait de la femme, à savoir qu’il est le contraire du dandy, tant il s’interdit par son vice le trench-coat et le porte-cigarette tout autant qu’il consent à remplacer le parapluie noir par la bâche transparente et la capuche, dévoilant de fait la médiocrité d’âme des gens qui se promènent chez eux en pantoufle. On peut certes imaginer qu’Oscar Wilde aurait sans doute consenti à faire une dernière année de prison plutôt que de voir commuer sa peine en six mois de pratique du vélo, mais je persiste, rien est pire que les transports en commun. Tous ceux avec lesquels il faut se faire un devoir de ne pas frayer s’entassent sur vous dans les autobus, il faut même quelquefois leur parler quand on veut descendre ou monter, et ce jusqu’à piétiner le cœur de misanthrope que l‘on s‘est patiemment forgé depuis l’enfance .
Pour vous convaincre de la justesse de mes vues, observez donc un salaud de progressiste aux heures de la tirade sur l’environnement, regardez bien son œil et sa bouche quand il dit transport en commun, et vous comprendrez aussi bien votre époque et la suivante que Dostoïevski la sienne et la notre, lui qui voyait les goulags sur la rétine des utopistes qui lui parlaient d’un monde meilleur…Il faut savoir regarder les choses…. Bien avant d’éclore et de se répandre comme une larve sur la terre, Elles sont toute entières dans un geste, un tic de l‘oeil, l’intonation qui hérisse et le mot sans importance qui agresse pourtant l’oreille jusqu‘à rendre fou.
Il y a de tout, dans les wagons à transports collectifs. La ligne que je fréquentais passait devant un hôpital psychiatrique, et les malades prenaient d’assaut l’autocar à l’arrêt André Malraux. Il ne s’agissait pas de dépressifs ou de surdoués mis aux bancs de l’époque, mais de malades mentaux de naissances qui poussaient des cris. Certains faisaient plus de deux mètres et avaient des coups très longs qui leurs permettaient de lancer leurs têtes très en avant quand ils souriaient aux très jeunes filles et aux vieilles pour leur foutre la trouille de leurs vies. Les autres, au contraire, faisaient un mètre ciquante pour les hommes, et moins pour les femmes. Ceux-là avaient de gros ventres, des doigts minuscules qui pendouillaient aux bouts de petits moignons boudinés, la tête de Laurence Parisot, et les femmes avaient des lunettes. Pour arrêter le bus, leur chef (un grand) avait un talkie-walkie, et puisque c’était le chef, c’est lui qui se mettait au milieu de la route pour faire piler le chauffeur. C’est lui encore qui tout au long du trajet de 12 Km traquait l’arrêt où ce petit monde descendait. Il se trompait rarement. Au moment de l’évacuation de sa troupe, il sortait un sifflet de gendarme, interdisait aux passagers de s’approcher le la porte d’un geste de la main tout en faisant des moulinets avec un bras pour mette les usagers en ordre de marche. C’était tout une organisation.
Dans la troupe, il y avait aussi un vieux en short et marcel qui s’asseyait derrière le chauffeur pour parler de géopolitique avec lui en mangeant des morceaux de fromage dur qu’il sortait d’un sac en plastique transparent. Après s’être nourri, il le secouait pour évacuer les miettes et le remettre dans sa poche. . Ils avaient l’air assez d’accord entre eux pour condamner la mondialisation à outrance et la perte de repères dans la société marchande. Le barge au fromage, je l’ai revu un jour dans une conférence de Jean-pierre Chevènement. Il était au premier rang, et comme il n’y avait pas grand monde, notre ministre à longuement pris la pose quand le dingue l’a photographié. Ils étaient contents tous les deux. Il avait même mis un pied en avant et la main droite derrière la tête, comme sur les clichés coloniaux où l’on voit des fonctionnaires poser devant un tigre mort. Pareil à ce que l’amour est l’infini à la portée des caniches, la démocratie consiste à mettre les grandes affaires du monde à la portée des mongoloïdes. Ceux qui sont parfois ministres de la justice, de la police et des armées doivent labourer des villes et des circonscriptions, et pour que des larbins consentent à coller leurs affiches, ils leurs octroient le privilège de les appeler par leurs petits noms même quand ils sont chômeurs en fin de droits, battus par leurs femmes et vidés comme des sacs de viande aux heures de fermeture des bistrots. C’est pour ça que de l’extrême droite à l’extrême gauche, les partis politiques sont peuplés de cas sociaux qu hurlent dans les réunions publiques.
Une fois libérés par le psychiatre en chef, les malades mentaux se voyaient logés par les services sociaux, et souvent même, ils se reproduisaient tout en gravissant quelques marches de l’échelle sociale. C’est ainsi que j’ai longtemps vu un couple de la catégorie naine attendre l’autobus avec des courses dans leurs cabas, tandis qu’aujourd’hui, on peut voir passer la femelle en mobylette, avec sur le porte bagage un mouflet de huit ans qui doit déjà faire ses soixante-dix kilos.
J’en croise parfois une autre qui ne se sépare jamais de son landau. A la boulangerie, elle s’est récemment fait rabrouer par la serveuse. Alors qu’elle se trouvait en tête d’une longue file d’attente, la laide s’épanchait longuement sur les maladies infantiles de sa petite et le sang d’encre qu’elle se faisait. Quand elle est sortie, j’ai voulu voir la tête de l’enfant. J’ai donc furtivement jeté un œil dans la voiture, et j’ai vu qu’il n’y avait pas d’enfant. C’est une poupée qu’elle promène inlassablement dans les rues, et sans doute celle qui jadis la protégeait de ses fantômes au fond d’un orphelinat. C’est elle seule qu’elle devait serrer dans le noir pour chasser de sa mémoire les souvenirs des coups dans le ventre que les disgracieux plus forts qu’elle ne devaient pas manquer de lui porter..
Tout cela est bel et bien en vérité. Elle n’eut sans doute aucune douleur qui ne fut une grande joie, et ce portrait de la femme à l’enfant qui n’existe pas, il est sous nos yeux pour les dessiller, lever le brouillard et nous montrer que la vie est ailleurs. Tout est adorable, ici, ceux qui savent porter leurs regards hors de la caverne le savent.
Je suis empli de compassion pour les pauvres. Les vrais. Pas ceux qui me somment de partager mon argent avec eux. Qu’ils crèvent, ceux-là. Qu’ils aillent mourir à l’hôpital, comme disait l’autre.
Quand même, de JP Chevènement à Dantec, c’est du 360° que vous nous avez fait là ;)
Je change d’avis comme de chemises. C’est une question de propreté.
Cela dit, Dantec avait dit qu’il voterai Chevènement, à cette époque!
Ah, ces Méditerranéens, toujours à boucher des Vieux Ports avec des sardines… Faites nous donc une remise de 50 % sur les degrés, ami Sampieru, et on vous prendra tout de suite plus au sérieux - tout au moins dans les régions où l’on n’exagère jamais, mais comme ce sont elles qui comptent… ;-)
“Pareil à ce que l’amour est l’infini à la portée des caniches, la démocratie consiste à mettre les grandes affaires du monde à la portée des mongoloïdes.”
Je crois avoir trouvé la signature parfaite. Puis-je ?
Faites, cher ami! ça sert à ça.
@ Denis: disons que 360° eût été approprié en cas de retour de XP aux amours chevènementistes après son passage dantequien. Remarquez, peut-être ai-je fait preuve de prescience ;-)
Bon, je suis allé dans une réunion de chevènement ( En admettant que j’y étais vraiment, d’ailleurs, ce qui implique que des fous stoppent les autobus en se mettant au milieu de la route, que j’ai déja pris l’autobus en vrai, que je me suis promené dans les rues avec un clochard en laisse, que je l’ai noyé dans un fleuve, que j’ai dormi dans la cave à Houellebecq… C’est possible, mais bon…Tout ça en même temps…).
Rien ne vous indique que j’y étais en fan ou en simple observateur.
Mais admettons que que j’y étais en fan…. Primo, la prochaine fois que je tourne ma veste, il y a des chances pour que Chevènement ait alors été retiré à l’affection des siens, ou qu’il soit de le même état que Sharon (je parle du coma, pas d’Israël… Suivez!). Secundo, dans ce cas, je trouverait un truc plus original qu’un retour à la case départ, quand même. Par exemple un engagement sans faille pour la candidature Bayrou 2012, voire celle de Quitterie Delmas en 2017…. A moins que je devienne tout moisi (l’âge..) que je rejoigne ER, et que j’écrive alors des cadichonneries sur le site les Manants du Roi… J’aviserais.