Agence du post-monde
Le 01/05/08 à 18:43 par Il sorpasso
Le Grand Charles a publié sur son site les réponses qu’il a fournies au journaliste de Libé au sujet de la “réacosphère”, terme qui devient de plus en plus exaspérant. Le sieur Fouetillou, cité dans l’article comme “spécialiste de la blogosphère politique et directeur scientifique de RTGI ” vient de commenter cela. Avec le jargon pseudo-pédagogique du dealer d’info pour pubard, marketeur et autres politiciens. Le jargon qui lisse toute forme de réalité en la rendant mangeable pour ces charognards du réel qui s’imaginent jouer aux marionnettistes. Ainsi résume-t-il les réactions au papier torché, avec son style d’un infantile enthousiasme, drogue nécessaire à la survie , voire à la réussite, dans ce monde virtuel de la surveillance :
plutôt positif quant à la complémentarité des médias de masse et des micro-publications citoyennes
Complémentarité. Citoyennes. Tout s’emboite parfaitement. Tout est cohérent, logique, vendable, en somme. Ethique même. Car tout est réabsorbable afin d’en tirer la substantifique moelle. Cibler les faiseurs d’opinion. Les relais. Les tendances. Les leviers. Les désirs et les attentes. Les frustrations. Les connivences. Les mots-clés. Mais le meilleur est dans l’aveu de ce qu’est la fonction journalistique, aujourd’hui, et ce qu’elle a probablement été dès ses débuts :
Un travail de synthèse, de réduction constitutif de l’exercice journalistique : il faut vulgariser, rendre accessible, on le fait parfois au prix d’inexactitudes, d’imprécisions, de raccourcis, de slogans ou de phrases chocs ; toux ceux qui ont eu affaire à des journalistes ont eu à supporter cette sensation d’appauvrissement de son discours nécessaire à sa correcte médiatisation.
Ce qu’on appelait en argot un mange-merde. Un travail d’abêtissement, de servilité, de réduction du réel et de l’humain. Un classement des faits et des pensées sous de pauvres slogans. Avec la médiatisation comme horizon indépassable. L’évidence même. La médiatisation justifie tout ce massacre, tous ces mensonges, toute cette surveillance, tous ces ostracismes. Il faut dire merci. Il ne faut pas mordre la main qui vous nourrit de propos faisandés provenant de votre propre viande. Il faut avouer qu’on utilise des moyens sectaires, parce qu’on est dans “l’underground” et autres clapiers à lapins labellisés, et que la médiatisation, c’est à dire la réduction de tout ce qui fait sens, nous est la rémission des péchés pour la fusion globale de ceux-qui-ne-sont-pas-sectaires car ils sont dominants. C’est écrit. Traduisez, donc, médias, publicité, et partis politiques. C’est une idée bancale qui s’exprime dans ce blabla sinistre : le réel (ou du moins, une certaine pensée qui s’en dégage) aurait besoin des médias pour survivre. Aurait besoin d’être médiatisé. On frôle en effet la mise en abîme, car il est de plus en plus difficile de savoir qui de l’un ou de l’autre est à l’origine de l’influence exercée. Le réel étant vicié par les médias qui eux s’en nourrissent. Si le but d’Ilys, par exemple, était d’être “médiatisé”, alors Ilys ne serait plus Ilys et son intérêt à être médiatisé serait alors nul.
Mais apparemment, il faut trouver absolument génial le fait d’être indexé, linké, relié, cité, fluxrssé. Car tout ça permet “une simple fenêtre d’ouverture vers les discussions suscitées par l’article”. Et, en passant, une aubaine pour l’entreprise de surveillance des esprits que dirige le monsieur. Un garçon plein d’avenir, on s’en doute. Qui s’évertue à trouver les bons mots, les bonnes étiquettes pour refourguer ses conserves elles-mêmes pleines d’étiquettes :
J’en profite d’ailleurs pour souscrire au fait que la plupart des stratégies d’influence qui y sont déployées sont effectivement les mêmes que celles déployées par les mouvements de gauche et alter-mondialistes et qu’au terme sectaire, le terme underground ou sous terrain eut été plus fidèle à ce que je souhaitais communiquer (une communication qui se réalise « sous le radar », de proche en proche, sans le soutien ou le relais des médias traditionnels).
Oh oui, sans aucun doute, ce monsieur deal de l’info. Et internet est son royaume. Le problème est bien que cette info ne correspond à absolument rien de consistant dès qu’elle est reprise par ses clients (auxquels il faut sûrement tout prémâcher, comme si ce n’étaient pas eux qui étaient prémachés).
Je sais bien que nombreux sont ceux qui trouvent que j’exagère, que je délire. Ils se disent, voyez-vous, qu’au fond, tout n’est pas si mal. Qu’ils ne sont pas si méchants. Si veules. A chacun sa miette de reconnaissance, après tout. Sa miette de médiatisation. Comme je l’écrivais à BDD, sobrement, nous sommes du côté de la vie*. Ce n’est pas une proclamation, une espérance ou un dogme, non : juste un constat. En face ils sont morts. Ils l’avouent eux-mêmes. Ils jouent aux marionnettistes devant un public de marionnettes en croisant les doigts comme des cons, dans l’espoir de ne pas être sifflés.
*Que celui qui pense faire un rapprochement avec l’euthanasie ou l’ivg a à la fois tout juste et tout faux, à ne pas distinguer causes et conséquences
“Si le but d’Ilys, par exemple, était d’être “médiatisé”, alors Ilys ne serait plus Ilys et son intérêt à être médiatisé serait alors nul.”
Rappelons cependant qu’Ilys est achetable : en échange d’une île cultivable assez vaste pour abriter tous ses rédacteurs, sur n’importe quelle côte du continent américain ou entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande, le tout en toute extraterritorialité, de vingt millions de dollars et d’un container de jeunes femmes diverses, nous fermerons, nous émigrerons, et nous n’embêterons plus le sieur Fouilletrous et ses petits copains gardiens du camp de la mort de tolérance franzous.
Face à une telle déclaration d’amour pour les journalistes, et en particulier ceux de Libé, je ne peux m’empêcher d’en rajouter une couche en citant Laurent James, en rendant hommage au passage à toute la clique des Cancèristes, puisque la revue fut pour moi le boudoir de la “réacosphère”
“Je suis comme tout le monde, comme n’importe quel mec normal de moins de quarante ans vivant en Occident, pour la mort physique de tous les journalistes, concrète, réelle, agonisante, sanglante, les passer au fil de l’épée, leur trancher la gorge gargouillante de sang mauvais, leur exploser le palpitant à la dynamite, leur cabosser le crâne à coups de marteau en fonte, leur scier la nuque à la scie à métaux,… Qu’on me trouve un autre moyen d’en finir avec la ‘société du spectacle’ et je suis preneur ; mais personne trouvera, c’est strictement impossible, tout a déjà été analysé dans les moindres recoins, c’est ainsi.”
“un container de jeunes femmes diverses”
Ah la diversité, y a que ça de vrai !
Puisque les journalopes sont des paillassons, essuyons nos rangers sur leurs tronches de cake.
Je me fends également d’un petit hommage à la revue Cancer!, mélange improbable d’anars tendance Léo F. et Max S., de fafs dandys, de cathos on en peut plus moines-soldats, de païens érotomanes, de bidasses en folie, d’extémistes de la nuit et de la lune rousse, de buveurs invétérés, d’écumeurs de bars, crépusculaires individus d’un autre âge, d’une autre galaxie, désaxés au sang noble, adeptes de René Daumal, Pierre Minet du “Grand Jeu”, intrépides pourfendeurs des idoles du jour et de tous les jean-foutre, surtout les écologisants, …
Ils ont laissé quelques beaux bébés comme Têtes de Turcs ! et Gueules d’Amour sans parler des 9 numéros de leur revue…, des soirées “Grand Tout” à Angers mémorables, des déambulations incroyables entre Angers et la rue des Canettes, chez Georges, ou à la Loco pour écouter Laibach …
BDL, l’ange de la nuit, Isidora , l’égérie issue des ténèbres, Jokerkriss, Cariou, Frédéric et Frédéric , Mathieu, Le Guern, Shang, Flapp, Bordes, Asensio, Nabe, Larcher … mais aussi la petite bande Bernard, Fabrice, Daniel, Gwenaëlle, Cindy, Aurélie, Marie,… salut à vous!
Qu’ont-ils fait de leur talent ? Je n’en sais rien mais cette bande de zazous cruellement mystiques méritaient ce petit coup de chapeau.
Excellent billet, effectivement, c’est assez marrant de voir qualifier noter comportement de “sectaire” pour ensuite modifier son propos sur le blog du Grand Charles. Il y a comme un côté faux-cul, je vous traite de sectaires, et je m’excuse en privé ensuite, mais y aura pas de démentis, rien pour infirmer…
Cela dit, la citation de Baroque et Fatigué chez Rue89 n’est pas non plus pour me déplaire. Je ne vais pas pleurer si les réacs sont repris par nos ennemis, comme des gens qui ont un peu plus que deux neurones au fond du bulbe.