En prison pour médiocrité
Le 24/04/08 à 13:56 par XP
Dans la vie, je suis un type tolérant. C’est même la principale de mes qualités.
Avec la modestie.
Modeste, Je le suis au point que des gens croisés presque tous les jours par ma personne ne savent même pas que je frise le génie. Avec ma science de la manipulation, il me serait pourtant facile qu’ils l’apprennent en croyant de l’information qu’elle leur est arrivée par hasard, mais non. Je me contente des sourires de politesse de ces cons. Je suis du genre simple, comme gars.
Simple, et gentil. Figurez-vous que devant la superette de mon quartier, il y a un clochard à qui jusqu’il y a peu, je donnais tous les jours une pièce. Si aujourd’hui je me contente de caresser son chien et de prodiguer mes conseils, c’est qu’il a trouvé l’âme sœur en la personne d’une dame manifestement de la même condition sociale que lui (chose indispensable a la durée des couples). Elle fait la manche avec lui. Ils sont toujours enlacés, et leur amour crève les yeux. Non contents d’être deux pour affronter les affres de l’existence, ils ont un métier, la vie semble leur sourire, et je trouve ça poignant. Cela dit, je ne donne plus rien, ne voulant tout de même pas nourrir toute la famille. Pourquoi pas envoyer un chèque à l’Urssaf, pendant qu’on y est? N’importe quoi.
Comme vous le démontre le bref portrait que je viens d’esquisser, j’ai une bonne nature. J’ai bien quelques défauts, pourquoi le taire (Caractère infect, langage ordurier, goût prononcé pour l’insulte, alcoolisme, profil psychologique avoisinant dans les mauvais jours celui des psychopathes, pingrerie, orthographe aussi douteuse que celle de Montaigne…), mais qui n’en a pas.
Je vous disait donc que je suis tolérant. Pourtant, il existe un travers propice à me foutre en rage et qui selon moi pourrait servir de circonstance atténuante dans les procès pour pogrom, c’est le manque d’intelligence.
C’est honteux, le manque d’intelligence. Ignoble, même.
Je vais tâcher de vous donner quelques exemples:
Si, à seul fin d’amuser l’assistance (j’aime amuser l’assistance, car je suis gentil), je me risque à quelques blagues bonne enfants sur les unijambistes, les pauvres, les chevènementistes ou les athlètes handisports, il se trouvera toujours un salaud de déficient mental pour me rétorquer que je ne suis pas charitable. Je fais généralement remarquer à ce stade que Pierre Desproges ne se gênait pas pour faire la même chose, ce après quoi il lâche invariablement la phrase qui tue: « tu ne vas quand même pas de comparer à Desproges, dis, oh! »
C’est une des caractéristiques de l’imbécile que de ne pas comprendre le sens du verbe « comparer ». Se comparer à quelqu’un ne signifie pourtant pas que l’on se déclare son égal ou son clone, mais qu’on le cite dans le cadre d’une démonstration ou il n’est question ni de ses mérites ni des notre. C’est si difficile à comprendre, ça?
Pour détendre l’atmosphère, je change à ce moment de conversation, et j’enchaîne sur la bite des noirs, qu’ils ont souvent grandes, et c’est alors que le crétin de mon histoire revient à l’attaque:
- Ne généralisons pas, dit-il d’un ton grave, je suis sûr que des noirs ont des petites bites…C’est comme ça qu’on en arrive à dire que les rouquins puent, que les Juifs ceci, les Arabes cela, et tu sais où ça mène, les généralités? A Auschwitz.
Il échappe toujours à l’entendement de l’abruti que s’il faut en effet se garder de systématiser, il faut en revanche toujours généraliser, sous peine d’être incapable d’avoir cet esprit de système indispensable à toute bonne rhétorique.
A fortiori, il est tout à fait impossible de faire entrer dans la tête de l’abruti ce qui sépare une dictature d’un régime totalitaire, la Collaboration du Collaborationnisme ou le pacifisme et la paix, mais il est paradoxalement parmi ceux qui votent celui qui se vante le plus de le faire et qui est le plus imbu du pouvoir qui ce droit lui confère.
Je hais les imbéciles parce que l’inégalitariste forcené que je suis est curieusement convaincu de ce que l’intelligence est la chose la mieux partagée au monde. Cherchez bien, et vous ne trouverez pas ou très peu de gens dans votre entourage qui soient empêchés pour des raisons strictement cognitives de saisir les subtilités que je viens d’évoquer. Dieu m’est témoin que je suis gonflé par le mépris, mais je ne crois pourtant pas avoir compris grand-chose qui ne soit pas à la portée de tout le monde, ou peu s‘en faut. Tous ceux qui savent marcher et parler savent courir et chanter, quand ils maîtrisent les équations de premier degré, ils peuvent en faire une au deuxième degré, et si leurs esprits sont lourds en dépit d’une intelligence normale, c’est qu’ils le veulent, et que ce sont des salauds, d’authentiques salauds. Comme je vous le dit.
Bon, Je me ravise un peu. Je crois qu’il existe tout de même une différence de nature entre les imbéciles et ceux qui savent faire danser leurs esprits, à savoir la grâce. Les cons n’ont pas la volonté de comprendre, mais celle-ci est donnée à la naissance. Regardez-bien. La recherche de la vérité par delà les poncifs réclame un esprit d’abnégation et pour tout dire une humilité qui rend touchant celui qui s’y adonne et porte à croire qu’un doigt céleste s’est posé sur lui…. Cela signifie donc que les imbéciles ont été punis par le ciel… Raison de plus, alors, pour les traiter mal et leur faire savoir qu’on ne les aime pas du tout.
La moquerie est l’arme la mieux indiquée pour se faire, me semble-t-il.

“Il n’est pas une seule pensée importante dont la bêtise ne sache aussitôt faire usage, elle peut se mouvoir dans toutes les directions et prendre tous les costumes de la vérité. La vérité, elle, n’a jamais qu’un seul vêtement, un seul chemin : elle est toujours handicapée. La bêtise dont il s’agit là n’est pas une maladie mentale, ce n’en est pas moins la plus dangereuse des maladies de l’esprit, parce que c’est la vie même qu’elle menace.” (Musil, De la bêtise)
Vous le direz à votre clochard.
Promis.
“Tous ceux qui savent marcher et parler savent courir et chanter, quand ils maîtrisent les équations de premier degré, ils peuvent en faire une au deuxième degré”
De cette façon là, de proche en proche un individu qui n’est pas totalement débile et grabataire se doit d’être un génie et qui plus est un athlète… C’est beaucoup demander à vos voisins!
Non, non, pas du tout. Si vous savez marcher, vous savez courir. Pas forcèment vite, mais vous savez courir. Si vous savez parler, vous savez chanter Maréchal nous voilà dans une taverne, pas forcèment à l’Opéra.
De même, pour éviter les sophismes qu’on entend à longueur de temps, il suffit de ne pas être débile. Assayez, vous verrez: expliquez à n’importe qui ce qui séparait Pétain de Doriot, ou une généralité d’un raisonnement systématique, et faites répéter, vous verrez que tout le monde à compris. Ca n’empêchera personne de répéter les mêmes conneries le lendemain.
@ XP
En même temps, depuis quand, au début d’une discussion, envisage-t-on qu’en dernière extrémité, il serait possible, peut-être, éventuellement, à certaines conditions, que notre interlocuteur nous apprenne quelque chose, a fortiori qu’il nous fasse changer d’avis ?
C’est ainsi que Pétain restera, envers et contre tout, un nazi, doublé d’un fasciste ; et collaborationniste encore, le bougre ! Et que personne ne saura jamais qui était Doriot, en dépit de toutes les explications condescendantes.
Oui, oui, nous sommes d’accord. Vous accréditez donc ma thèse que les imbéciles n’en sont pas vraiment. Ils sont autre chose. Un type qui vous dit “Pétain était un Nazi” n’est pas un défficient mental ou un inculte. Reste à savoir ce qu’il est.
@XP : un gauchiste, tout simplement.
N’avez-vous jamais fait cette expérience : vous parvenez à convaincre, après moult efforts et précautions d’usages, un gauchiste d’un fait abérant relevant de son idéologie.
Vous avez donc là un type qui admet à voix haute que cette aspect de son idéologie est fausse.
Le lendemain, le même sujet est abordé, mais sous un angle différents, et le type vous ressort, tel du papier à musique les mêmes aneries.
C’est sans espoir.
L’argumentation, les faits, la réalité même n’interresse pas ces gens là.
Il faut s’y faire, une immense majorité de l’humanité est faite pour suivre.
Il faut supprimer les gauchistes, ils ne sont pas drôles, beaucoup trop sérieux.
L’école buissonnière devient de l’incivisme et un jet de cocktails molotov sur un foyer Sonacotra devient l’opération Barbarossa, c’est à ne plus y tenir.
Sauvons l’humour et les jolies filles (le gauchisme enlaidit terriblement, tout le monde le sait) sabrons les gôches.
effectivement, dans la famille des imbéciles, ce qui caractérise les gauchistes, et plus généralement les républicains et autres humanistes c’est leur incroyable désintérêt pour le Beau et le Vrai.
Ce qui est pourrait paraitre paradoxal quand on constate l’attachement affiché des ces gens là au choses de l’art. Surprenant !
J´aime beuacoup vos papiers XP mais ce n´est pas étonnant car moi aussi je suis un gars tolérant et modeste. D´ailleurs ma modestie va jusqu´à foutre mon poing dans la gueule au gaucho dans le genre de situation que vous décrivez. C´est bien de la modetie puisque je pourrais les ridiculiser, les humilier mais ce n´est pas très gentil alors qu´avec un poing dans la gueule, le nez cassé ou quelques dents en moins le gaucho peut raconter que c´est un méchent faf qui lui a fait cela et ainsi etre renforcé dans ses croyances. Plus charitable que moi tu meurs, non?