Triste soirée
Le 18/04/08 à 13:19 par XP
Hier, j’ai passé une soirée de merde. Avec des amis. Des amis d’enfance, pour être précis. Pendant l’apéritif, j’avais sans doute l’air songeur, car l’une des dames présentes m’a demandé à quoi je pensais. Je n’ai pas répondu, ça aurait fait des histoires. Je me demandais pourquoi ces gens étaient mes amis. En fait, je les aime bien car ils sont de gauche. Tous. En plus, la plupart ont fait des études de psychologie et sont en analyse, ce qui leur fait penser que Lacan est un phare de l’humanité, et que mon cher Kafka ne disait rien sur son siècle et le notre. D’ailleurs, ils n’ont lu ni Kafka, ni le bruit et la fureur de Faulkner qui est pourtant sur ma table de chevet, preuve s’il en ait qu’il s’agit d’un chef d’œuvre, ni Léon Bloy ni XP, c’est vous dire s’ils leur manque une case, à tous.
Mais parce qu’ ils sont de gauche, je prend toujours un plaisir certain à développer devant eux mes thèses sur la supériorité de l’inné sur l’acquis, les professeurs qu’il faudrait reconvertir en gardiens de prison, l’Opéra-Bastille que l’on devrait détruire pour reconstruire la prison, justement, tant les mélomanes me semblent être en bien moins nombreux que les voleurs… Ensuite, j’enchaîne sur ma compassion qui va toujours plus aux chats qu’aux gens, les vieilles toujours en forme qui pourraient encore servir derrière un guichet, mon habileté au volant quand je suis torché, la supériorité intellectuelle des parisiens sur les gens de la campagne, des héritiers sur les self-made-man et la faiblesse du jeu de Francis Huster. Désormais, je conclue mon numéro en évoquant Claude François, dont j’affirme qu’on le fredonnera toujours quand Brassens et ses poèmes champêtres seront passés à la trappe. Elle marche bien, celle-là. Elle énerve tout le monde. S’il y a des rappels, je reviens pour piquer une colère contre ma sœur, cette salope, et je m’adresse toujours à un type qui ne me connaît pas. Ce qui fait rire la cantonade, c’est la tête qu’il fait quand après m’avoir sagement écouté, il apprend que je n’ai pas de sœur.
Mais eux, n’allez-vous pas manquer de vous dire, pourquoi m’invitent-ils? Je ne vais pas vous faire attendre plus longtemps: Je suis toujours des leurs parce que je suis un garçon très drôle. Quand je suis en forme, je fais même rire les vieux et les petits enfants. Je n’en tire aucune gloire, c’est un don. Pour être honnête, je dois dire que je suis amusant seulement si je suis d’humeur badine. Si quelque chose me contrarie, je suis du genre infect, comme gars. Un mélange de Tatie Danielle et de Benjamin Biollet. Après celle d’amuser les foules, faire la gueule est ma plus grande passion, dans la vie. C’est pour ça que je ne rate jamais un enterrement, tout le monde y prend ma tête de six pieds de long pour de la tristesse. C’est pratique. Comme ceux qui me connaissent savent bien tout ça, ils sont gentils avec moi. Hier soir tenez, il y avait du fromage et du coca-cola, alors que mes amis n’en achètent jamais. C’était pour moi. A l’instant ou la maîtresse de maison commande à son petit d’aller chercher le fromage d’XP, je me sens flatté, je ne vais pas le taire.
Hier soir, donc, c’était raté. Ils avaient pourtant bien fait les choses, puisqu’ils avaient invité un psychanalyste, un type qui écrit des livres, qui ressemble à Léo Férré et se prend pour quelque chose qui doit se situer entre le Pape et le Président de la Reserve Bank. C’était à priori du lourd, un sorte de cadeau de Noël en plein cœur du printemps. Las! Le type était encore plus réac que moi. Une espèce de Pinochet des divans. Dans des cas comme ça, j’ai un plan B. Je dis exactement l’inverse de ce que je pense. Quelquefois, je suis d’une éloquence telle que j’arrive à me convaincre de ce que je raconte, et c’est ainsi que j’ai pu développer de lumineuses pensées sur l’aspect satanique des catholiques et de la puérilité des conservateurs. C’est un risque qui nous guette, nous les menteurs, que celui de finir convaincus par nos bêtises. Des types qui avaient monté des sectes épatantes pour baiser de la jeunette et rouler en Ferrari ont fini par se croire vraiment les fils d’un extra-terrestre et d’une innocente. C’est ballot. Cependant, l’exercice intellectuel peut s’avérer fructueux, si on le maîtrise.
Hier soir, je n’ai rien pu faire. Un mur, le type. Toute mes conneries, elles étaient déjà dans ses livres. Il a même lâché sans rire qu’il avait un best of de Claude François dans sa voiture. Perdu pour perdu, j’ai dit que voter François Bayrou relevait de la pulsion criminelle, que j’étais bien content de la mort d’Aimée Césaire et que les belges étaient aussi cons dans la vie que dans les histoires drôles. C’est comme si j’avais pissé dans une lessiveuse.
Je n’avais pas le loisir de partir en claquant la porte, ce n’est pas moi qui conduisait. Avant la fin du repas, Je suis allé jouer à la Playstation avec le fils de mon pote, celui qui m’apporte toujours le fromage. D’habitude, je n’aime pas les enfants, mais lui, ça va. C’est mon filleul. Il va falloir que j’arrête d’être le parrain des enfants des copains. Ça commence à me coûter un max, cette affaire.
On doit se revoir le mois prochain. En principe. Il y aura un scientifique à table. Il est allé sonder la calotte glaciaire, et ce qu’il a vu sur place lui tire des larmes parait-il. Je l’ai croisé une fois, et c’est rien de dire qu’il a une gueule à chier contre. Je viendrais peut-être, mais je le confesse, le cœur n’y est plus. Figurez vous que c’est le Psy qui m’a ramené! Vingt minutes à me farcir du Claude François, moi qui n’écoute plus que du heavy metal!
Certains jours, je me demande si le bon Dieu ne se foutrait pas de nous, par hasard

Pourquoi avoir jouer ce rôle de gauchiste alors qu’il aurait été plus intéressant de pousser le débat avec le psychanalyste. Vous le dites vous-même, c’est tellement rare quand ils ne sont pas des bien-pensants.
@Ash
C’est ce que je vais faire. Le type est vraiment intéressant. Si le coeur vous en dit, je pourrais vous donner les références de ses livres en off. Je crois savoir que Le type est un ami de Charles Melman, l’un des pilliers de l’école lacaniste, qui n’est pas vraiment un gauche.
@ “Vous le dites vous-même, c’est tellement rare quand ils ne sont pas des bien-pensants.”
Pas si rare que ça, dans ce milieu, justement. Je vais me pencher de plus près sur cette petite faune. J’ai lu il y a quelques mois un livre d’un des leurs, Michel Schneider, “Big Mother”, qui rejoint en grande partie les thèses de Muray, et que je vous recommande à tous.
Bon le psychanaliste il écoute Claude François tout de même, il a un passif. Et à force de dire des conneries, les autres croient que vous y croyez.
Enfin le best of de Claude François à écouter lors de votre retour, vous avez été bien puni.
Allez pour une fois je le dis ici ne serait-ce que pour pas qu’on si’magine que j’ai fait d’ILYS ma bête noire (c’est la facilité sur ILYS comme ailleurs qui me fatigue): excellent billet XP. Si ce n’était pas insultant je le dirais volontiers “jubilatoire” mais je ne vous déteste pas assez pour vous infliger cela. Je me suis bine marré quand même.
Bien à vous,
Tang
Que dites-vous sur les héritiers exactement ?
“Que dites-vous sur les héritiers exactement ?”
Ma chère, vous me prenez de vitesse, car j’ai l’intention de pondre un billet sur eux, dans les prochains jours. Là comme ça, j’en pense beaucoup de bien, mais je serais bien incapable de vous en dire plus. Donc, Patience, mon petit:)
@ Ash, XP : Non, surtout pas! Devant l’incapacité absolue de la psychanalyse (qu’elle soit freudienne, jungienne ou lacanienne) à résoudre quelque problème que ce soit, la bourgeoisie de gauche se détourne progressivement de son ancienne coqueluche. Pourquoi faudrait-il que nous fournissions aux rares psychanalystes ayant (partiellement) viré leur cuti une clientèle, un auditorat ou un lectorat de substitution? L’ennemi de mon ennemi n’est pas pour autant mon ami.
J’espère que vous éviterez les commentaires sur le physique (des princesses et des riches // aux parvenus), je crois qu’ilys vaut mieux que ça… (et que les photos de filles dénudées d’ailleurs).
l’homme est tellement triste qu’il a dut inventer le rire