Matin calme
Le 09/04/08 à 16:08 par SK
Tôt ce matin, en sirotant mon expresso dans une de ces brasseries anonymes du boulevard Gambetta , je parcours un peu distraitement la presse quotidienne. Nous sommes une dizaine accoudés au zinc, un journal encombrant étendu devant nous, entre les croissants, le pot à sucre ou notre tasse ; les pages encore immaculées sont en péril. Ambiance silencieuse. Le monde se réveille. Le garçon, déjà, essuie les verres, l’air absent. Pas de musique. Un pakistanais sort des cuisines, ouvre une trappe derrière moi et disparaît dans une cave secrète.
Les nouvelles sont grotesques. La flamme olympique, encore. Mélenchon, qui ose justifier l’action “civilisatrice” de la Chine au Tibet, et défendre cette idée hautement criminelle d’apporter le bien. Ce qui ne l’empêche pas de dénoncer sérieusement la connivence entre l’autre excité, Ménard, et les néoconservateurs américains. Un élu vert content qui a montré sa trombine en bousculant Diagana. Une universitaire énervée par cette mode des contre-enquêtes historiques qui prétendent réviser l’histoire, à propos de l’émission d’Arte consacrée à Jeanne d’Arc ( ce révisionnisme courtois, marronnier des revues comme Lectures Françaises, déjà évoqué ici). Les vilains ! Il y a une histoire officielle, point final. Il y a même des lois pour cela. Tout contrevenant sera traîné devant les tribunaux et jeté en prison. Heureusement, les mandarins de l’Université veillent.
Je lis qu’il y aurait de plus en plus d’enfants incontrôlables dans les maternelles. Le rectorat dépassé par des terreurs de trois ans. Des cellules de crise, des vraies, avec psychologues. Des parents indignés qu’on ose proposer une structure d’accueil médicalisé pour leur avorton éructant, bavant et s’obstinant à mordre les mollets des petites filles, alors que, bien entendu, il n’y aucun problème à la maison. Non, il faut “adapter l’enseignement” à ces enfants. Ils ont raison. Les parents prennent ce mot, éducation, au pied de la lettre, après tout. Il s’agit de cela en fait, éduquer leur progéniture.
Le pakistanais remonte. Il l’air heureux. Il a un tablier maintenant. Il me sourit, un grand sourire généreux, et il a les yeux qui brillent de bonheur. Cela me met de bonne humeur. J’ai fini mon café, je rassemble les miettes de mon croissant sur le comptoir, j’en fais un petit tas sur le zinc, pour faire plus joli et plus ordonné. Ce sera plus pratique à ramasser. Je suis content. Je règle l’addition, 2 euros soixante-quinze, cela sonne exact, le garçon quitte son torchon. La ville, dehors, est enfin bruyante.

“Je suis content. Je règle l’addition, 2 euros soixante-quinze, cela sonne exacte” : Deux horreurs :
1°) “cela sonne exact”, cela s’écrit mieux.
2°) Et le pourboire, alors ?
“Dans les moments d’optimisme béat, j’ai le fol espoir de voir enfin le Léviathan crever.”
C’est je crois Saltykov-Chtchédrine qui a quelque part cette remarque désespérée : “le pouvoir ne change pas, il se substitue”.
“2 euros soixante-quinze”
C’est pas donné pour un petit noir sur le zinc !!
On sent que l’inflation est passée chez vous.
Sinon rien à redire, entièrement d’accord avec vous.
Que s’est-il donc passé dans cette cave, pour que le Paki se détende ?
Symer>corrigé. Merci.
GI Joe> Un café ET un croissant, tous deux excellents.
En passant… Mélenchon en deviendrait presque prévisible. Son créneau penser l’inverse des autres pour être sûr qu’on l’entende. Cela en deviendrait presque un sport, le Mélenchonnisme!
@ Abstrait : Pauvre Mélenchon… quand je pense qu’il avait donné dans les années 90 une interview à “Krisis”, la revue d’Alain de Benoist, et que cela n’avait même pas déclenché un petit scandale …
“Dans les moments d’optimisme béat, j’ai le fol espoir de voir enfin le Léviathan crever.”
Hélas, pas tant qu’il restera tant de gens convaincus de devoir se sacrifier pour son salut.
Il faudrait donc logiquement commencer par eux.