J’ai quoi ? vingt, vingt et un an. La musique est forte, trop forte pour ce petit appartement enfumé sous les toits. J’ai les oreilles qui saignent ; enfin, j’ai la sensation étrange d’un fluide chaud qui dégouline de mes oreilles. Il y a beaucoup de monde à cette soirée. Je me demande pourquoi je suis invité. Notre hôte est l’assistant d’anglais, un américain de Floride, blond, aux dents blanches, le parfait preppy, bien qu’accessoirement fanatique de Boby Lapointe et aussi, très certainement, homosexuel.
Je suis déjà un peu solitaire. Je ne vais jamais aux soirées étudiantes. Je ne rencontre pas d’étudiantes ou alors quelques austères khâgneuses à noms composés avec lesquelles toute relation charnelle est parfaitement inenvisageable, nos conversations se limitant désespérément à Huysmans ou Barbey d’Aurevilly. Pourtant, j’ai un peu le béguin pour l’une de ces taupes, Marie-Pascale, une ravissante petite brune, très mince, presque frêle, une traditionaliste à jupe droite et chemisier étoit, le serre-tête tirant exagérément en arrière ses beaux cheveux noirs, et dont le petit cul chaloupant me fascine bien plus que les conversations brillantes. Je vois encore ton petit cul s’éloigner dans les couloirs de néons, Marie-Pascale, et je sens encore l’impuissance et les regrets m’étreindre le cœur.
Je suis assis sur les marches de l’escalier qui mène à la mezzanine, où des couples gazouillent. J’entends ces rires un peu bêtes, ces bruits froissés, ces petits cris étouffés. Cela m’exaspère. Je suis un peu tendu. Je suis parfaitement sobre malgré la dizaine de bières englouties. Les canettes vides s’entassent partout, sur les tables, sur les étagères, sur le bureau, parmi les verres dépouillés et sales. Je me décide à les compter, ça occupe.
Une fille à lunette m’aborde. Des lunettes à grosse monture noire, comme sa jupe, comme son pull. L’allure un peu convenue de l’étudiante intello qui s’affirme, je pense. Elle est très belle. Elle a de longs cheveux blonds, jusqu’aux épaules, et même au-delà. Normalement, enfin presque toujours, ces filles sont brunes. Elle est vraiment très blonde. Elle est vraiment très belle. Je crois n’avoir jamais rien vu d’aussi beau. Elle m’intrigue rudement, et m’impressionne aussitôt.
Tu connais Proust ? me demande t-elle.
Non. Enfin, pas trop. Pourquoi ?
Comme ça.
C’est tout. Elle s’éloigne déjà. Elle disparaît dans la cuisine. Des rires éclatent. Les gens font la fête. Moi, je rêve de haches et de tronçonneuses. Je rêve de massacres, de cris d’horreur, de carnage dans la mezzanine, de bras coupés, de tête blonde, détachée et ridicule. Pourquoi j’ai dit non ? Je connais Proust, suffisamment, suffisamment pour bavasser en tous cas. Pourquoi j’ai dit non ?
C’est tout. Ça a duré longtemps comme ça.

HAHAHAHA mais bon sang vous avez vraiment un problème sur ce site … C’est comme ça que vous compter sauver la France ??
Les khâgneuses m’ont toujours fait peur. Je ne sais pas trop pourquoi. Elles me semblaient incroyablement redoutables.
On devrait changer la bannière. Pour “ILYS Homme”. Avec en dessous : Amour, Bien-être, Mécanique et Fiches cuisine.
Oui, lentement, nous sommes en train de changer ce blog pour concurrencer la version net de FHM.
Et vous ne craigniez pas de perdre des lecteurs ?
Moi, en tout cas, le jour où je vois une fiche sur comment perdre ses “bouées d’amour”, je répudie Bidou…
“Oui, lentement, nous sommes en train de changer ce blog pour concurrencer la version net de FHM.”
Bonne idée, la politique ça commence (finit même) par casser légèrement les burnes.
Je crois plutôt qu’ILYS va gagner des lecteurs qu’en perdre.
Rigolez pas, à ce rythme là Michel Houellebecq finira par écrire chez nous !
zearzeze> “sauver la France” ? Ah, non, vous devez confondre. Il n’est pas question de vouloir “sauver la France”, ici.
On s’en fout ! On reveut Lorenzo !
S’il vous plaît,
à quoi sert cet article ?
“[...]Pourquoi j’ai dit non ?[...]”
Parce qu’elle était trop belle pour vous.
Il y a plus de filles nues ici que sur le blog de Radio Courtoisie, c’est bien agréable !