Se demander ce que Bloy en dirait ?
Le 20/03/08 à 3:32 par Nicolas
Vais-je l’avouer au risque de me fâcher avec plein de monde pour qui le citer est du dernier chic depuis que trois simili-critiques littéraires font tous les quatre matins semblant de le redécouvrir ? Je n’aime pas Bloy. Ou plutôt, ce qui somme toute est encore moins pardonnable, Bloy m’emmerde abominablement. C’est marrant cinq minutes, ou cinq jours, le temps d’en lire de gros morceaux. Il y a une belle page sur l’incendie du Bazar de la Charité, d’accord. Après, cette espèce de ronchon moustachu qui atteint très vite les limites de la caricature de soi-même, épouvantablement prévisible dans ses détestations comme dans ses automatismes de langage, catholique outré par pose, devient vite ennuyeux.
Vais-je l’avouer au risque de me fâcher avec SK, ce qui me ferait infiniment de peine, que d’Ormesson, perpétuellement au coin du feu journalistique et des confidences rabâchées, sorte de vieille cornemuse qui n’en finit pas de se vider de son air en couinant des phrases, m’emmerde tout autant ? Le dernier des classiques ? mais on nous a déjà fait le coup avec tout le monde ! il y en a pléthore de derniers des classiques, c’est une race infiniment populeuse, qui se multiplie à chaque génération avec les déplorations rituelles sur la littérature qui n’en est plus, ma bonne madame Michu. Déjà à Alexandrie vers le 4e siècle on s’en plaignait.
Vais-je l’avouer au risque de me fâcher avec le reste des vieux guignols vaniteux en habit vert qui ratent avec une constance touchante l’élection en leurs rangs des auteurs intéressants pour y mettre des Orsenna, des Gallo ou des gens aussi improbablement immortels que Maurice Druon (Ah Tistou les pouces verts, cette œuvre immortelle…) vais-je l’avouer, que Jean Dutourd, en plus d’être vraiment dans le potage, a certainement fait des livres charmants et spirituels, mais que la propension de ses amis et de sa parentèle à en faire une sorte de monstre sacré de la littérature est assez exagérée et tourne vite au ridicule. Quand on a traduit Hemingway, la prudence voudrait que l’on s’effaçât poliment et que l’on se retînt de poser en grand homme jusqu’aux fausses pudeurs modestes qui vont avec, parce qu’il n’y a que peu de chances que le génie des deux soit le traducteur. Je sais : on va me jeter Baudelaire et Poe à la figure. Mais l’argument n’est pas recevable : Baudelaire et Poe sont deux génies, on peut difficilement égaler Le Bon Beurre à Across the River and into the Trees ou Les Affres de l’amour à Movable Feast.

Vous ne gardez pas au moins “le salut par les juifs?”
Pas mieux.
Sauf un truc: Poe (en prose) c’est nettement mieux en français baudelairien qu’en anglais original, je trouve. J’ai un problème avec l’anglais états-uniens du XIXe.
Ah Nicolas… vous faites votre Bloy là.
@ Nicolas : ah bon, vous aussi on vous a fait chier au collège avec “Tistou les pouces verts” ? Quand un tel malheur nous arrive, nous pensons en général être seul au monde à en souffrir..même si je me souviens que ma souffrance avait été atténuée par l’intense antigaullisme qui régnait au foyer, la diabolisation subséquente de Maurice Druon ayant en quelque sorte servi d’amortisseur. Ceci étant, il sera beaucoup pardonné à MD, l’auteur de l’indispensable “La France aux ordres d’un cadavre”.
Mais ce qui m’ennuie dans votre article, c’est l’impact qu’il aura sur Restif (que je n’ai plus lu depuis quelques semaines, et je le regrette).
Puisqu’on évoque Baudelaire, je découvre avec stupeur et émerveillement Mon coeur mis à nu. Extrait :
“Ce que je pense du vote et du droit d’élection. Des droits de l’homme.
Ce qu’il y a de vil dans une fonction quelconque.
Un Dandy ne fait rien. Vous figurez-vous un dandy parlant au peuple, excepté pour le bafouer ?
Il n’y a de gouvernement raisonnable et assuré que l’aristocratique.
Monarchie ou république, basées sur la démocratie, sont également absurdes et faibles.
Immense nausée des affiches.
Il n’existe que trois êtres respectables : le prêtre, le guerrier, le poète. Savoir, tuer et créer.
Les autres hommes sont taillables et corvéables, faits pour l’écurie, c’est-à-dire pour exercer ce qu’on appelle des professions.”
La raison profonde de la présence de Druon à l’Académie tient sans doute à celle de son oncle Joseph Kessel au sujet de la candidature duquel Gaxotte avait eu ce mot extraordinaire : “Pourquoi Kessel ? Nous avons déjà un Juif, Maurois, un Russe, Troyat, et jusqu’à cette année nous avions deux alcooliques avec Pierre Benoit (mort en 62) et Marcel Pagnol !”
On parle d’une époque où la composition de la Française pouvait apparaître comme assez brillante pour tolérer en son sein des écrivassiers ou des proches du pouvoir.
Le passage est fort charmant, mais ceci – “Monarchie ou république, basées sur la démocratie, sont également absurdes et FAIBLES” – a été plus que démenti par le XXe siècle, et le XXIe siècle ne me semble pas parti pour contredire son prédécesseur. La démocratie semble résister à tout.
Ne cognons pas trop dur sur le vieux Maurice (j’ai un faible pour les vieux gaullistes prénommés Maurice) : un homme qui interrompit (temporairement, hélas) la politique culturelle gauchiste de l’infâme Jacques Duhamel en lui succédant rue de Valois (Jacques Duhamel étant une sorte d’Edgarfauriste passé par le Chabanisme, accessoirement géniteur du non moins infâme Olivier Duhamel), ne peut pas être tout à fait mauvais. D’ailleurs, il est partisan de la reconstruction des Tuileries, qui serait l’occasion de racheter – et de rappeler – l’un des nombreux et absurdes crimes de la Commune de Paris.
Je ne comprends pas quelle astuce vous permet de commencer par Bloy et terminer avec le plus mauvais ouvrage de Druon.
Si vous voulez flinguer Bloy, ne déclinez pas ainsi votre article.
Nicolas, le problème est que vous avez lu Bloy dans l’espoir d’y trouver quelque chose de “marrant” ; vous ne pouviez y voir que des poses et de la détestation. Si vous aviez abordé Baudelaire ou Poe de la même façon, vous n’y auriez trouvé qu’une excentricité divertissante, mais vraiment surfaite, n’est-ce pas ? En somme, vous êtes comme un chien venu compisser un olivier millénaire, et qui se dirait : tiens, celui-là ne vaut pas mieux qu’un autre !
@ Cadichon : Bloy, Ormesson Dutourd m’ont été fournis par les comms à l’article récent de SK. Druon m’arrive spontanément à l’esprit quand on parle de Dutourd, peut-être à tort.
@ Q : Non, je ne l’ai pas lu dans l’espoir d’y trouver quelque chose de marrant. Je trouve simplement ça très emmerdant et finalement sans grand intérêt. Quand je faye du thé je faye du thé, quand je faye de l’eau chaude je faye de l’eau chaude. Si l’on veut du catholicisme, il y a mieux à lire que Bloy, et moins suspect. Si l’on veut de la littérature, il y a aussi mieux à lire que Bloy à mon avis. Voilà tout.
Puis vous savez j’aime bien fracasser les statues… et celles en plâtre c’est plus facile, forcément.
Je redonnerai peut-être une chance à Bloy un jour, si j’ai le temps. Mais le peu que j’en ai lu m’a donné l’impression d’une espèce de pose permanente, fondée sur un attachement benêt à un catholicisme médiéval mal digéré. Il m’a fait rire, un peu, mais il m’a surtout fait beaucoup pitié. Un homme au-dessous de son époque, qui essaie de faire croire qu’il est au-dessus. C’est un peu comme Beketch: très drôle et très pertinent quand il dénonce, consternant quand il propose. Et honnêtement, Beketch était un meilleur pamphlétaire. Le style de Bloy est super lourd.
Bref, encore un gars qu’on est sommé de trouver profond sous prétexte qu’il était malheureux.
Sinon, la citation de Baudelaire plus haut me laisse froid. Il défend sa corpo, comme les autres. Les artistes, on les paie pour faire de l’art, pas pour donner leur avis sur les histoires de grandes personnes. L’opinion de Baudelaire sur la démocratie, ça m’intéresse autant que celui de Marion Cotillard sur le 11 septembre.
“que CELLE de Marion Cotillard”, pardon. J’étais resté sur “avis”.
La statue de votre prétention me semble excessivement friable Nicolas. Qu’on puisse ne pas goûter la prose de Bloy ma foy pourquoy pas.
Mais la prétendre automatique quelle rigolade! A moins d’avoir pris l’exegèse des lieux communs au premiers degré?
Hum catholicisme suspect? Qui ne recoupe pas absolument votre catholicisme? Enfin peu importe ce n’est pas l’essentiel mais l’expression très inquisitrice me laisse rêveur. En ce qu’elle laisse penser que la littérature catholique serait tenue à une quelconque moralité chrétienne… Pourquoi s’arrêter en si bon chemin? Vive la littérature édifiante!
PS: Je ne suis pas un adorateur de Bloy que j’ai découvert tout récemment avec Belluaires et porchers. Mais tout de même jeter un auteur au feu un auteur qui a tout de même échappé à l’oubli avec votre empressement presque servile et tant d’outrecuidance, avec rien d’autre qu’un souvenir vaporeux de lecture parcellaire en guise de soutien à vos affirmations péremptoirissimes!
A croire que vous souhaitiez redonner une seconde jeunesse au mot “fat”… Il me tarde de devenir censeur délicat de cette sorte! On m’écoutera enfin aux discussions de comptoirs et de cantines!
“Les mémoires de Zeus” de Druon, c’est pas mal du tout…
[...] écrits à peu près à la même période (1900-1910) qui illustrent ces changements. Le premier, n’en déplaise à l’excellent Nicolas d’Ilys, est de Léon Bloy. Rebattu ces derniers temps sur la blogosphère réactionnaire, je vous [...]
Les Rois Maudits, de Druon, c’était excellent.
Sinon d’accord avec Nicolas, sauf avec la dernière phrase. Si Baudelaire était effectivement un génie poétique, Poe m’a toujours fait profondément chier. Je suis pourtant de bonne volonté, mais Poe ne passe vraiment pas.
Passionnant de savoir que machin n’aime pas faire dans son Poe ou que bidule ne Bloy pas de ce pain là… Dans un film de Rohmer voir des dandy parasitaires se perdre dans ces discussions oiseuses a un certain charme… Mais nous ne sommes pas dans un film de Rohmer… Hélas!
Puisque vous aimez Rohmer, vous devez aimer perdre votre temps à regarder passer des kilomètres de pellicule sans aucun intérêt ne montrant que des discussions oiseuses. Je comprends donc que vous soyez passionné. :)
@ Fred : et l’Anglaise et le Duc, c’était quoi, des kilomètres de pellicule sans intérêt ???
Ce qu’on ne comprend pas est effectivement sans intérêt Fred. Mais parfois c’est ce que l’on comprend trop bien qui s’avère sans intérêt et là on est en droit de se faire des reproches.
C’est scandaleux de trouver Rohmer ennuyeux.
Cher SK je suis infiniment d’accord avec vous… C’est sûr ça manque un peu de mitraillettes Rohmer. Mais si on met de côté cette légère lacune on se marre bien en regardant “La collectionneuse” ou “la maman et la putain”.
“La maman et la putain” “est de Jean Eustache. Ne vous trompez pas.
Mouarf… Je m’y trompais effectivement… Mais c’est tout de même très bon.
Ce n’est pas Druon qui a écrit “Les Rois maudits”, c’est Edmonde Charles-Roux. D’ailleurs, il y a un serieux doute sur sa contribution au “chant des partisans”, me suis-ja laissé dire.