Le dernier des classiques
Le 18/03/08 à 22:51 par SK
Ce dimanche, l’émission “Empreintes” était consacrée au lumineux Jean D’Ormesson.
J’aime beaucoup Jean d’Ormesson, ce vieux monsieur toujours distingué, toujours impeccable. Un jour, le bleu nuit si caractéristique de ses costumes lui sera associé ; on parlera alors peut-être du bleu d’O comme du motif Prince de Galles.
Jean d’Ormesson est un genre de renégat sympathique, qui a l’extrême élégance de ne pas trop se prendre au sérieux, ce qui est la marque de la véritable profondeur. Il ne se laisse pas accabler par la gravité, dont il a une conscience aiguë, comme la fin de ce monde. Le monde qui se racorni, qui s’anémie comme sa chère forêt de Saint-Fargeau. Il a contribué à ridiculiser toutes ces traditions étriquées, tous ces usages guindés et poussiéreux, toutes ces antiquités austères et ennuyeuses, auxquelles il est pourtant très attaché, comme aux bonnes manières. Jean d’Ormesson chantonne. Rien n’a plus d’importance, et les mondes passent après tout. Il regarde maintenant sombrer son vieux navire avec un peu de nostalgie, voilà toute l’affaire. En cela, il est la véritable figure de l’aristocrate libéral. Une affaire de famille.
Il aura tiré son épingle du jeu, perdu d’avance, comme il le sait depuis toujours. Il le sait au moins autant que Madiran, mais il se garde bien de jouer les Cassandre. De la distance, toujours. L’horreur du tragique. Et la légèreté comme principe. On a vendu son château, alors il se venge, dans une secrète indifférence. Il ressemble assez à Mitterrand, qu’il prétend avoir aimé d’ailleurs. Après eux, le déluge et la tyrannie des médiocres. Il aura passé son temps à regarder derrière l’épaule des géants. Il s’en excuse presque.
Tout s’efface.
En attendant, relisons La Gloire de L’Empire.

Quel talent! (Vous, pas lui…)
Sérieusement, il va rester quoi de son oeuvre? Qu’est-ce qu’il en reste déjà?
Possible que le temps epargne deux ou trois choses de Jean Dutourd, mais lui….
Moi, quand je ne sais pas quoi penser de quelqu’un, je me demande “qu’est-ce que Bloy en aurait écrit”? Et quand le gros Léon reste muet, j’interroge Léautaud. (Jamais Daudet, qui est rarement juste et ne cherche pas à l’être).
Leur jugement sur Jean d’O est sans appel.
Elle est séduisante, votre expliquation par la vanité de toutes choses dont il aurait une conscience aïgue (c’est ça?), mais elle le serait davantage s’il ne se faisait pas aussi un approuveur du monde tout à fait sérieux et sans plus de recul que les jeunes gens qu’il cotoie sur les plateaux de talk-show
@ SK : Totalement d’accord avec XP. Quant à cette double phrase de vous – “Il ressemble assez à Mitterrand, qu’il prétend avoir aimé d’ailleurs. Après eux, le déluge et la tyrannie des médiocres.” – je ne la comprends pas, la seconde du moins. Mitterrand ou d’Ormesson furent (au mieux) des médiocres. Leurs successeurs sont, eux, pratiquement des ectoplasmes.
C’est rare de prendre un contributeur d’Ilys en flagrant délit de charité excessive, savourons :-)
Enfin je l’ai vu une faire le cabotin avec des figures du show biz voire des rappeurs et autres histrions lors de talk shows télévisuels, ce n’était pas sa place, je me souviens d’un échange de “bons mots” avec Jamel Labouse, cette connivence m’a mis mal à l’aise . Je crois que le grand homme péche parfois par vanité en fréquentant les plateaux télés, comme les RP de La Morandais et Di Falco que j’y ai vu parfois frétiller d’aise en trés mauvaise compagnie chez Delarue & co.
Remarquez, j’y ai même vu Dutourd …
D’Ormesson est brillant. Mais brillant, ce n’est pas puissant. Ce n’est pas important. Enfin , cette idée quoi…
Quant à la vanité, il en a une conscience aigüe, y compris la sienne, en effet.
J’aime assez votre note. Trop légère pour certains? Quitte à se demander ce qu’en aurait pensé Léon Bloy pourquoi ne pas se demander ce qu’il aurait pensé… de nous?
[...] littéraires font tous les quatre matins semblant de le redécouvrir ? Je n’aime pas Bloy. Ou plutôt, ce qui somme toute est encore moins pardonnable, Bloy m’emmerde abominablement. [...]
“Quitte à se demander ce qu’en aurait pensé Léon Bloy pourquoi ne pas se demander ce qu’il aurait pensé… de nous?”
Figurez-vous que je suis déjà posé la question (à savoir ce qu’il aurait pensé de moi… Pour ce qui vous concerne, j’avoue ne pas me l’être encore posé):
J’en suis arrivé à la conlusion qu’il m’aurait bien aimé…. Enfin, jusqu’à ce qu’il me demande du pognon. Je pense que je lui en aurait donné. Pas beaucoup, mais assez pour qu’il se mette à me détester.
Je n’ai jamais compris pouquoi ceux à qui on vient en aide sans arrière pensée se mettent aussitôt à vous haïr. C’est pour ça que les Français ont détesté à la libération et Pétain, et de Gaulle. Avec Pétain, c’était la miraculeuse zone libre, qui ne passait pas. Avec de Gaulle, c’était le miraculeux siège de permanent à l’ONU. De Gaulle n’a pas pu revenir aux affaires avant que les français aient un peu oublié ce qu’ils lui devaient.
@ XP : Lumineux commentaire, qu’on espère voir développé (je songe bien sûr à l’aspect “ingratitude”) sous forme d’article. Merci d’avance.