Le goût morbide pour la chose associative
Le 14/03/08 à 15:24 par XP
Dans une autre vie, je m’occupais pour des raisons strictement alimentaires de gestion de biens immobiliers et je me souviens d’un immeuble de la banlieue chic qui était dans mon portefeuille, habité par une très jolie brochette de salauds rentrés.
Certains étaient des professeurs de mathématique en retraite abonnés à « Géo » et « Que choisir », d’autres cherchaient au C.N.R.S. des trucs qu’à l’instar de David Vincent ils ne trouveraient jamais et je ne vous parle pas de cet ingénieur en sciences sociales en congé longue paternité qui, pour tuer le temps entre deux émissions radiophoniques de Daniel Mermet (il est rigolo, Daniel Mermet, mais l’écouter ne suffit pas à remplir une vie, même quand on est très, très con), écumait les grandes surfaces alentours pour comparer les prix en exigeant qu’on le rembourse de la différence à chaque fois qu’il trouvait moins cher ailleurs.
Un jour, n’y tenant plus, les vigiles d’une grande enseigne ont coincé ce malotru dans leurs vestiaires pour lui enfoncer dans le cul le saumon en promo à 26,99 € le kilo dont il exigeait le remboursement en gueulant qu’il avait le bras long, au prétexte que la date de fraîcheur venait d’être dépassée…. Pour l’occasion, il a obtenu un très bon dédommagement ainsi qu’un passage en boucle à la rubrique conso. De FR3, ce crétin… La gloire.
Je ne sais pas vous, mais moi, je serre sur mon cœur mes 60 Millions de compatriotes avec autant de fougues que je dis merde aux 60 millions de consommateurs des deux côtés de la Loire.
Pour que vous soyez aptes à saisir cet aréopage de sociaux-démocrates hystériques avec un flash, imaginez-vous quarante gaillards et gaillardes tous habillés de pantalons de velours et d’Anoraks achetés à Go sport, chaussés des mêmes paires de lunettes à écailles, et dites moi donc s’il ne vous vient pas des envies d’exécutions arbitraires et de charniers creusés à six heures du matin par ceux qui vont les remplir, sous le regard inflexible d’un vieil officier patibulaire à lunettes noires qui suivrait les travaux assis sur un fauteuil pliant, en jouant du menton comme Mussolini sur Arte…
Naturellement, l’occupation principale de cette bande était de s’autofliquer. Ils avaient poussé l’addiction à la chose collective et le vivre-ensemble jusqu’à tenir un « journal des locataires », dans lequel les allées et venues des visiteurs étaient consignées au jour le jour…
Il aurait fallu qu’un exégète de Rousseau vienne sur place disséquer cette entreprise collective de régression anale et cette nostalgie en marche, nostalgie de la crèche, de la fusion entre le bambin et la mère toute puissante à gros nichons, de la collectivité tribale installée sous un arbre qui donne des fruits sans qu’il soit besoin de bêcher et d’affronter Chronos et les éléments.
La propriétaire d’une bonne partie des lieux était une vieille corse retirée dans sa Balagne. Quand ces cons la faisaient chier par trop et la bombardait plus que de raisons de lettres recommandées, elle prenait son téléphone et les menaçait de leur envoyer le FLN, ce qui suffisait généralement à calmer ces gens à toutes petites bites.
La brave dame… Un jour, elle a téléphoné pour s’étonner qu’elle n’avait pas été réglée de ses loyers. Je lui ai répondu qu’ils avaient été virés sur son compte en banque, ce à quoi elle m’a rétorqué cette phrase que je me remémore les jours de spleen et que je vous livre mot à mot, pour que vous n’en perdiez pas le moindre grain de sel :
- Je n’ai plus de banque, jeune homme ! J’avais une banque ! À la place, il y a un gros trou. Si vous revenez en Corse cet été, faites donc un détour par ici, on voit tout de ma fenêtre. Je vous assure, c’est mourir de rire.
Un jour, la vieille et moi, nous avons coincé ces gens.
Un appartement du rez-de-chaussée s’est libéré, et nous l’avons loué à des vendeurs de chaussures très sympas, amateurs d’hardcore et grands défenseurs de la cause animale.
Ils aimaient les bêtes, mais pas précisément les caniches. Ils en avaient un, certes, mais ils l’élevaient pour le donner à manger à leur boa. Pour son Noël.
Ils avaient un iguane, aussi. Sitôt que cette bande d’actuels où futurs retraités par répartition s’autorisait à foutre un mot perfide dans la boîte aux lettres de leurs nouveaux voisins au lendemain d’une soirée sex drog and rock n’roll, un des membre de la tribu effectuait un long tour de la copropriété avec l’animal sur l’épaule. En représailles.
Ils élevaient aussi des rats qu’ils destinaient au serpent et qu’ils s’amusaient à lâcher dans les escaliers.
Le vétérinaire dépêché par les services sanitaires ne trouva rien à dire, car tous les reptiles étaient vaccinés, et les cages conformes aux normes en vigueur.
Ils avaient aussi un Labrador. J’ai toujours aimé les labradors. A fortiori quand ils mordent les enfants mal élevés. C’était le cas de cette chienne qui me faisait toujours des fêtes, mais qui savait d’instinct qu’elle devait mordre un tas de petits morveux qui décriront sans doute ces traumatismes infantiles à leurs psychanalystes quand ils seront grands et fonctionnaires.
En moins de six mois, il ne fut plus jamais question de « journal des locataires », ni même de la plus petite association syndicale. Ceux qui le pouvaient, les locataires, sont allés enculer des mouches ailleurs. Les propriétaires se sont calfeutrés chez eux pour y ingurgiter du prozac, car leurs appartements étaient invendables… Plus jamais ne fut organisée là-bas la plus petite « fête du voisinage », et plus personne ne succomba dans ces lieux à l’inconsciente tentation de créer un kolkhoze via une scélérate « association de type loi 1905 ».
J’étais en Corse l’année dernière. La vieille va bien. Sa banque a trouvé de nouveaux locaux. Quant à nos sympathiques locataires, je les vois encore tous les six mois. C’est désormais chez eux que j’achète mes Docks martens.
Et pourtant, ça me fait faire un détour. Mais je suis fidèle en amitié.

Je n’ai pas une forte propension à la chose associative mais pour autant, ça ne m’amuserait que moyennement d’avoir comme voisin des gens qui lâchent des rats dans la cage d’escalier uniquement pour le plaisir de faire chier, aussi charmant puissent-ils être.
Il y a donc l’emmerdement sournois (le mot dans la boîte au lettre, la colle dans la serrure) et l’emmerdement frontal. Mais dans les deux cas, ça reste de l’emmerdement.
” ça ne m’amuserait que moyennement d’avoir comme voisin des gens qui lâchent des rats dans la cage d’escalier”
Vous, vous n’aimez pas les bêtes.
Quand l’emmerdement frontal est en représailles de l’emmerdement sournois où le problème ? Je ne suis pas fanatique des petits jeunes de cette histoire, mais les autres locataires, bobos étriqués et sûr de leur bon droit, me donnent tout simplement envie de vomir. Dans les cas, bravo XP pour cette note !
ce n’était pas spécialement des jeune! c’était des gens de cinquante anvec des enfants d’une vintaine d’année.
Je ne connais pas ces cinquantenaires à vrai dire donc ils sont peut-être sympathiques et je me trompe peut-être dans la phrase suivante : Qu’on rende la monnaie de sa pièce à la lie des immeubles d’habitation, c’est très bien mais j’ai la vague impression que ces gens là, avec leurs soirées rock’nroll, n’en ont strictement rien à foutre de leur entourage quel qu’il soit. Les ennemis de mes ennemis ne sont pas toujours mes amis.
Sinon, je suis allergique aux rats.
Les banques trouvent TOUJOURS de nouveaux locaux :-(
Je me suis mépris. C’est drôle, dès qu’on parle de personnes stupides et irritantes (ne vous vexez pas XP) je pense que ce sont des jeunes. Comme dit si bien Aska, ces gens n’en n’ont rien à foutre de personne et ce n’est amusant que dans le cas de figure que XP décrit. Si les autres locataires euent été des gens âgés, malades etc. je doute que la tribu les euent épargnés pour autant.
Hop, hop, c’est une fable.
Si je vous avait dit que des bêtes qui leur sortaientt du ventre, vous m’auriez dit quoi, les gars? que ça n’existe pas?
Moi j’aimais bien ce film plein de tranxen, de boa d’iguane et de fonctionnaires et de terroristes corses, comme dans les délires alcooliques. C’est tout. Vague tentative de faire de la littérature, pas une chronique sociologique.
a) J’ai honte d’avoir marché en croyant à une histoire vraie, certes, un peu enjolivée par les années mais vraie tout de même.
b) Je suis déçu qu’elle ne soit pas vraie, il y avait des choses fort plaisantes là-dedans.
XP tu sais ce qu’il te faut ? Un bon psy et peut être une petite séance de rééducation pour apprendre autre chose qu’à détester tes semblables. Ta vie doit être bien triste avec tte cette morgue ds ta bouche. Ca pue!