Mon psy est mort
Le 05/03/08 à 17:44 par XP
Je viens d’apprendre la terrible nouvelle par la bouche de sa femme.
C’était un gros avec un nœud papillon, devenu tout rouge à force de vider sa cave et qui rigolait de bon cœur à mes plaisanteries de jeune misanthrope.
Ce n’était pas la moitié d’un crétin, puisqu’il allait dans les prisons pour examiner des psychopathes et décider s’ils devaient sortir où non.
En général, il conseillait au parquet de ne relâcher personne.
Il m’en parlait souvent. Il me disait que si les choses ne tenaient qu’à lui, cette faune de rebut serait à Cayenne en train de casser de la brique, que ce serait ma foi un bienfait, que la comptabilité publique s’en porterait mieux, mais que ni lui ni moi ne pourrions changer le monde et le faire meilleur.
Bref, vous l’avez compris, c’était un brave homme.
Il plaçait tout son argent dans la pierre, et c’est de ça dont nous parlions le plus souvent au cours des consultations, après que nous ayons évoqués le souvenir de Maistre et Léon Daudet… Je lui ai d’ailleurs permis de faire un joli coup:un plateau de 80 M 2 en plein centre ville loué à quatre étudiants, totalement défiscalisé. Sa veuve m’en a d’ailleurs remercié hier soir.
« il vous aimait beaucoup », m’a-t-elle susurré à l’oreille.
Un jour, faisant abstraction de toute déontologie, il m’avait invité chez lui. Dans son garage, il avait emménagé un stand de tir, et il ne fut pas peu fier de démontrer qu’il pouvait viser le genoux d’un raquetteur à 100 Mètres. « Pan! Vous voyez la cible mon cher XP ? Imaginez qu’il s’agisse de la rotule d’un repris de justice! ».
Nous avions ri de bon cœur, ce soir là.
Je le consultais il y a quelques années déjà, et nos entretiens ont pris fin à l’heure de sa retraite.
Depuis, j’ai vieilli, la sagesse est venue, et j’ai appris à considérer comme des crottes tous ceux qui font carrière dans les sciences sociales, chose qui m’a dissuadée de partir en quête d’un autre praticien..
Cependant, je suis prêt à consulter de nouveau un psy, si les conditions suivantes sont réunis: Je veux qu’il vienne chez moi, qu’il s’allonge, qu’il parle tandis que je me tais, et qu’à la fin de la séance il me fasse un chèque de 30 €, sur présentation d’une pièce d’identité..
Charles Benoît (mon psy), m’avait offert un livre intitulé « Psychoscopie », dans lequel sont dressés les portraits psychiatriques de quelques génies de l’écriture, de la peinture, du Rock’n’roll, de la politique, du meurtre en série où même du meurtre sans récidive, pour peu que celui-ci eut été exécuté avec assez de maestria pour inspirer des auteurs de synopsis 50 ans après la liquidation de son auteur par la puissance publique.
- Tu as aimé ce livre, m’avait-il demandé un jour d’un air fébrile?
- Je l’ai aimé, mais cependant…. lui avais-je répondu
En fait, je ne comprenais pas pourquoi des disciples de Lacan faisaient des portraits de Céline, Kafka où de Proust, des sœurs Papin où du Docteur Petiot, alors qu’il me semblait plus utile pour mon édification intellectuelle d’apprendre ce que ces gens là pensaient des Docteurs en psychiatrie.
- Je suis bien d’accord avec toi, m’avait-il répondu. Je le pensais aussi, mais je voulais avoir ton avis.
Cet homme m’a guéri du spleen. Je le pleure. Je vais prier pour lui.
Et je ne plaisante pas.
Show must go on, more and more badly.

Condoléances.
Etonnant portrait.
Si tous étaient comme celui-là, je serais prêt à payer, juste pour le plaisir.
Charles-Benoit est mort, mon pauvre ami.
“En général, il conseillait au parquet de ne relâcher personne.”
Ce psy. unique en son genre aurait été fort utile pour celle qui lit Shakespeare en anglais et qui tue plus ou moins volontairement ses bébés.
“si les choses ne tenaient qu’à lui, cette faune de rebut serait à Cayenne en train de casser de la brique, que ce serait ma foi un bienfait, que la comptabilité publique s’en porterait mieux”…
… Il est à craindre que votre psy n’ait été que peu doué pour l’Inspection des Finances. A moins qu’il n’ait eu une fâcheuse (quoique sympathique, en un sens) tendance à idéaliser Cayenne ? Soyons certains que le bagne coûtait une fortune. Transport, surveillance, hébergement, habillement, nourriture, soins, et en échange quasiment aucune production. Les bagnards ont dû construire quelques centaines de mètres de route.
Pourquoi, d’ailleurs, s’étonner d’une si faible ardeur au travail de la part de bagnards littéralement couvés par une administration pénitentiaire (elle-même gavée de primes d’éloignement, d’indemnités de chaleur, de compensations d’humidité, etc, et elle-même terriblement improductive – qu’on songe à la proportion de Corses aussi bien dans la Pénitentiaire que dans l’administration coloniale, or le bagne était à la croisée des deux) qui aurait beaucoup gagné à des transferts de technologie en provenance d’Allemagne, du Japon, ou même des anciens pays communistes. Des bagnards qui passaient leur temps à composer leur future autobiographie bidon (Papillon), à ressasser l’assassinat d’un conseiller général (Seznec), à attendre que Zola puis Clémenceau se décarcassent (Dreyfus), ou à repousser les limites du sordide par des activités sexuelles prouvant, au demeurant, qu’ils souffraient d’un trop-plein d’énergie inemployée.
“qu’on songe à la proportion de Corses… ”
Je ne vois pas le rapport.
@ Vertumne : Vous êtes bien le seul :-)
Au demeurant, quelle saveur aurait la vie sans les stéréotypes (fondés ou non), je vous le demande ? (question purement rhétorique, je ne nous vois pas dérapant dans un débat oiseux après une si jolie fiction autobiographique ixpéenne).
@ Denis: je ne sais plus quel intellectuel américain disait que les stéréotypes représentaient la “moyenne” de la perception d’une population par une autre. C’est à dire qu’ils sont globalement vrais. Sauf pour votre serviteur, travaillant 50h par semaine dans le secteur privé.
Concernant la productivité des Corses, je peux vous donner l’exemple d’un compatriote…hum…”travaillant” dans le “milieu” (re-hum) carcéral. Eh bien cet excellent homme fait preuve d’une productivité hors-du commun:
http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2009/06/20/01016-20090620ARTFIG00222-un-caid-corse-soupconne-d-avoir-organise-des-rackets-en-serie-depuis-sa-cellule-.php
(au fait, nous attendons votre contribution personnelle au petit concours lancé sur le fil de RM)
@ Vertumne : Il allait de soi que vous étiez par définition exonéré du stéréotype, et que vous faites partie de la catégorie des hyperactifs genre Napoléon Bonaparte / Jacques Mariani, au point que j’ai été peiné que vous vous sentiez obligé de mentionner votre statut et vos horaires. Cependant, compte tenu de la qualité de votre présence sur la Toile (commentaires, blogue), on en viendrait presque à déplorer, pour des raisons de disponibilité, que vous ne soyez pas pensionné pour traumatisme psychologique consécutif au choc subi en apprenant la nouvelle de l’effondrement de la tribune su stade de Furiani – ou, au minimum, employé des Douanes à Garonor. Cependant, malgré vos cinquante heures, vous êtes tout de même à la fois vigilant et réactif, notamment sur certain sujet – le singulier est ici délibéré.
J’avoue que le sujet corse n’était pas tout à fait dans mon optique; je m’intéressais à un fait plus simple : c’est le manque notoire de responsabilité des psy. en général qui, alors qu’ils ne sont sûrs de rien, prônent la libération de criminels dangereux. (je laisse de côté le cas Courjault même s’il n’en demeure pas moins vrai qu’elle n’est absolument pas “guérie” donc toujours potentiellement dangereuse!) En résumé : en cas de doute, la sollicitude des psy va direct aux criminels (ou “malades”) au lieu de se tourner vers les victimes ou potentielles victimes.
Ce psy d’XP qui conseille de ne relâcher personne en cas de doute me parait posséder un bon sens inexistant aujourd’hui.
Deuxième problématique : le travail en prison. Certes, Cayenne coutait sans doute très cher à la société. Mais il n’empêche : il paraît ahurissant aujourd’hui de constater qu’un prisonnier n’est absolument pas obligé de travailler en tôle. Ce travail, outre le fait qu’il humaniserait ces prisons (l’humanisation des prisonniers est le seul souci de nos gouvernants, c’est complètement saugrenu, je vous l’accorde mais c’est un fait), il permettrait de rembourser les frais occasionnés par les séjours des délinquants en milieu carcéral, de payer (en partie évidemment) les dettes dues à leurs victimes etc… Aujourd’hui le souci number one est la surpopulation dans les prisons : on les vide donc avec des remises de peines hallucinantes ce qui est à mon sens une inversion complète de la problématique.
De plus, Cayenne avait l’avantage de dissuader certains délinquants de se lancer dans des actions plus graves…et donc d’aller en prison. La dissuasion, lorsque vous vous organisez dans des prisons 4 étoiles pour votre business comme le Mariani (”bureau “+ “resto”+ frais de tel et gestion payés par le contribuable), elle est plutôt maigrichonne il me semble… Au contraire, la prison devient un excellent moyen d’ouvrir son entreprise en France!
@ la crevette (que je prie d’agréer mes hommages) : Pardon d’avoir contribué à nous faire dériver vers les rivages de l’île de Beauté…
… Sinon, totalement d’accord sur le travail en prison.
Tout prisonnier (apte, bien évidemment, car un Chrétien ne saurait plaider pour forcer quelqu’un d’inapte à travailler) a pour devoir : 1° d’indemniser ses victimes 2° de payer ses amendes 3° de rembourser le contribuable pour les frais de Justice entraîné par ses délits ou crimes 4° de rembourser le contribuable pour les frais de sa détention, détention dont il est seul responsable. Seuls les très riches devraient en être dispensés (le travail ne devant pas être EN TANT QUE TEL une punition).
Outre le cas des inaptes au travail pour cause de handicap, maladie ou âge, l’autre exception serait celle des prisonniers en attente de jugement ou d’appel, qui doivent avoir toute latitude pour préparer leur défense (une raison de plus pour raccourcir les délais en tout genre…), quoique la possibilité de travailler doive leur être offerte systématiquement.
Le sommet de l’obscénité, c’est de voir que pendant que le corps de sa victime pourrit lentement en terre et que les proches de cette dernière tentent péniblement de mener à nouveau une vie normale sans jamais y arriver tout à fait, un assassin se lance dans des études – subventionnées en prime à travers le CNED – et qu’à l’issue de ce que je n’ose appeler sa peine, on lui déroule un tapis rouge au milieu des compliments et des expressions d’extase des humanistes (hélas parfois Chrétiens, et même parfois sincères) sur la “réhabilitation” qui vient de se produire sous les yeux embués du bon peuple.
Et pour passer de la réhabilitation à la réinsertion, nombre d’employeurs seraient ravis d’embaucher des personnes ayant travaillé dix heures par jour six jours par semaine, s’étant levées aux aurores et ayant été formatés par une stricte discipline (je suis évidemment partisan d’un réglement carcéral plus proche de l’esprit des KZ d’avant la Shoah, que de celui d’une prison scandinave actuelle).
Ceci étant, j’incline à penser que la fiction autobiographique ixpéenne mériterait des commentaires plus éthérés et littéraires, que nos échanges réaco-programmatiques.
Sur ce…
Pour résumer : je suis tout à fait pour le bagne, mais totalement repensé (tout axer vers le travail, rendre impossibles les réseaux de pouvoir parallèle et la sexualité autre que masturbatoire, restaurer une aumônerie digne de ce nom, elle aussi du style “coup de pied au cul” à l’opposé du “vous aussi êtes une victime, mon pauvre chéri, mais nous sommes là pour vous comprendre, et d’ailleurs tout le monde va au Paradis”)
Quelques remarques :
- Je ne vois pas à quoi servirait un expert psychiatre qui conseillerait de ne jamais relâcher personne, sinon de démontrer que sa pseudo-science est une arnaque qui sévit depuis plus d’un siècle. Et qu’il est incapable de guérir quiconque.
- On n’a jamais humanisé personne, c’est-à-dire rendu meilleur, en l’enfermant. Les prisons sont par définition déshumanisantes.
- Le bagne outre-mer n’était pas une façon d’empêcher la prison, c’était plutôt l’étape au-delà, qui associait la relégation à l’enfermement.
- Dans le système actuel, il vaut mieux des prisonniers diplômés, qui ont une occasion de faire quelque chose de leur vie, que d’éternels assistés vivant d’aides sociales. En outre, les assassins sont une infime minorité des détenus.
Si on veut à la fois une peine juste, humaine, économique, qui conjugue l’éducation, la possibilité de rédemption et d’amélioration, il faut revenir à de sains châtiments corporels pour les délits les moins graves. Quelques coups de fouets en place publique est une mesure éducative, qui transpire l’amour du prochain. La prison devant être une peine intermédiaire, chichement appliquée, entre la peine de mort et ces châtiments corporels.
La justice, ça sert, et encore assez mal, à régler les problèmes graves dans les sociétés qui fonctionnent, qui ont certaines valeurs et conceptions en commun.
Il me semble qu’on a dépassé cette problématique avec de récents mouvements de population.
Au contraire, la justice sert à régler ces problèmes, et une société hétérogène a d’autant plus de problèmes. D’où une augmentation des forces de police, qu’on peut constater dans toutes les sociétés multi-ethniques, et l’importance croissante d’une justice qui devient à mesure plus anarchique, et s’éloigne de ce qu’on appelle “l’état de droit”.
L’immigration, un peu partout, c’est plus de police et plus de prisons. L’origine de l’immigration est par ailleurs moins importante que son statut socio-culturel. Les Irlandais à New-York posaient autant de problèmes que nos djeuns. Pour ne rien dire des latinos catholiques qui déferlent sur les USA, pour ceux qui croient toujours que c’est une question de religion.
Oui, ça veut dire plus de contrôle de la part de l’Etat et plus de répression, ça un certain nombre de politiques, dont un petit, l’ont bien compris.
Mais plus de justice, je ne sais pas.
Tout d’abord, XP : toutes mes excuses pour ne pas faire de la “littérature éthérée ” (cf Denis) sur votre fil.
VV : “Je ne vois pas à quoi servirait un expert psychiatre qui conseillerait de ne jamais relâcher personne, sinon de démontrer que sa pseudo-science est une arnaque qui sévit depuis plus d’un siècle. Et qu’il est incapable de guérir quiconque.”
Tout à fait d’accord.
VV : “On n’a jamais humanisé personne, c’est-à-dire rendu meilleur, en l’enfermant. Les prisons sont par définition déshumanisantes.”
Oui, bien sûr; cependant, VV, l’idée est qu’on s’en fiche un peu d’”humaniser” les prisons. En fait ce qu’il faut c’est qu’elles soient bien “sécurisées”, les prisons, c’est surtout cela le but. Les êtres qui y sont ont effectivement perdu une partie de leur humanité. Mais ils ne l’ont pas perdu en prison, attention, c’est en tuant ou volant ou violant qu’ils ont perdu cette part d’humanité.
D’autre part, ceux qui ont perdu leur humanité, c’est aussi ceux qui sont morts assassinés, si je puis dire.(mais là je joue sur les mots et c’est pas tout à fait de la littérature éthérée; c’est de la glauque et je m’en excuse)
VV : “Dans le système actuel, il vaut mieux des prisonniers diplômés, qui ont une occasion de faire quelque chose de leur vie, que d’éternels assistés vivant d’aides sociales. En outre, les assassins sont une infime minorité des détenus.”
Oui, encore faut-il que les détenus soient capables de passer des diplômes… il y a déjà un nombre incalculable de gamins incapables de passer un diplôme quelconque mal orientés (et ne voyez pas du mépris dans cette remarque, j’ai suffisamment d’enfants peu “scolaires” pour savoir de quoi je parle), alors je ne vois pas pourquoi chez les détenus la proportion de génie serait supérieure à la moyenne. Quant à “la part infime d’assassins”, si c’est pour minimiser la violence dans nos cités, vous êtes bien gentil VV mais tout de même… Le gouvernement fait ça très bien. (minimiser).
Mais comme je suis une brave crevette, pleine de ressources, j’ai trouvé Denis, VV la prison idéale!
http://www.slideshare.net/Felixggenest/joe-arpaio
C’est très “réaco-programmatique”,(cf Denis toujours) j’avoue.Mais ça me plait bien!