Responsabilité
Le 11/12/07 à 20:44 par Mike Steve Donovan
L’autre soir j’ai entendu, légèrement effaré, lors d’un dîner, quelqu’un expliquer doctement, avec l’assentiment quasi-général du public, que la responsabilité véritable était d’enlever toute responsabilité individuelle à la population.
Il faut dire qu’il appuyait ce raisonnement puissant sur des exemples bouleversants. Tel celui du jeune homme ou de la jeune femme, qui, un soir, se fait tuer sur la route par quelqu’un conduisant au-delà des limites de vitesses et sous l’emprise de l’alcool. Par un irresponsable donc.
Et, affirmait-il, si jamais les voitures étaient bridées par GPS, si jamais les voitures ne pouvaient démarrer qu’en soufflant dans une sorte d’éthylotest intégré, si jamais les voitures détectaient automatiquement les feux rouge à leur approche et ralentissait d’autorité la voiture, empêchant le conducteur de les griller, etc. Si jamais tout cela, alors des tas de vies seraient sauvées et des tas de famille ne pleureraient pas chaque soir.
Une voiture, martelait-il, est une arme. Or, les armes, en France, ne sont pas en vente libre. Puisque le déplacement individuel est quand même pratique, plutôt que d’interdire la voiture, il serait impératif que la route ne soit pas un espace de liberté et de responsabilité, puisqu’on voit bien chaque jour que des accidents mortels sont le fait d’irresponsables qui ne respectent pas les règles.
Puisque il y a manifestement un taux incompressibles d’irresponsables, et d’irresponsables qui tuent et gâchent le bonheur des autres, alors décrétons que chacun est un irresponsable en puissance et donc enlevons lui cet espace de liberté et l’exercice de sa responsabilité.
Hop, le conducteur sous curatelle, comme mamie.
De toute manière, rajoutait-il, cela ne serait pas bien gênant pour les gens comme lui qui respectent déjà scrupuleusement le code de la route et les règles de bienséance. Comprenez qu’ils ne verraient donc pas la différence.
Soit.
Je dois avouer que, même si on s’en doute un peu, il reste prodigieusement étonnant de voir un tel éloge de l’irresponsabilité non seulement être tenu tranquillement, mais aussi recevoir l’approbation presque unanime des convives. Comme si, dès qu’on parlait de vies qu’on pourrait sauver, de droit à la vie, de bonheur collectif mieux préservé, etc. Le cerveau tout entier se mettait en berne.
Il est ainsi parfaitement admis que les jeunes des associations liées à la sécurité routière puissent venir à l’entrée des discothèques pour demander aux conducteurs de leur donner leurs clefs pour ensuite le leur rendre s’ils réussissent à souffler dans un alcootest. Et il est convenu socialement que les personnes qui se plient à cette pression sociale en donnant leur clés sont des gens responsables.
Abdiquer sa responsabilité individuelle, voilà qui est devenu hautement responsable. Vendre de sa liberté pour assurer sa tranquillité et son bonheur, voilà qui est fichtrement responsable.
En réalité, bientôt, la responsabilité n’existera plus. Parce qu’il ne sera plus possible de l’exercer librement. En effet, être responsable, pour moi, n’a de sens que si on peut ne pas l’être, que si la possibilité de ne pas l’être demeure. Mais, demain ou après-demain, vous serez forcé d’être “responsable” selon des normes établies qu’il sera quasi-impossible techniquement de défier et d’outrepasser.
Et nous aurons cessé d’être des hommes libres.
Et sous les applaudissement nourris de la population.
C’est juste ce que vous dites, en même temps le système “automobile” me paraît particulièrement dangereux, mal adapté à notre vie sociale, d’où le nombre important de tués.
Quelques milliers de tués chaque année pour des millions d’utilisateurs qui déplacent du bout des doigts une tonne ou plus d’acier à des vitesses élevées, je trouve pas que le tribut soit disproportionné.
L’argument des vies humaines sauvées n’a aucun sens, il suffit de le pousser à son paroxysme pour s’en rendre compte: si l’on tirait dans les pneus des gens qui dépassent la vitesse autorisée, ou sil’on condamnait à 2 ans de prisons toutes infractions au coe de la route, il n’aurait plus de mort du tout sur la route. La question n’est donc pas le nombre de mort, mais ce que l’on est prêt à consentir pour le aire baisser. Et foutre en garde à vue un papy de 60 ans parce qu’il à bu un verre de trop dans un pot de départ, dans une cellule qui sent la pisse, en compagnie d’un z’y va (c’est un truc que j’ai vu), c’est déjà aller beaucoup trop loin.
Avec ce genre de raisonnement, on peut féliciter les saoudiens pour avoir totalement supprimer les agressions, les vols à l’arraché où à l’étalage, puisque le moindre délinquant se fait trancher la main. De même, on peut féliciter Mussolini d’avoir éradiquer la mafia d’un claquement de doigt, et pour cause:en supprimant l’état de droit, vous l’éradiquez, puisqu’ aussi puissant qu’il puisse être, un mafieux qui se prend une balle dans la tête meurt comme tout le monde (plus de moyen d’acheter le jury, intimider le juge, supprimer les témoins, etc).
Il n’y a rien de plus facile que de de faire baisser le nombre de morts sur la route sans se soucier des conséquences.
Mais la réaction de ces gens n’est pas surprenante: la population ne subit pas cette répression, elle s’en délecte.
Ca me rappelle l’introduction d’un article amusant trouvé au hasard du web: http://gerardpince.blogspot.com/2007/08/le-naufrage-dune-gnration_17.html
Le bourre-pif de la morale traite sans pitié les nobles manifestations de l’égoïsme.
Les gens dans les dîners deviennent facilement des sales cons. D’où l’importance de leur jeter de la purée ou des petits-pois à gueule : ainsi perdent-ils de leur superbe moralisatrice.
Ou n’y tenant plus, de leur enfoncer une fourchette dans l’oeil avant le fromage.
Ou encore, leur casser les dents à la pince à ongle. Non, peut-être que le plus simple serait de ne plus aller diner chez ou avec des cons, et de matter en toute tranquilité les émissions du Prof. Dr. Von Hagens au coin du feu ( http://youtube.com/watch?v=TMaJqjONZ_4 )
Je suis d’accord avec la façon qu’a XP de poser le problème: c’est un calcul coût/avantage.
Mais celui que faisait votre convive ne me paraît pas si dément que ça. Moi, c’est au point de vue technique qu’il me paraît foireux. Les bazars du genre voiture qui freine automatiquement au rouge, ça me paraît plutôt dangereux.
C’est votre raisonnement qui me choque, par l’usage rhétorique immodéré que vous y faites du trésor le plus précieux de l’homme: sa liberté. Je ne pense pas être moins attaché que vous à la liberté ontologique de l’homme. Je le suis sans doute même davantage: j’hésiterais à l’exploiter comme argument dans un contexte aussi contestable. Vous mélangez technique et métaphysique. Je ne pense pas que l’on abdique beaucoup de son humanité en se pliant à une discipline collective sur la route. La sécurité routière n’est pas un domaine particulièrement propice à la créativité: une erreur d’une seconde et le plus réactif des conducteurs y laisse sa peau, et celle d’autres. C’est tout con, mais plus les comportements sur la route sont standardisés et encadrés, moins il y a de risques. La route n’est pas une métaphore de la vie.
La voiture est un mode d’expression de la liberté individuelle parce qu’elle permet d’aller où on veut. Qu’il y ait des conditions techniques, même très exigentes, à cette liberté, ne me paraît nullement “déresponsabilisant”.
Ca se tient. Mais maintenant il faudra expliquer au nom de quoi, ces conditions techniques très exigentes se justifient dans votre voiture, mais pas en dehors. Car s’il y a des gens irresponsables sur les routes, il y a en aussi dans les boutiques, sur le trottoir, près des écoles primaires ou dans les aéroports.
Il serait hautement irresponsable de ne pas appliquer ces techniques contre le terrorisme ou la pédophilie.
Je ne vois pas franchement le rapport. La sécurité routière et la sécurité civile obéissent à des contraintes techniques extrêmement différentes. L’individu lambda ne risque pas, pour une seconde d’inattention, de faire sauter un immeuble par mégarde ou d’enculer malgré lui le petit Stevie dans les chiottes du presbytère.
La perspective de devoir souffler dans un ballon pour prendre le volant ne m’amuse guère, d’autant que je suis largement concerné par la mesure. Si elle était prise, je râlerais. Mais je ne me sentirais pas atteint dans ma dignité et ma responsabilité d’homme libre. Juste emmerdé par l’administration, pour des raisons que je peux comprendre. Si les résultats sont au rendez-vous, je finirais par dire “bravo” avec réticence. Sinon, je redoublerais d’indignation. Voilà.
@Gloups:
Oui, d’un autre coté, je suis pas loin de penser comme vous. Après tout, quand on prend le train ou l’avion, la vitesse est strictement définie, et de manière à ce que les collisions ou les sorties de rails oient pratiquement impossibles. Quand le train ralentit un KM avant l’entrée en gare, on ne se sent pas oppréssé, ralentit dans sa course. C’est vrai que si l’on appliquait les mêmes principes de sécurité aux autos, on roulerait à 60 KM sur l’autoroute à 40 sur les nationales, à 30 en ville, et la perte de temps serait sommes toutes assez minime…
Gloups > En résumé vous trouvez les politiques actuelles parfaitement rationnelles, et vous faites confiance aux hommes de l’Etat qui ne pensent qu’à votre bien, et n’utiliseraient évidemment pas ces méthodes pour contrôler un peu plus la population ; réflexion qui ne serait être que celle d’un paranoïaque conspirationniste.
Et comme chacun le sait on n’utilise absolument pas dans le débat sécuritaire actuel le terrorisme, la pédophilie, ou les accidents de la route pour imposer à l’opinion publique des choix liberticides, et à faire passer les maigres opposants pour de beaux dégeulasses qui adorent les terroristes pédophiles et chauffards.
Donc l’Etat arriverait à imposer des voitures bridées par GPS, des éthylotests intégrés (dont d’ailleurs je ne vois pas l’intérêt puisqu’il doit suffire d’un petit soufflet pour les déjouer), voire des systèmes de pilotage automatique à l’approche des feux rouges ou des péages d’autoroute, donc de contrôler ce que vous faites en voiture, où vous êtes, ect… Mais se dirait que non décidément ce serait aller trop loin que d’imposer la même chose en dehors de votre véhicule, et que non la menace terroriste ou pédophile ne serait justifier qu’on sache à tout instant où se trouve de tels monstres, et que de toute façon vous n’avez rien à craindre parce que vous n’avez rien à cacher.
Je vois que tout le monde va accueillir avec empressement les puces RFID intégrées aux titres d’identité, permettant aux pouvoirs publics de savoir à presque chaque instant où vous êtes et avec qui. Les esprits sont prêts.
Il existe une règle. Ne pas conduire en ayant trop bu. A partir de là, dans un monde où on considère les gens comme responsables, les conducteurs sont libres ou non de respecter cette règle. Et s’ils ne le font pas, ils s’exposent à de justes sanctions.
Mais, parce qu’une voiture c’est gros, c’est lourd, ça va vite et ça peut potentiellement faire très mal, alors il semble qu’il soit tout à fait recommandé de ne pas laisser entre les pognes du conducteur lambda une telle arme. Parce que conduire peut tuer, parce que la moindre mort nous est devenue intolérable, il s’agit donc, par différentes mesures techniques, d’enlever au fur et à mesure toute responsabilité aux automobilistes.
Pour arriver un jour, sans doute, à la voiture entièrement automatique obligatoire.
Comprenez qu’il ne s’agit nullement de hurler à la mise en place sur les voitures de systèmes qui, par exemple, avertissent le conducteur lorsqu’il est trop con pour se rendre compte qu’il est en train de s’endormir. Je ne lutte pas non plus contre le régulateur de vitesse dynamique. Le GPS ne me paraît pas, en soi, le début du fascisme.
Si les gens veulent que leur pédale d’accélérateur se bloque à la vitesse limite autorisée à cause de leur GPS, c’est leur affaire.
Mais d’une part c’est un mouvement assez significatif de notre époque et qui ne semble pas très glorieux. Ensuite, ce qui m’inquiète, c’est que ces équipements, un jour prochain, risquent fort d’être obligatoires. Au noms des morts sur la route qui restent.
XP, vous dites un peu tout et surtout n’importe quoi.
Si je m’amusais à être aussi sot que vous, je dirais que lorsque l’on tire dans les pneus des gens, on provoque un accident. Pas bien malin, donc.
Imaginer que le “tout répressif” est la panacée que les sarkozystes flasheurs espèrent est une considérable bêtise. Il y a un facteur, tristement statistique et qui ne sonne jamais deux fois, qui veut que lorsque vous lâchez sur les routes N millions de connards parcourant N millons de kms, vous êtes condamné à vous retrouver avec les boucheries Bernard dans le fossé. C’est comme ça, même si vous les faites rouler à 37,2 km/h. Les Amerloques, court-circuitant ce fait mathématique, déclarent : “sometimes, shit happens”.
Mathématico-statistiquement incompressible, vous dis-je.
Pis, cher XP ! Quand nos amis les Shleutons roulent à donf’ sur leurs autobahns d’une autre époque, ils parviennent à avoir moins de morts que nous. C’est donc que nous sommes bien plus bêtes qu’eux, ou alors moins aguerris qu’eux, ou alors c’est juin 40 tous les week-ends, Toussaint comprise.
Et savez-vous d’où nous viennent ces encombrants cadavres gaulois ? Eh bien de l’endormissement, premier facteur accidentogène sur autoroutes. Eh oui, à 130, ça pionce. Le ronron du diesel, môman qui ferme enfin sa gueule, les nains devant leur DVD… et “zzzzz”, papa s’endort pour toujours.
Je trouve en revanche assez révélatrice l’anecdote du pépé de 60 ans (on n’est plus un pépé à 60 ans, jeune con) qui se retrouve au violon avec un zyva. Dans un cas, la prévention d’un crime hypothétique (sens littéral, please) accouche d’un coupable, dans l’autre, le délit avéré et constaté d’un untermensch déboule sur une remontrance suivie d’une libération quasi immédiate. Vive la République des nains flashophiles.
Et il est cocasse que vous imaginiez, en 2007, que Mussolini soit parvenu à éradiquer la mafia… Las ! Parce que l’état de droit existait encore aux plus riches heures de l’Italie fasciste (vous confondez là deux notions voisines : la justice que l’on rend d’une part, les lois que l’on vote d’autre part), la mafia a continué de prospérer en des contrées où ledit fascisme n’avait pas réussi - c’est bien dommage, convenons-en - à étendre son oeuvre réformatrice… pour ne pas dire civilisatrice. Avec votre claquement de doigt donc, vous ne pouvez rien espérer de mieux qu’un taxi… à condition de vous appeler Humphrey XP.
Pour finir, on peut librement penser que vous sortez assez peu de chez vous en semaine pour ne pas entendre, de ci, de là, d’un peu partout, tous ces gens qui pleurent leurs défunts points. “T’rends compte, bordel ! Plus que deux putains de petits points j’te dis, bordel !” Et après ? Plus de boulot !
Les bonnes âmes me diront : mieux vaut perdre son job que la vie. Mieux : il est préférable qu’un beauf qui roule à 142 km/h sous l’emprise de 62 cl d’eau d’Evian - et qui devient ainsi une arme létale - perde le droit de conduire (et de gagner sa vie, pour peu qu’il soit amené à se déplacer pour croûter, cet assassin), plutôt que de décimer une famille entière de bataves rouges foncés revenant de La Napoule, direction Den Haag (son TPI, ses tulipes, ses crises cardiaques).
@Vae Victis: ben non, je ne souhaite rien de tout ça. Je trouve que vous mélangez un peu tout. Lisez le message d’XP (n°12), il explique mieux que moi.
@Blueberry: oui, c’est plus comme ça que je me pose le problème. Encore une fois, c’est un calcul coût/avantages. Il se trouve que la sécurité routière est un domaine dans lequel il est finalement assez facile d’obtenir des résultats: plus de répression = moins de morts. Pour ma part, l’accident de la route est un truc qui m’apparaît vraiment effroyable. Je suis donc prêt à payer assez cher. Vous, vous relativisez plus, vous êtes prêt à payer sans doute moins. C’est comme ça.
En gros, tout ce qui est contrainte et répression ne me gêne pas trop. Tout ce qui implique fichage et traçabilité, en revanche, m’inquiète. Mais peut-être ai-je tort: peut-être que le fait de savoir cet immense pouvoir entre les mains de l’Etat entraînerait un surcroît de vigilance sur son usage. Peut-être que nous devons inventer des antidotes au fichage, pour apprendre à vivre avec, et pas chercher à l’empêcher à tout prix. Franchement, je ne sais pas. En tout cas, entretenir la méfiance à l’égard de tout fichage est une bonne chose.
@Kalle
“XP, vous dites un peu tout et surtout n’importe quoi.”
C’est pas faux…
Il est question de voir un peu plus loin que par le petit bout de la lorgnette. Il y a ceux qui croient les hommes de l’Etat, lorsque un tel leur certifie que telle ou telle mesure, fichier ou autre ne servira qu’à la fonction censément réprimée. Et puis ceux qui replacent la mesure dans le mouvement général, l’évolution de nos sociétés, dans le tissus des mesures déjà prises et à prendre qui forment un tout : l’espace dans lequel on vit.
Si - ou plutôt - quand on mettra en place un mécanisme aussi intrusif, il faut bien comprendre qu’il aura vocation à s’étendre par capillarité, par infection dans les autres domaines de la sécurité. Ce sera très facile, puisque les gens l’auront déjà accepté, et que techniquement il ne sera question que de croiser des réseaux d’information.
@kale: renseignez-vous un peu avant d’insulter les autres. “Sometimes, shit happens” plus dans certains pays que d’autres. Les limites de vitesses existent en Allemagne sur la majeure partie du réseau routier, et leur respect est très strict.
Moi, c’est pareil que Gloups. Tout ce qui est impôts et taxes ne me gêne pas. Mais tout ce qui implique fichage (déclaration d’impôts) et traçabilité (numéros de comptes, etc.), alors ça oui, ça m’inquiète.
“Au-dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sut leur sort. il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur ; mais il veut en être l’unique agent et le seul arbitre ; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs. principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages, que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ?” Alexis De Tocqueville, en 1835
La plume de Tocqueville, mieux que la mienne, remet en perspective les propos de Blueberry. Beaucoup semblent être passés à coté de l’information essentielle : il ne s’agit pas de savoir s’il est bon de rouler bourré ou de dépasser la limitation de vitesse sur la rocade est de Melun. Il s’agit de savoir ce qui quel moment l’etat passe de son rôle protecteur à celui de phagocyte infantilisant.
En dehors du fait que l’efficacité de la surreglementation étatique par rapport à la responsabilisation du conducteur me semble plus que discutable, c’est l’essence totalitaire du propos tenu qui importe ici : “la responsabilité véritable est d’enlever toute responsabilité individuelle à la population”.
Si certains sont prêts à abdiquer leur liberté de façon aussi fondamentale, sous pretexte de sauver quelques bidochons parmis ces millions de larves en boite à roue, dans leurs convois estivaux, ou sous le tunnel de Fourvières un matin de grêve, soit. Mais qu’on vitrifie vite ce pays sous plusieurs mégatonnes de charges nucléaires !
Je préfère l’idée de la liberté à la vie des milliers d’esclaves volontaires.
@ Gloups :
D’abord je n’insulte personne, détendez-vous… Faites comme XP, laissez couler et jouez du clin d’oeil !
Ensuite, ouvrez mieux vos grands yeux de biche : je parle du réseau autoroutier. Et soyez certain que je ne doute pas de la strictitude des poulets shleutons.
Je me détends, je me détends.
Le réseau autoroutier allemand est en grande partie limité en vitesse (43%, je crois). Et sur le reste 130 est la vitesse conseillée. “Conseil”, en allemand, c’est pas vraiment la même chose qu’en français. En outre, la plupart des morts en France ont lieu sur les départementales.
La sécurité routière, encore une fois, n’est pas une allégorie de la vie ni de l’économie. Ca n’est pas une question philosophique. C’est une question d’ordre public, point barre. L’ordre public, ça s’impose à la schlague. Si j’étais juge, le gars qui me cite Tocqueville pour justifier ses 2 grammes 5, je lui double sa peine sans cligner de l’oeil.
Faut pas confondre l’Etat de droit et Big Brother, bordel. Plus de matraques, moins de fiches. Ca vous apprendra à vivre, bande de feignasses.
“Il s’agit de savoir à quel moment l’etat passe de son rôle protecteur à celui de phagocyte infantilisant.”
Dès le départ. Il est fait pour cela par les hommes de l’État.
Le problème est que tout ça fait partie d’un paradigme qui se met en place : la bagnole, la clope, la pression écolo sur la “mal bouffe”… Sur un autre plan, vous avez les lois qui régissent l’histoire et un code qui conduirait aujourd’hui un Bloy immédiatement en prison. Savez-vous qu’en écrivant dans un canard “X est une nullité abyssale”, le dit X a de grandes chances de vous faire condamner en justice? Et il y a toute la jurisprudence antiraciste.
On peut me dire que je mélange tout, que ce sont là des catégories différentes. Certes. Mais remarquez qu’on retrouve à chaque fois la loi et une présence accrue de l’état (”le plus froid des monstres froids”, Nietzsche). Reste aussi que je distingue dans tous ces cas un même état d’esprit : imposer la “sagesse”. Légiférer sur tout ce qui rend l’homme porteur d’une violence potentielle. Bref, imposer une vision bisounours de l’Homme et de la société qu’il construit.
Finalement s’opposent là deux visions du monde : l’une qui voit la liberté comme primordiale et passant avant la conservation, et l’autre, qui est le contraire exact de cette conception et qui refuse (refoule…) l’idée même de risque. Ainsi -tout ça va ensemble - que l’idée de responsabilité, voire de libre-arbitre. J’ai bien peur que cette idée d’une monde où l’homme doit être, pour son bien, limité dans sa consommation, ses opinions, son comportement etc, et cela bien au-delà des nécessités sociales admises jusqu’ici, ne soit porteuse de totalitarisme.
“Plus de matraques, moins de fiches.”
En quoi les propositions de l’ami de Blueberry s’apparentent à une matraque ? Vous locker par GPS, ça me semble relever d’une logique de fichage, non ?
Pleinement d’accord avec Restif. L’idée même de civilisation porte aujourd’hui les germes de l’éradiction des sexes, des races, des cultures - des différences en général - pour ne plus produire qu’un consommateur tout à fait lambda, éduqué pour fonctionner dans un parcours parfaitement balisé où la notion même de responsabilité devient un gros mot, un truc d’anar. Pour résumer mon propos et faire plaisir à XP, on pourrait dire : “quelle différence y’a-t-il entre un Français, un Allemand, un Ougandais et un Cambodgien ? Aucune : ils perdent tous un point dès 131 km/h”.
Il y a bien une raison à la volonté de réduire le nombre d’accidents sur la route, le nombre de fumeurs, etc etc.
Parce que ça coûte cher à la “société”, aka la sécu, notre maman à tous (qui est pour Mme Royal un pilier essentiel de la communauté nationale).
Sans ça, la répression étatique serait bien moindre.
Dans cette logique, car c’est une logique, un mécanisme qu’il faut condamner ici, on peut justifier jusqu’au diagnostic prénatal, et la mise en place de critères génétiques de naissance.
“Dès le départ. Il est fait pour cela par les hommes de l’État.”
Là où je crois qu’on est mal barré, c’est que les fiches, , les hommes de l’état les veulent peut-être, comme vous dites, mais s’ils ne les font pas assez vite, l’opinion publique est furieuse. C’est terrible à dire, mais une loi liberticide est électoralement payante. Il est frappant de voir que l’absence de toutes amnisties présidentielles pour les PV était annoncée sur les estrades, comme on annonce des lendemains qui chantent…
Tout ce qu’on disait sur le français : égrillard, gaulois, frondeur, paillard, appartient à un passé révolu. Aujourd’hui il ne demande qu’à marcher à coups de trique.
“Qui a bien pu accréditer cette idée que la France était le pays de la gaudriole et du libertinage ? La France était un pays sinistre, entièrement sinistre et administratif.”
Dans l’une de ces célèbres nouvelles du futur, Robert Heinlein imagine, qu’à cause de la trop grande hécatombe sur les routes, on ait remplacé les voitures par des routes roulantes. Ce sont les routes qui roulent à la manière de gigantesques tapis roulants. On saute de l’un à l’autre pour accélérer ou ralentir et l’en se rend dans une autre ville sans anicroche. Jusqu’au jour ou les ouvriers des routes décident de faire grève et de bloquer le trafic !
Vae, “le Français” a toujours été comme ça. Regardez comment ce pays a toujours détruit les gens qui cherchaient à s’organiser en dehors, dans les marges, ou seulement qui voulaient penser autrement. Des cathares aux juifs, des protestants aux catholiques pas dans la ligne du moment, des libertins aux gens qui ne saluaient pas assez les processions, et plus tard ceux qui les saluaient trop.
Et qu’en pense Bidou ?
Il y a un point qui me parait fondamental et qui n’a pas été relevé concernant l’alcool mais aussi la vitesse par exemple : la “punition” tombe même, et surtout, si aucun accident n’a été provoqué, ni aucune victime à déplorer.
Comment en est-on arrivé là? Comment peut-il y avoir un crime sans victime? (est rouler très vite ou bourré est punissable de prison, à minima en cas de récidive)
“On” punit une probabilité de provoquer un accident!
Et en partant du principe que tout le monde est égal, ce qui est une monumentale connerie. Schumacher en ferrari à 200 sur autoroute face à mamy avec ses lunettes hublots dans sa fiat panda à 110, faites vos pronostiques…
Alors oui, l’alcool diminue les reflexes, et la vitesse augmente le risque de perte de contrôle, mais d’où part-on? Comment mesurer la valeur absolu du risque produit par un individu donné, dans un véhicule donné?
Non, nous ne sommes pas tous égaux, et la Responsabilité (et donc Liberté d’adulte) consiste à être capable de déterminer soit même l’hatitude à adopter, la conduite à tenir pour ne pas provoquer d’accident, ne serait-ce que vers autrui. Et à en payer le prix le cas échéant.
Certains rétorqueront que le fait de tuer dans un accident quelqu’un est un prix qui ne peut etre payé, à quoi je rétorquerais que même en roulant comme une limace, vous n’êtes pas à l’abri d’en provoquer un de mortel. Le simple oubli d’un contrôle du regard avant de changer de file face à un motard en est un exemple (et je suis bien placé pour le savoir…). Et personne ne peut garantir de n’absolument jamais faire ce genre d’inatention. Ce qui signifie donc que si l’on n’accepte pas que “shit happens”, alors il faut au bout du raisonnement et tout simplement interdire la circulation auto.
Ou peut être plus simplement estimer que la route est intrinséquement dangereuse et ne jamais la parcourir. Après tout y’a les transports en communs pour le bétail qui ne demande que ça…
Car la seule façon de sécuriser formellement la route sera de faire des voiture l’équivalent de trains, donc autant les prendre dès maintenant et laisser la route aux “fous inconscient”.
A bon entendeur.
[...] informe les nombreuses persones qui nous demandent l’avis de Bidou (tel Pharamond) et ses nombreux fan-clubs à travers le système solaire que Bidou ne peut répondre à leurs [...]
[...] Dans ces très rares moments, je songe. Dans l’une de ces célèbres nouvelles du futur, Robert Heinlein imagine, qu’à cause de la trop grande hécatombe sur les routes, on ait remplacé les voitures par des routes roulantes. Ce sont les routes qui roulent à la manière de gigantesques tapis roulants. On saute de l’un à l’autre pour accélérer ou ralentir et l’en se rend dans une autre ville sans anicroche. Jusqu’au jour ou les ouvriers des routes décident de faire grève et de bloquer le trafic ! Stéphane [...]
[...] comprendre ce que j’essayais d’expliquer dans les commentaires de ce post, c’est [...]