Je vais avouer une faiblesse : j’ai failli, voilà quelques jours, ayant consulté le site du Parti libéral démocrate d’Aurélien Véron, en dire du bien.
Ce n’était pas un instant d’égarement : après des débuts modestes et pour tout dire un peu ridicules, trouvant toujours aussi laid cet abominable tangram vert vitaminé qui semble sorti d’une pub pour un énergisant extra-terrestre, il me semblait pourtant qu’il s’améliorait. Non seulement formellement mais aussi quant au ton et au contenu.
Heureusement je n’en fis rien. Un dieu bienveillant retint mon doigt sur le clavier et m’épargna un grave ridicule — encore plus que d’habitude veux-je dire.
Car aujourd’hui, n’ayant point déjeuné ce midi, j’entrepris pour quatre-heures de me gaver de muffins sauvagement écartelés et trempés dans du darjeeling chaud. Je mis la radio : allais-je tomber sur Radio courtoisie ou France culture ? qu’avais-je entendu en dernier des suaves pets culturels d’Arnaud Laporte tout à son onctuosité cultureuse ou de l’insupportable Fouquereau, éternel crétinoïde mongaulliste avec son anglophobie d’amiral d’eau de vaisselle ?
J’entendis Aurélien Véron — c’était donc probablement Radio courtoisie — s’entretenir agréablement avec Nicolas Lecaussin, et disant des choses plutôt sensées. Jusqu’à ce qu’arrive l’éternel message sur l’immigration. Ce fut alors un feu d’artifice des pires lieux commun du libéralisme politique éthéré. L’immigration c’est enrichissant, merveilleux et vachement profitable aux pays qui l’accueillent. Toutes conneries que nous avait déjà servies Alternative libérale avec ses affiches mauves où figurait un rasta à dreadlocks, prototype du libéral, comme on sait.
Tant que les libéraux s’en tiendront à ce discours, tant qu’ils n’auront pas clarifié leur position sur l’immigration dans le sens d’une franche hostilité peut-être tempérée de l’acceptation d’une immigration très qualifiée avec droit d’entrée en monnaie sonnante et trébuchante, ils n’auront aucune audience. D’abord parce que ceux qui sont convaincus que l’immigration est un bien par elle-même, ils sont de gauche, étatistes, syndiqués et membres de RESF. C’est dire si Aurélien Véron les attire. Ensuite, et c’est plus grave, parce que les gens susceptibles de voter pour les libéraux ne partagent absolument pas ces vues absurdement idéalistes.
Sans doute dans un monde parfait, où il n’y aurait pas de musulmans, ou alors très modérés, où les rapports entre les peuples ne souffriraient d’aucune irrationalité, où ces abrutis de sales cons de muzs ne nous verraient pas encore comme des « croisés », où les noirs ne geindraient pas sur l’esclavage à longueur de temps pour nous en culpabiliser, bref entre bisounours et à condition que les bisounours roses n’aient pas considérablement plus d’enfants en moyenne que les bisounours bleus et que tout ce monde passe son temps à faire, au pire, des farces à Grododo ou Grocalin, ce serait très bien : l’immigration de travail, pour peu qu’on décourage l’autre avec un système privé de protection sociale, serait effectivement très acceptable et même à encourager comme source de richesse.
Simplement nous ne vivons pas dans ce monde là, où les gentils petits bisounours seraient interchangeables et mus seulement par une rationalité parfaite afin de remplir avec un sage et vertueux égoïsme leurs désirs individuels, sans autres ambitions collectives que celles propres à concourir à ces buts individuels. Et je suis le premier à le regretter. Mais c’est comme ça.
Car figurez-vous, public d’élite du meilleur blog du réaco-patatoïde, qu’Aurélien ne semble pas s’être avisé de ce qu’à partir d’un certain nombre d’immigrés revanchards, particularistes, et animés de l’intention de détruire tout ce qui n’est pas comme eux, à commencer par nous, le libéralisme marcherait beaucoup moins bien. Imaginons par exemple qu’une majorité de musulmans s’installent rapidement en France. Que la majorité d’entre eux soient inexplicablement favorables à un état islamique, ou du moins à des lois islamiques. Que ces lois soient appliquées, conformément au Coran. Et imaginons qu’entre temps la France se soit miraculeusement dotée d’un fonctionnement impeccablement libéral. Eh bien Aurélien imagine que tout continuera comme avant, que la France libérale sera ainsi peuplée de musulmans sans aucun inconvénient, et que somme toute, tout ira très bien. Bien sûr, vous, moi et Aurélien aurons sans doute été décapités ou chassés (mais pas obligés de nous convertir à coups d’impôts spéciaux réservés aux non-musulmans, puisque la société serait libérale, soyez un peu attentifs, bordel !) Que ne ferait-on pas pour défendre l’idée pure du libéralisme ? même nombre dans une ratonade anti-française !
L’ennui c’est qu’on ne voit dès lors pas bien ce qui resterait de libéralisme réel, factuel, palpable, une fois tout cela réalisé. Il y aurait juste un état islamique, c’est à dire ce qui est le plus contraire au monde à tout libéralisme, un contrôle religieux tous azimuts de tous les aspects de la société, à commencer par l’économie. Tout l’acquiescement formel à tous les principes libéraux du monde n’y fera rien.
Je caricature évidemment les propos de ce bon Aurélien. Mais la caricature a aussi ses vertus grossissantes. Et après tout je ne caricature pas tant que cela : je viens d’entendre Aurélien se chagriner du sort d’une femme qui a été inquiétée par la police pour avoir, dans sa paroisse, avec son bon curé, rechargé des cartes de téléphone portable pour des immigrés clandestins. Il avait l’air vraiment ému et indigné, ce bon Aurélien. Peut-être pourrait-il simplement être indigné à meilleur escient et se rassurer : Libé, Le Monde, le PS, le PC, la Halde, la Cimade et quantité d’autorités très favorables au libéralisme vont se charger de la défendre, cette digne femme.
Pourquoi donc Aurélien ne veut-il pas voir que sa position est absurde et condamne sa démarche politique à stagner autour de 0,5% les bonnes années d’élections ? Je crois que c’est parce qu’il faudrait alors poser la question en terme de race, qu’on donne à ce mot un sens étroitement génétique ou plus culturel. Le libéralisme peut sans doute s’adresser à tout être raisonnable : comprendre que l’individu a une dignité propre, et même qu’il est le seul fondement de toute dignité, que la collectivité doit lui être subordonnée, que l’idée de régulation est absurde en soi en ce qu’elle se propose de mieux savoir que les individus ce qui est bon pour eux, remarquer que le collectivisme se réduit en pratique toujours au vol des uns par les autres… tout cela est accessible à la seule raison. Mais historiquement, empiriquement, le libéralisme est né dans certains sociétés. Ces sociétés étaient chrétiennes et occidentales. Imaginer qu’il puisse subsister dans ces sociétés une fois rendues entièrement autres par des migrations violentes et leurs conséquences n’a aucun sens, sauf à croire que c’est la pure raison qui mène le monde. Surtout quand la principale composante de ces migrations est consituée de peuples encore violemment attachés à une religion qui est bâtie sur des principes entièrement opposés à ceux du libéralisme.
Or poser les questions en terme de race n’est pas seulement interdit, ce qui rend l’antiracisme et l’angélisme migratoire un moyen de se dédouaner des accusations de la gauche. « Accorde moi que la sécu est mauvaise, je te laisse tes immigrés chéris. » Il y a de cela, ficelle à peine politique qui échoue d’ailleurs avec constance, mais ce serait avant tout prendre en compte la réalité, ses aléas, ses finesses. C’est que la théorie libérale pure, du moins telle que professée par ceux qui prétendent la représenter en France, qui ne le cède pas en universalisme idiot aux pires théoriciens stipendiés de la gauche collectiviste, n’y arrive pas, ne le veut pas. Refusant de descendre dans les articulations les plus fines des concepts, elle procède grossièrement, en tirant de quelques postulats des conséquences. Or il lui faudrait des concepts fins, applicables à la réalité présente, pas de grossières conséquences logiques.
Aurélien se présente un peu comme un chirurgien qui opérerait à la hache d’abordage. Forcément, le patient a peu de chances d’en réchapper si on laisse un jour ce dangereux maniaque entrer dans une salle d’opérations, même nanti d’un diplôme de médecine et les mains bien aseptisées.
Heureusement cela a aussi une autre conséquence : aucun de ces libéraux politiques n’est vraiment d’accord avec l’autre. C’est un fouillis de chapelles, d’associations aigries et de courants qui se détestent, ce qui est très normal, mais qui précisément parce que la plupart de leurs représentants procèdent comme j’ai dit, sont incapables de se mettre d’accord en considérant leur propre intérêt à le faire. Procéder par déductions grossières, c’est avoir une chaîne de raisonnement solidaire, dont on ne peut accorder qu’un maillon serait cassé. De là ces oukases, ces discussions infinies sur des points très secondaires, ces excommunications croisées à l’infini. Et cette tragique impuissance.
Sans compter que cela entretient l’idée que le libéralisme serait responsable de l’immigration, alors qu’il faut parler pour trouver les responsables du « libéralisme » au sens que dénonce Robert Marchenoir.
(Faut-il préciser que ce texte fait partie de notre grande série : « apprenons à mieux connaître l’àbaboucherie », et vous présente une facette des L. A. B., sous-secticule peu dangereux, mais plein d’intérêt ?)
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